Aux Pays-Bas, l'efficacité du travail avant tout

Dominique Poilvet

Aux Pays-Bas, l'efficacité du travail avant tout
Sjef van Gisbergen, éleveur à Hooge Mierde, aux Pays-Bas : "Il me faut une truie docile, capable de mettre bas et d'élever ses porcelets sans avoir à intervenir, et qui revient facilement en chaleur pour avoir des bandes regroupées." - © D. Poilvet

Sjef van Gisbergen gère un atelier de quatre mille truies naisseur vingt-cinq kilos avec ses sept salariés à Hooge Mierde, près d'Eindhoven dans le sud des Pays-Bas.

Aux Pays-Bas, l'efficacité du travail avant tout
D. Poilvet

Libra Star, la truie issue du Landrace 3 + d'Hypor

La nouvelle cochette sélectionnée par Hypor et lancée par Imevia en France est issue d'une sous-population d'animaux Landrace, sélectionnés à partir des différentes origines issues des acquisitions d'Hendrix Genetics depuis 2008. Ces acquisitions ont eu notamment pour effet d'apporter une variabilité génétique importante dans la population. "Il était temps de tirer profit de cette variabilité pour uniformiser la population et de créer une sous-population plus performante par introgression des gènes spécifiques souhaités de nos meilleurs animaux", explique Raf Beeren, le directeur d'Hypor. Avec l'aide de la génomique, "une première en porc", Hypor a donc créé la lignée Landrace 3 +, plus performante que la moyenne du troupeau d'origine sur des critères choisis par les généticiens de la structure. "L'objectif a été d'obtenir une truie équilibrée, performante à tous les niveaux de la filière, du naissage jusqu'à la transformation finale". La prolificité a augmenté de 1,4 porcelets nés totaux par portée. "Malgré cette progression, le pourcentage de porcelets de moins de huit cents grammes à la naissance est resté stable", constate Julien Briant, le directeur d'Hypor France, qui insiste sur l'importance du poids de naissance chez Hypor. On peut très bien sélectionner le nombre de porcelets nés tout en stabilisant, voire en augmentant légèrement le poids individuel à la naissance."
Un axe de travail qu'il justifie : "des études récentes démontrent encore l'intérêt économique d'avoir des porcelets lourds à la mise bas. Quand le poids du porcelet diminue à la naissance, ses chances de survie baissent aussi, et sa valorisation à l'abattoir est moins importante du fait d'un poids à l'abattage moins élevé ou d'une durée d'engraissement plus longue".

Plus de 17 porcelets nés totaux par portée en 2020

La progression du nombre de nés totaux permet aux truies de race pure Landrace de sevrer 2,4 porcelets de plus par an. Julien Briant souligne que l'effet attendu sur la Libra Star est divisé par deux, puisque la Landrace entre pour 50 % dans sa composition. "En pratique, il faut s'attendre à une progression rapide de 0,5 à 0,9 nés totaux par portée, et de 0,8 à 1,8 porcelets sevrés de plus par truie et par an. Sur le plus long terme, la Libra Star a un potentiel pour faire naître plus de 17 porcelets par portée en 2020." Les performances d'engraissement de la lignée Landrace s'améliorent également, avec un GMQ en hausse de 18 grammes/jour, et un âge à 120 kg qui recule de 2,8 jours. Grâce au travail réalisé avec les stations de contrôle individuelles, l'indice de consommation recule de 0,15 point. Les caractéristiques de carcasse progressent aussi. L'épaisseur de gras dorsal baisse de 2 mm et le muscle augmente de 0,8 mm. "Sur ces critères aussi, le potentiel de progression est important, avec notamment un indice de consommation qui devrait passer de 2,53 en 2015 à 2,40 en 2020 pour la Libra Star." Les effets en élevage commencent, selon les dirigeants d'Hypor, à se faire ressentir. Les premiers verrats Landrace 3 + arrière-grands-parentaux sont arrivés en CIA au printemps 2015. À partir de l'automne 2016, la totalité des truies parentales ont été inséminées par de la semence issue de cette sous-population, ce qui a permis à Hypor de mettre sur le marché les premières Libra Star à partir de l'été 2017.

