Coût de production : un avantage de 0,35 €/kg pour le porc américain

Claudine Gérard - Réussir Porcs Février 2013

Coût de production : un avantage de 0,35 €/kg pour le porc américain
Le différentiel de prix de l’aliment en Amérique du Nord apporte à lui seul un avantager de 0,12 euro par kilo de porc. © Le bulletin des agriculteurs

La comparaison des coûts de production européens et américains à laquelle se livrent les membres d’Interpig montre toujours un avantage pour le Canada, les Etats-Unis et le Brésil par rapport aux différents pays de l’UE. Décryptage avec Boris Duflot, économiste à l’Ifip.

Le coût alimentaire, les autres charges opérationnelles et les amortissements (et frais financiers) sont les trois avantages majeurs des producteurs de porcs des pays d’Amérique du Nord et du Sud par rapport aux producteurs européens. La meilleure technicité des producteurs européens ne suffit pas à compenser ces différences liées aux coûts de production. Au final, l’écart moyen de coût de production serait de 35 c/kg de carcasse.

Un différentiel de 40 euros par tonne d’aliment

Avec 232 €/t en Amérique du Nord et du Sud et 273 €/t dans les principaux bassins porcins européens, le différentiel de prix moyen de l’aliment porc apporte aux Américains un avantage de 0,12 €/kg de porc produit. L’écart de prix de la tonne d’aliment ne peut en effet pas être totalement compensé par le meilleur indice de consommation observé en Europe (2,84 en engraissement contre 2,95 en Amérique). Mais Boris Duflot souligne que les indices de consommation restent difficiles à comparer entre pays en raison de la diversité des formules alimentaires.

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Boris Duflot, économiste à l’Ifip, fait partie du réseau Interpig qui rassemble des experts porcins du monde entier, à l’exception de l’Asie. © C. Gérard

Au sein de l’UE, des disparités persistent comme les années passées : l’Espagne affiche le prix d’aliment le plus élevé, suivie par la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas. La France et le Danemark sont les pays européens où le prix de la tonne d’aliment est le plus bas. Pour Boris Duflot, le développement de la fabrication d’aliment à la ferme, la disponibilité nationale en matières premières, les stratégies de couverture, la qualité des infrastructures de stockage et de transport expliquent les différences entre pays.
Cette année, la relative « mauvaise position » de l’Allemagne quant au prix de l’aliment serait seulement conjoncturelle et liée à des questions de couvertures, selon l’expert.
Par ailleurs, l’indice de consommation moyen plus élevé au Danemark trouverait son origine dans le choix de formules moins énergétiques mises en place dans le contexte de renchérissement des matières premières.

Une productivité en progrès mais toujours en retrait par rapport à l’Europe

La productivité des truies continue à progresser dans tous les bassins porcins américains puisqu’en moyenne elle a augmenté de 1,7 % entre 2010 et 2011. Toutefois, avec 22,7 porcs produits par truie et par an, elle reste inférieure à celle de l’UE qui est de 25,0 porcs.
Parmi les six pays européens figurant dans les résultats d’Interpig, le Danemark et les Pays-Bas se distinguent par des niveaux sensiblement plus élevés (27,0 porcs produits), la France arrivant en « troisième position ». Pour Boris Duflot, ce résultat a plusieurs origines, mais il est surtout à mettre en relation avec la restructuration qui a eu lieu dans ces pays et la spécialisation dans le naissage.
L’Allemagne, qui accusait un certain retard il y a quelques années, est en train de le combler et les résultats rejoignent progressivement celui des meilleurs pays.

Des coûts de main-d’œuvre et de bâtiment disparates

L’analyse des coûts de la main-d’œuvre met en évidence deux stratégies différentes en Amérique en lien avec les coûts horaires et le degré d’automatisation. Au Sud (Brésil), la main-d’œuvre est abondante, peu onéreuse, mais peu productive (38 kg de carcasse/h de travail). Aux Etats Unis, à l’inverse, le coût horaire du travail est plus élevé, mais la productivité (170 kg/h) compense quasiment cet écart, conduisant à un coût de 0,14 €/kg de porc produit, quasiment dans la moyenne de tous les pays d’Amérique étudiés.
En Europe, ce coût est identique, résultat d’une très bonne productivité horaire (273 kg/h) grâce à une plus grande automatisation et une main-d’oeuvre très qualifiée, mais évidemment plus coûteuse.
Les écarts de prix de bâtiment sont considérables entre continents et pays : 2350 €/truie en Amérique contre 6 400 € en Europe… « Les prix retenus correspondent dans la plupart des cas à celui de bâtiments neufs. C’est à partir de ces prix que sont évalués les amortissements et frais financiers. Au Canada, les coûts sont cependant sous-estimés car évalués au prix de marché des bâtiments anciens existants », précise Boris Duflot. Donc sans commune mesure avec les méthodes retenues pour le calcul en Europe. On pourra toutefois retenir que l’Espagne, les Etats-Unis et le Brésil, avec des bâtiments très simples, affichent les niveaux de prix les plus bas.

Un résultat net difficile à évaluer

Le calcul des coûts de revient et prix du porc permet à Interpig d’aller jusqu’au calcul du résultat net qui serait quasiment à l’équilibre en Amérique, mais serait négatif de 16 c/kg de carcasse en moyenne en Europe (et même 28 centimes en Allemagne…).
Mais Boris Duflot met en garde contre des biais qui rendent ces données peu exploitables en l’état. Il souligne la difficulté de connaître avec précision les prix réellement perçus. Par ailleurs, ces calculs sont réalisés pour un modèle naisseur-engraisseur, avec des performances moyennes, et une évaluation des investissements à leur coût de remise à neuf. Il estime que ce mode de calcul, par rapport à des résultats comptables, surévalue d’environ 10 c/kg le coût réel de production pour les éleveurs français, en raison de la vétusté réelle des bâtiments. « Il permet néanmoins de se situer par rapport à des concurrents ayant investi régulièrement dans la modernisation de leurs élevages. »

Des coûts de revient toujours en hausse

Ces données 2011 montrent que, par rapport à 2010, les coûts de revient ont augmenté de + 15 % en Europe comme sur le continent américain. Pour 2012, dont les données ne sont pas encore collectées, ce prix de revient est annoncé en hausse probable de + 0,07 €/kg, soit environ 5 %, portant à + 20 % l’accroissement du coût de production du porc.
 

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