Elevage porcin outre-Atlantique : Le Québec doit se battre dans un grand marché nord-américain

Claudine Gérard

Avec près de 50 % de sa production qui doit être exportée, le Québec se trouve sur les mêmes marchés que les USA, mais doit aussi rester compétitif par rapport aux autres provinces canadiennes du Manitoba et de l'Ontario !

Le temps où les USA étaient les principaux débouchés du porc québécois est bien révolu. De nombreux événements, en particulier le développement de la production US, le problème d'un dollar canadien trop fort par rapport à son grand voisin, ont fait qu'aujourd'hui, c'est la viande des États-Unis qui pénètre le marché canadien. Sur les cinq dernières années, les exportations de porc du Québec vers les USA ont chuté de 42 % en valeur et 32 % en volume. Le phénomène a été semblable dans les deux autres grandes provinces porcines du Canada, Le Manitoba et l'Ontario, mais avec moins d'ampleur (- 30 % en volume et – 4 % en valeur). Et à l'inverse, les exportations de porc US vers le Canada ont augmenté de 32 %, pour représenter 20 % de la consommation interne. Dans ce marché libre d'Amérique du Nord, le Québec se doit donc d'être compétitif alors même que les analyses montrent que le coût de production y est plus élevé qu'ailleurs. Selon les calculs réalisés par l'économiste Aïcha Coulibaly, du Centre de développement du porc au Québec, le coût du kilo de croît (sevrage-vente) en 2007 a été de 1,47 $C au Québec contre 1,06 $C au Minessota…

Ces écarts s'expliquent par les handicaps propres à l'élevage porcin québécois, à savoir d'abord le coût des aliments et des porcelets. Le prix de l'aliment est certes compétitif par rapport au Manitoba, mais bien supérieur à celui de l'Iowa ! Car si le Québec produit du maïs, il en importe aussi des USA. Pour Aïsha Coulibaly, le Québec est aussi pénalisé par un calcul du prix du porcelet qui est indexé sur celui du porc charcutier : chaque porcelet coûte la moitié du prix d'un porc à l'abattage, auquel s'ajoute une prime fonction de son poids. Par exemple, d'avril à juin, la grille de prix du porcelet de 26 kg s'est établie à 30,19 $ auquel s'est ajouté une prime de 26 $ par tête. C'est plus que dans les autres régions du Canada qui, elles, ne pratiquent pas ce système de prime. Enfin, l'économiste souligne qu'au Québec, le coût de la main-d'oeuvre reste relativement élevé, en raison d'une faible productivité du travail, de salaires élevés, et dans certains élevages, d'une faible automatisation liée à des investissements freinés par le moratoire qui a duré deux ans. Enfin, au Québec comme en Ontario, les intérêts pèsent plus lourd.
Face à cette situation, que faire ? « Nous savons que nous devrons toujours compter avec des prix de maïs élevés. Depuis le début 2009, il est à plus de 200 $/tonne. Notre défi sera de pouvoir intégrer des « ingrédients alternatifs », comme les drèches issues de la fabrication d'éthanol par exemple. »

Aïsha Coulibaly, économiste au CDPQ : « Avec un produit non différencié, comme le porc, il est essentiel de pouvoir baisser ses coûts. » (C. Gérard)

Aïsha Coulibaly, économiste au CDPQ : « Avec un produit non différencié, comme le porc, il est essentiel de pouvoir baisser ses coûts. » (C. Gérard)

 

Autre voie de progrès, produire des porcs plus lourds. Le poids de carcasse en 2008 est déjà monté à 94 kg, soit 8 kg de plus qu'en 2004. Mais, les progrès sont encore possibles. « Cette évolution fait aujourd'hui l'objet d'études. » Mais d'une manière plus générale, Aïsha Coulibaly recommande d'améliorer les « régies » (conduites) d'élevage. Encore trop d'éleveurs ignorent leur coût de production. « Or, avec un produit comme le porc non différencié, il est essentiel de pouvoir baisser ses coûts. » Ou encore, précisément, de rechercher des débouchés pour des porcs à plus forte valeur ajoutée. C'est aujourd'hui la politique choisie par certains intégrateurs, comme les Aliments Breton, qui pensent que ces débouchés pourraient assurer leur salut.

 

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Porcs de juin 2009. (R. Porcs n°161, p. 14 à 30)

Source Réussir Porcs Juin 2009

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires