Circovirus : nouveau contexte et nouvelles stratégies

Claudine Gérard - Réussir Porcs Septembre 2012

Circovirus :  nouveau contexte et nouvelles stratégies
La transmission du virus entre animaux existe essentiellement au sein d’une même case. © C. Gérard

Apparue dans les années 90 et alors appelée la MAP, la circovirose n’a pas disparu des élevages, mais a changé d’expression. Plus tardive, plus « sournoise », elle affecte aussi les performances de reproduction.

Pour en savoir plus

Circovirus :  nouveau contexte et nouvelles stratégies

Voir dossier de Réussir Porcs du mois de Septembre 2012. R. Porcs n°196, p. 40 à 54.

La virulence du PCV2, virus associé à la circovirose, serait-elle en lien avec les souches ? Nicolas Rose, chercheur à l’Anses de Ploufragan a abordé cette question majeure à l’Ispaia (1). Il rappelle que la MAP s’est répandue dans le monde entier à la fin des années 90, alors que le virus s’avère avoir été présent partout des années auparavant sans conséquences sanitaires. Des hypothèses sont avancées pour expliquer cette virulence soudaine : le PCV2 aurait muté vers des souches plus virulentes, des co-facteurs infectieux ou non infectieux auraient joué le rôle de catalyseur ? Ce qui est aujourd’hui parfaitement validé, c’est que les « vingt mesures de Madec » ont été efficaces pour tenter de contrôler ce virus.
Puis une deuxième vague est apparue, partant d’Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada) dans les années 2004-2005. Or, cette épidémie a coïncidé avec l’apparition sur ce continent d’un nouveau groupe génotypique du circovirus. Nous sommes passés du PCV2a au PCV2b. En France, il a été montré que les deux souches co-existaient en 2000-2002, mais que le 2b était dominant. Les chercheurs étaient divisés sur sa virulence. « Génétiquement similaire aux souches européennes, cette souche présente deux « clusters » distincts de PCV2. En 2008, le « glissement » du PCV2a au PCV2b gagne le Danemark, puis l’Espagne », rappelle Nicolas Rose. Progressivement au cours du temps, le PCV2 a laissé la place au PCV2b. Les chercheurs constatent en station expérimentale que, en inoculant le PCV2b à des porcelets, les symptômes sont plus sévères.

Transmission verticale et horizontale du virus

Mais quelle que soit la souche considérée, il est aujourd’hui établi que la transmission « verticale » du virus est prépondérante. Le passage du virus de la mère au fœtus est établi, en particulier en fin de gestation, avec pour conséquence des mort-nés, des avortons, ou des porcelets vivants mais virémiques à la naissance. La transmission du virus via la semence d’un verrat infecté a fait l’objet de nombreuses études. Les chercheurs ont montré que des verrats positifs issus d’un CIA peuvent excréter le virus via la semence et donc potentiellement infecter les truies inséminées, avec un effet « âge » très marqué. La probabilité d’avoir du virus dans la semence est ainsi trois fois plus élevée si le prélèvement a lieu 26 semaines après la date d’entrée dans le CIA. En revanche, il n’a pas été possible de confirmer ce mode de transmission en station expérimentale. « Peut-être y a-t-il un effet « dose », suggère Nicolas Rose. Quant à la transmission « horizontale », c’est-à-dire entre animaux, elle existe essentiellement entre animaux au sein d’une même case, mais beaucoup moins dans une salle entre animaux de cases distinctes ; ce qui explique tout à fait que les recommandations de François Madec d’une conduite en petites cases aient bien fonctionnées pour contrôler la maladie.

La vaccination est d’autant plus efficace que la conduite est rigoureuse

La mise sur le marché de vaccins commerciaux contre le PCV2 a clairement modifié la donne. Les résultats observés sur le terrain ont montré l’efficacité de la vaccination. Très récemment, l’Anses a publié les résultats de travaux scientifiques qui montrent que le taux de transmission du virus est divisé par trois grâce à la vaccination. Par ailleurs, Nicolas Rose montre que la vaccination à la fois des truies et des porcelets permet de décaler la transmission du virus dans le temps et de diminuer la prévalence de l’infection des porcelets dans le temps, avec une effet synergique. Pour autant, il prévient que la vaccination n’autorise pas de conduite d’élevage « permissive ». Des résultats issus de modélisation de l’Anses prouvent que les mesures zootechniques restent primordiales dans l’efficacité de la vaccination. Ainsi, la vaccination des porcelets permet de réduire le risque d’infection précoce de 76 % lorsque les pratiques zootechniques sont strictes, contre seulement 59 % lorsqu’elles sont « permissives ». « Il ne faut donc rien lâcher sur la conduite d’élevage. La zootechnie reste primordiale dans l’efficacité de la vaccination », conclut le chercheur.

(1) Le PCV2, 15 ans après, où en est-on ?, Ispaia, le 19 juin, avec la participation de Boehringer Ingelheim, Merial et MSD.

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