Effluents d'élevage porcin : Tirer profit de la méthanisation

Dominique Poilvet

Le rachat de l'électricité par EDF ne constitue pas la seule ressource de la production de biogaz par méthanisation. Illustration au travers de trois unités construites récemment en France.

L'essor annoncé des unités de méthanisation en France se concrétise. Aujourd'hui, il y en aurait une quarantaine en fonctionnement dans des exploitations agricoles. Pourtant, jusqu'ici, les tarifs de rachat de l'électricité par EDF n'étaient pas du niveau de ceux pratiqués en Allemagne. Et, selon l'Ifip, la nouvelle tarification parue au JO du 19 mai dernier ne permettra pas de s'affranchir systématiquement des subventions. Mais contrairement à l'Allemagne, qui se base sur l'utilisation unique et intensive de maïs ensilage pour alimenter les digesteurs, on constate qu'il existe en France des voies différentes pour rentabiliser cette activité.
Par la valorisation tout d'abord de matières premières fortement méthanogènes, produites par des activités extérieures à l'exploitation, et considérées comme des déchets coûteux à éliminer par les entreprises qui les produisent : graisses de flottaison des industries agro-alimentaires, déchets de silos de céréales, résidus d'assainissement, déchets de restauration collective, déchets verts provenant des espaces verts des communes et des ménages… Ces co-substrats apportent des recettes nécessaires à l'équilibre financier de la méthanisation grâce aux redevances de traitement. Il faut cependant investir dans des équipements de réception et de stockage spécifique. Les unités de méthanisation doivent aussi être suffisamment proches du lieu de production de ces cosubstrats pour limiter les coûts de transport. Et bien sûr, ces ressources ne sont pas illimitées. Leur intérêt ne vaut que si la demande n'est pas supérieure à l'offre.

La cogénération permet de produire à partir du biogaz de l'électricité revendue à EDF, et de la chaleur valorisée sur l'exploitation. Ici, le cogénérateur de la SARL Biowatt en Bretagne. (D. Poilvet)

La cogénération permet de produire à partir du biogaz de l'électricité revendue à EDF, et de la chaleur valorisée sur l'exploitation. Ici, le cogénérateur de la SARL Biowatt en Bretagne. (D. Poilvet)

La méthanisation permet aussi de valoriser des déjections animales de l'exploitation. Quand le lisier sert de substrat au méthaniseur, le produit qui ressort du digesteur contient la totalité de l'azote et du phosphore excrétés par les porcs. Mais il est considéré par l'administration non pas comme un produit polluant, mais comme un fertilisant de qualité, désodorisé, assaini… En résumé, c'est un produit écologiquement acceptable.
Valorisation de la production de chaleur ensuite, dont la meilleure en production porcine est le séchage du digestat qui permet de régler le problème des excédents d'azote et de phosphore par l'exportation. À la SARL Biowatt à Rohan (56), la fraction solide du digestat peut être séchée, exportée et valorisée sous forme d'amendement organique ou d'engrais.
Une autre partie de l'azote libérée dans l'air au moment du séchage est récupérée par un système de lavage d'air à base d'acide sulfurique. Le produit final, riche en sulfate d'ammonium, est également exportable pour fertiliser des cultures.
La chaleur produite peut aussi être utilisée par des activités extérieures à l'exploitation, mais toujours sous condition de proximité : chauffage de serres, de maisons d'habitation, de séchoirs…

Valorisation enfin par l'image positive qui ressort de l'activité. « Notre unité de méthanisation produit l'électricité nécessaire à la totalité des habitations de notre commune », cite par exemple Alain Gaimon dans l'Indre. L'unité collective Géotexia emploie trois salariés et va générer des emplois indirects. L'effluent liquide issu de l'unité servira à faire pousser des saules dans le but de produire de l'énergie bois pour les chaudières.
Le coût de ces réalisations est cependant très élevé : de 800 000 euros pour une « petite » unité de 110 kW électrique, jusqu'à près de 15 millions d'euros pour Géotexia, porté par 35 agriculteurs et par un pool financier. Pour le moment, les collectivités locales et les instances nationales accordent des subventions qui peuvent aller jusqu'à 40 % du montant de l'investissement. Les banques et les investisseurs soutiennent les projets, confortés par un tarif de rachat d'électricité garanti pendant quinze ans. Le développement des énergies renouvelables est devenu une priorité nationale. Mais il ne faudrait pas que la filière biogaz subisse le même sort que la production d'électricité photovoltaïque, dont le développement est suspendu car jugé trop coûteux par les pouvoirs publics.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Porcs de juin 2011. (RP n°183, p.14 à 26)

Source Réussir Porcs Juin 2011

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