Avec un ratio de cinq cent truies par travailleur, Sjef van Gisbergen, éleveur à la tête d'un atelier de quatre mille truies naisseur vingt-cinq kilos, ne laisse aucune place au hasard dans l'organisation du travail. "Tous les soins effectués aux animaux sont planifiés à l'avance", affirme-t-il. Pour cela, le choix de la génétique est primordial. "Il me faut une truie docile, capable de mettre bas et d'élever ses porcelets sans avoir à intervenir, et qui revient facilement en chaleur pour avoir des bandes regroupées. La prise colostrale est essentielle pour obtenir des porcelets vigoureux et homogènes. Elle assure 50 % du résultat si tout se passe bien." L'éleveur ne veut pas non plus entendre parler de gestion des surnuméraires. Il utilise la truie Libra Star d'Hypor, croisée avec un verrat Piétrain pour répondre à la demande de ses clients allemands qui lui achètent ses porcelets. "Avec ces truies, je n'ai besoin que d'une salle de huit cases pour récupérer les porcelets sevrés précocement en cas de problème en cours de lactation." Les soins en maternité sont regroupés en un seul passage, avec un chariot multi-usage qui permet de faire la caudectomie, le bouclage à l'oreille, le traitement anticoccidien et la castration chirurgicale en une seule fois. À la mise bas, seules les truies qui dépassent cent quinze jours de gestation reçoivent de la prostaglandine pour induire la mise bas. En cours de lactation, il n'augmente la ration des truies alimentées au doseur que deux fois par semaine jusqu'au plafond de sept kilos. Après le sevrage du mercredi, 95 % des truies sont inséminées le lundi suivant.

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L'éleveur compte en moyenne 1,2 inséminations par truie ! L'optimisation du travail se ressent aussi en post-sevrage, où sont élevés des lots de deux mille cent porcelets par bande. L'éleveur estime que son choix génétique améliore l'homogénéité des lots, ce qui renforce la plus value à la vente. Grâce à elle, il perçoit neuf euros de plus que le cours officiel. Le bon état sanitaire du troupeau permis par un peuplement lors de son doublement de l'élevage il y a deux ans par des cochettes issues d'un multiplicateur allemand assaini permet de travailler sans antibiotiques dans l'aliment. Les traitements sont réalisés ponctuellement et individuellement, Pour les départs des animaux qui sont vendus en Allemagne ou en Hongrie, le quai de chargement a été conçu pour charger une bande entière dans des camions de huit cent places en moins de deux heures. Lors de son agrandissement, Sjef van Gisbergen a également conçu son outil de travail pour optimiser les déplacements, avec notamment un bâtiment à deux étages qui regroupe les maternités au rez-de-chaussée et les verrateries-gestantes à l'étage.

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Un coût de production de 43 euros par porcelet de 28 kg

Grâce à cette organisation sans faille, l'éleveur se targue d'avoir un coût de production net de 43 euros par porcelet de 28 kg. Le coût du travail est de 3,30 euros par porcelet (entre 5 et 7 euros en France, source Hypor). Chaque salarié produit 5,5 porcelets à l'heure. "En France, on se situe plutôt entre 2,5 et 3 porcelets par heure", souligne Julien Briant. À noter le faible coût du bâtiment construit en 2015, (seulement 2 000 euros/place de truies). Entre le 1er janvier et le mois de novembre 2017, le cours du porcelet de 28 kg vendu a été de 54 euros aux Pays-Bas. Grâce à son coût de production qui le place parmi les 25 % meilleurs éleveurs du pays, Sjef van Gisbergen peut aujourd'hui rentabiliser son nouveau bâtiment et envisager de faire évoluer son outil de production, "mais seulement si cela me permet d'optimiser le travail", conclut-il.

Source Réussir Porc

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