Des élevages sous contrôle permanent : L'Aquitaine vit sans le SDRP

Dominique Poilvet

L'Aquitaine et quatre départements limitrophes sont indemnes de SDRP, grâce à la prophylaxie sanitaire menée depuis 1993 par l'Arepsa, l'association sanitaire régionale porcine, avec l'Interprofession Porcine Aquitaine (Inpaq).

En Aquitaine, le dernier cas de SDRP remonte à 2006. Il s'agissait de porcs charcutiers
engraissés dans la région, mais qui étaient nés en Mayenne. L'assainissement de l'élevage
géré par l'Arepsa a empêché une propagation de la maladie à d'autres élevages de la
région. « Ce succès prouve le bien fondé de la prophylaxie volontaire mise en place depuis
1994 par l'ensemble des acteurs de la filière sur la zone Arepsa, les éleveurs et les
groupements de producteurs notamment », souligne Roxane Rossel, vétérinaire Inpaq.
Un succès qui s'explique par la stratégie mise en oeuvre pour éviter l'importation d'animaux
positifs dès 1994. À cette époque, la maladie sévissait déjà fortement dans le Grand Ouest,
mais épargnait encore le Sud de la France. Dès le début de la prophylaxie, les groupements
et les fournisseurs de porcelets se sont engagés à ne commercialiser que des animaux
issus de troupeaux négatifs SDRP. « C'est sur ce point essentiel que repose aujourd'hui
l'absence de recontamination SDRP dans la zone Arepsa », insiste le vétérinaire. Un
engagement qui vaut aussi pour Inpig, le CIA de la région, ainsi que pour tous les OSP qui
approvisionnent les éleveurs en reproducteurs. Par ailleurs, cet engagement a été intégré
dans les chartes qualités de la région (IGP Jambon de Bayonne, Porcs au grain du Sud-
Ouest…), auxquelles adhèrent la plupart des éleveurs.









La zone Arepsa couvre l'ensemble de l'Aquitaine, plus quatre départements limitrophes.

La zone Arepsa couvre l'ensemble de l'Aquitaine, plus quatre départements limitrophes.

Plan de surveillance depuis 1994

Cependant, une recontamination reste toujours possible. C'est pourquoi l'Arepsa a mis en
place depuis 1994 un plan de surveillance qui permet de savoir rapidement si de nouveaux
cas de SDRP apparaissent dans la région. Dans les élevages qui possèdent des
reproducteurs, des prises de sangs sont réalisées une fois par an sur 10 % des truies,
avec un minimum de 7 et un maximum de 25. Chez les sélectionneurs et les multiplicateurs,
la fréquence des contrôles est de quatre fois par an. Ces prises de sang sont faites par le
vétérinaire sanitaire en même temps que le contrôle Aujeszky (la région est officiellement
indemne de cette maladie depuis 1993). Chaque prélèvement est analysé individuellement.
En parallèle, les techniciens de l'Arepsa pratiquent une veille dans les huit principaux
abattoirs de la région, avec pour objectif le contrôle sérologique de tous les élevages qui
fournissent des porcs charcutiers au moins deux fois par an. Ils prélèvent le sang de 10
porcs charcutiers par lot à la saignée. La fréquence de prélèvement est accrue dans
certaines zones qualifiées « à risque », de par leur densité porcine notamment. Pour les
élevages dans lesquels des animaux positifs SDRP sont détectés, un plan d'éradication
draconien est prévu. Les élevages naisseurs-engraisseurs sont tenus d'appliquer un
protocole strict de dépeuplement-repeuplement.

