Diarrhées néonatales : Attention au déroulement des mises bas

Dominique Poilvet

Selon une étude-terrain réalisée par Farmapro-Cooperl(1), les difficultés de mises bas favorisent les diarrhées néonatales chroniques. Les derniers porcelets nés ne reçoivent pas toujours assez de colostrum de bonne qualité.

Selon Jean-Noël Sialelli, vétérinaire, entre 15 et 20 % des élevages sont atteints de diarrhée
néonatale chronique. Ces diarrhées apparaissent essentiellement sur les porcelets issus
de primipares ou de jeunes multipares. « Les facteurs de risques sont connus », souligne-t-
il : programmes alimentaires, qualité de l'eau, de la désinfection des salles… La plupart du
temps, les actions correctives classiques s'avèrent efficaces. Mais parfois, elles sont
insuffisantes pour résoudre le problème. « Par ailleurs, nous ne retrouvons pas le plus
souvent de germes spécifiques qui permettent la mise en place d'un autovaccin », regrette-
t-il.
Dans l'étude-terrain que Jean-Noël Sialelli présentait au forum annuel Schering Plough le 10
septembre dernier à Saint-Malo (35), c'est l'hypothèse d'un problème de transmission de
l'immunité de la truie à ses porcelets via le colostrum qui est privilégiée. Cela arrive
notamment quand les porcelets n'ingèrent pas assez de colostrum (porcelets issus de
portées nombreuses, moins lourds et donc moins vigoureux à la naissance), ou surtout
trop tardivement (les propriétés immunitaires du colostrum diminuent rapidement après la
mise bas).





Les diarrhées néonatales se déclenchent le plus souvent sur les porcelets qui n'ont pas développé une immunité passive suffisante à partir du colostrum. (D. Poilvet)

Les diarrhées néonatales se déclenchent le plus souvent sur les porcelets qui n'ont pas développé une immunité passive suffisante à partir du colostrum. (D. Poilvet)

« Le coeur de l'étude tourne autour de la cadence de mise bas des truies », souligne le
vétérinaire. Plus précisément, ce sont les jeunes truies (1res et secondes portées) qui sont
pointées du doigt. Dans les quatre élevages de l'étude qui présentent des diarrhées
néonatales chroniques, les jeunes truies ont une durée de mise bas nettement plus
importante que dans les cinq élevages sans symptômes de diarrhées qui ont servi de
témoins. 34 % des porcelets des portées atteintes naissent 3 heures après le début de la
mise bas, contre 5 % seulement dans les élevages indemnes. L'intervalle moyen entre
deux porcelet est de 20 à 22 minutes, contre seulement 13 minutes dans les élevages sans
diarrhées.
Ces porcelets qui sont expulsés en fin de mise bas tètent un colostrum dont la qualité
immunologique est déjà altérée. C'est notamment le cas de l'immunoglobuline G (IgG), une
protéine qui sert à développer la protection immunitaire du porcelet, et dont la quantité
présente dans le colostrum diminue fortement dès les premières heures qui suivent la mise
bas. « Les porcelets qui naissent en fin de mise bas ne disposent donc pas d'un colostrum
qui leur permettent de développer rapidement des défenses contre les germes
responsables des diarrhées néonatales », interprète Jean Noël Sialelli.




 

Taux d'immunoglobulines hétérogènes dans les portées atteintes

Une hypothèse qu'il confirme par l'analyse du taux d'IgG dans le sang des porcelets
malades 48 heures après la naissance : « Ce taux est significativement plus hétérogène
dans les portées de porcelets malades comparativement aux portée de porcelets en bonne
santé », constate-t-il. Alors que dans les élevages indemnes, le sérum des porcelets
contient entre 20,4 et 27,4 mg d'IgG par ml, ce taux varie entre 14,6 et 27,6 mg/ml pour les
portées atteintes de diarrhées. « Ce sont ces porcelets qui ont des taux bas qui présentent
le risque de développer des diarrhées néonatales », rappelle Jean-Noël Sialelli.
Pour le vétérinaire, la meilleure manière de limiter ces diarrhées néonatales chroniques est
donc de tout faire pour que les mises bas se déroulent le mieux possible. « Les facteurs
hormonaux qui conditionnent le déroulement des mises bas sont connus, mais les relations
entre ces processus et les pratiques d'élevage le sont beaucoup moins », souligne-t-il. Par
ailleurs, Jean-Noël Sialelli ajoute que ce problème doit se gérer à la dimension de l'élevage,
et non pas de l'animal. Alimentation, gestion de la flore digestive des truies, abreuvement,
gestion sanitaire du troupeau, interventions sur les truies autour des mises bas… Les
pistes de travail sont nombreuses, et l'approche technique est certainement la plus
prometteuse pour résoudre les diarrhées néonatales chroniques. Cette étude le démontre.



 

 

(1) Etude comparative entre 4 élevages atteints de diarrhée néonatale, et 5 élevages
indemnes, en collaboration avec l'ESA d'Angers (Y. Lautrou), l'Inra (I. Oswald) l'Ifip (N.
Quiniou) et Schering-Plough.

Source Réussir Porcs Novembre 2008

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