Bien-être des animaux : La castration fait débat en Europe

Claudine Gérard et Dominique Poilvet

Une enquête réalisée en Europe souligne le conflit d'intérêt majeur entre les ONG bien-être et les autres « porteurs d'enjeux » de la filière porcine sur le sujet de la castration.

La castration des porcelets devient un sujet brûlant en Europe. Sous la pression des ONG bien-être, l'Union européenne envisage de modifier sa réglementation en la matière. Au préalable, elle finance un travail coordonné par Michel Bonneau(1) de l'Inra de St Gilles qui a fait l'état des lieux des pratiques de castration en Europe ainsi que de l'opinion des porteurs d'enjeux concernés : ONG bien-être, consommateurs et distributeurs, industries de la viande, producteurs et filières amont, producteurs de « niches », vétérinaires, administrations et organisations gouvernementales. Il en ressort que la castration chirurgicale sans anesthésie est clairement rejetée par les ONG bien-être. Les producteurs sont prêts à accepter des alternatives, sous réserve qu'il n'y ait ni augmentation des coûts, ni conséquences négatives sur le marché.

Proportion d'animaux mâles castrés.

Proportion d'animaux mâles castrés.

Des voies de recherche

Pour Michel Bonneau, l'Europe risque de s'orienter à brève échéance vers une interdiction de castrer les porcelets sans anesthésie. Les solutions alternatives existent, mais sont peu satisfaisantes : la castration avec anesthésie est coûteuse et difficile à mettre en oeuvre. Des doutes subsistent sur son efficacité à prévenir la douleur lorsqu'elle est pratiquée à grande échelle. L'immunocastration est aussi perçue comme une solution à court terme. Mais la solution retenue à long terme pourrait bien être la suppression totale de la castration, la solution préférée des ONG bien-être. Une solution à privilégier… Sous réserve que le problème des odeurs sexuelles soit complètement résolu. Des voies de recherche existent : sexage du sperme pour ne produire que des femelles, sélection génomique pour supprimer les odeurs sexuelles dans le gras… Aucune n'est encore applicable aujourd'hui.

Qui payera les surcoûts ?

Cette étude a le mérite de mettre en évidence les positions contradictoires des ONG bien-être, « qui se préoccupent plus du bien-être animal que d'éventuels résidus dans les viandes ; qui accordent peu d'importance au coût et à la qualité des produits ; qui se désintéressent de savoir si ce sont les consommateurs ou les producteurs qui paieront les coûts supplémentaires associés aux solutions alternatives. »
Aujourd'hui, 80 % des 125 millions de porcs mâles abattus dans l'UE sont castrés pour éviter les problèmes d'odeurs sexuelles dans les gras. La décision de supprimer la castration aurait un impact considérable sur l'ensemble de la filière porcine européenne.

Aujourd'hui en Europe, 80 % des porcs mâles sont castrés. (Réussir Porcs)-

Aujourd'hui en Europe, 80 % des porcs mâles sont castrés. (Réussir Porcs)-

 

Pour en savoir plus

Compte rendu des Journées de la recherche porcine. (JRP 2009 p 225-230)
Inra St Gilles ; michel.bonneau@rennes.inra.fr

Source Réussir Porcs Mars 2009

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