Leurs truies sont progressivement abattues sitôt le sevrage. Leurs porcelets sont
engraissés dans des bâtiments isolés, d'où aucune contamination avec d'autres
exploitations n'est possible, ou abattus pour certains débouchés.
L'engraissement est vidé progressivement ou délocalisé. Une fois vidés, les bâtiments sont
lavés et désinfectés, jusque sous les caillebotis, avec épandage de chaux vive, qui est
également incorporée au lisier épandu à raison de 17 kg par m3. Dans le même temps, les
cochettes de repeuplement sont élevées et inséminées dans des élevages d'accueil, afin
de limiter les temps improductifs. Enfin, tous les partenaires des élevages sont mis à
contribution pour supprimer les risques de contagion d'un élevage à l'autre : gestion des
livraisons des cochettes, de l'aliment, de la semence, de l'équarrissage, du ramassage des
porcelets et des porcs charcutiers… Dès qu'un élevage positif est détecté, tous ses
fournisseurs sont informés pour que chacun puisse s'organiser en connaissance de cause.
Pour les engraisseurs, le protocole est plus simple, mais fait aussi appel à la coordination
entre tous les maillons de la filière. L'élevage est progressivement vidé avec toutes les
précautions nécessaires pour éviter la transmission de la maladie à d'autres sites. Un
nettoyage-désinfection approfondi, suivi d'un vide sanitaire de trois semaines sont ensuite
appliqués, avec ici aussi une vidange complète des fosses et une désinfection
supplémentaire à la chaux.







 

777 000 euros pour 27 élevages contaminés en 2003

Entre 1999 et 2003, les assainissements ont concerné 21 naisseurs (203 truies), 9
naisseur-engraisseurs (1939 truies) et 25 engraisseurs (36 510 places). En 2003, une «
épidémie » de SDRP concernant plusieurs élevages a été décelée suite à un contrôle
abattoir. Sur une zone géographique restreinte, 27 élevages (dont 6 naisseurs-
engraisseurs) ont été contaminés suite, ici aussi, à une importation de porcelets positifs. Au
final, 735 truies ont été abattues, et tous les élevages ont subi un vide sanitaire total. «
L'assainissement total de ces 27 élevages a coûté 777 000 euros, financé à 75 % par
l'Arepsa et à 25 % par les groupements », souligne Roxane Rossel. Les indemnités
perçues sont déterminées au cas par cas par une commission qui regroupe éleveurs et
responsables de groupements. Elles sont basées sur la comptabilité et la GTE de l'année
précédence, et sont indexées sur les cours du porc et les prix des matières premières.

Tous les éleveurs de la zone Arepsa sont engagés dans cette démarche sanitaire,
notamment par le biais des cotisations Arepsa (voir tableau). Cet engagement ne constitue
en aucun cas une obligation réglementaire, comme c'est le cas pour les maladies
légalement contagieuses (maladie d'Aujeszky par exemple). « Il s'agit avant tout d'une
prophylaxie volontaire, acceptée par tous les intervenants de la filière régionale », note
Roxane Rossel. Le montant des cotisations est loin d'être négligeable : il représente 950
euros par an pour un naisseur-engraisseur de 100 truies, soit 0,50 euro par porc en
moyenne. Mais le retour sur investissement est aujourd'hui démontré : les élevages
aquitains sont épargnés par une maladie qui coûte, selon les spécialistes, entre 3 et 20
euros par porc. Et la région bénéficie d'un statut sanitaire de haut niveau qu'elle peut
valoriser par ses signes officiels de qualité. Produire de la qualité avec des animaux sains a
toujours été le leitmotiv de la région.

Les principales lignes du plan d'action sanitaire de l'Arepsa

- Engagement par tous les intervenants de la filière de ne pas importer dans la région des
porcelets positifs SDRP.
- Dépistage systématique du SDRP en élevage (1 fois/an) et à l'abattoir (2 fois/an)
- En cas d'analyses positives, dépeuplement total de l'élevage suivi d'un vide sanitaire.
- Coordination de tous les acteurs de la filière pour éviter toute recontamination dans
d'autres
élevages.




Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Porcs de mai 2008 intitulé « Combattre le SDRP ». (R. Porcs n°149 , p.
20 à 38)

Source Réussir Porc Mai 2008

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