Encore des obstacles à lever : Le pois cherche à reconquérir l'aliment du bétail

Claudine Gérard

Le 17 février dernier, l'interprofession des oléagineux rassemblait à Rennes les différents acteurs de la filière. L'objectif était d'analyser les atouts du pois pour alimentation animale.

Pas assez rémunérateur pour les producteurs, trop cher pour les fabricants d'aliment… En 2010, le pois était totalement absent des formules d'aliments dinde, bovins, parfois en très faible quantité dans les aliments pondeuse, et compris entre 0 et 8 % dans les aliments pour porc charcutier. C'est le témoignage d'Hervé Vasseur, directeur d'Aliouest (500 000 tonnes d'aliment du bétail). « Le pois est devenu une micromatière première qu'il nous est difficile à gérer », témoigne-t-il. Pourtant, avant 1992 et la réforme de la PAC, l'alimentation animale bretonne en consommait régulièrement autour d'un million de tonnes. Pourquoi ce désintérêt, et que faire, sachant que les pouvoirs publics se sont engagés dans un plan de relance des protéagineux, avec à la clé une enveloppe de 40 millions d'euros à la production…
Les raisons de ce désintérêt sont multiples. Pour l'utilisateur final qu'est le fabricant d'aliment (ou le fafeur), c'est d'abord une question de prix. Hervé Vasseur calcule qu'en prix de marché février 2010, le blé se situait à 265 €/t, le tourteau de soja à 357 €/t, le tourteau de colza à 261 €/t, et le pois à 292 €/t. « Avec un prix inférieur de 10 euros la tonne, sa consommation serait doublée », avance-t-il.
Les valeurs nutritionnelles du pois (et de la féverole) se situent en effet dans une zone intermédiaire entre celles du blé et celles du soja. Son prix d'intérêt, c'est-à-dire celui qui va lui permettre d'entrer de façon significative dans les formules, est étroitement lié à celui des céréales et des autres sources azotées. Compte tenu de ses concentrations en protéines, acides aminés et énergies, le pois trouvera plus facilement « sa place » dans des formules relativement peu concentrées.

En aliments volaille, par exemple, pour lesquels son taux d'incorporation est nul aujourd'hui, Isabelle Bouvarel, de l'Itavi, calcule que le pois pourrait trouver un intérêt dans les formules label rouge ou en pondeuse, mais pas dans des formules concentrées du type poulet standard « pour lesquelles, compte tenu des niveaux énergétiques et azotés requis, le recours au soja est indispensable ». Pour les mêmes raisons, le pois s'imposera plus facilement dans des formules pour porcs charcutiers en finition que dans des formules type nourrain.
Le pois pose aussi des soucis aux producteurs et collecteurs. Denis Courzadet, responsable collecte Axerea Epis Centre, affirme pourtant que « le pois est une véritable tête d'assolement permettant d'allonger la rotation des cultures, économe en azote, mais… ».
Mais ses handicaps sont réels : sensible au stress hydrique, moins rémunératrice que le blé… la culture de pois devra bénéficier de progrès génétiques. En l'état actuel des choses, pour prendre une place dans l'assolement, le pois doit se battre contre les grandes cultures dont les avantages tiennent à des aspects techniques mais aussi aux problèmes de prix et de visibilité. La filière doit trouver une solution qui permette de fixer des contrats entre les différents acteurs et fixer des prix d'objectifs à terme pour les agriculteurs. D'où l'idée d'un indicateur prix basé sur celui du blé (voir encadré ci-contre).
En attendant, les faibles taux d'incorporation des pois dans les formules ajoutent à son handicap. Les fabricants d'aliment doivent en effet monopoliser une petite cellule de matière première pour des consommations bien faibles, avec tous les coûts et risques de rupture que cela induit.

Avant 1992 et la réforme de la PAC, l'alimentation animale bretonne consommait un million de tonnes de pois. (S. Devé)

Avant 1992 et la réforme de la PAC, l'alimentation animale bretonne consommait un million de tonnes de pois. (S. Devé)

 

Des atouts environnementaux

Dans la situation ainsi décrite, pour trouver un avantage au pois, il faut se projeter dans l'impact environnemental des productions animales. Les professionnels de l'alimentation animale (Afca Sial, Coop de France, Snia et Tecaliman) ont constitué une « mission développement durable » dont un des buts est de quantifier les émissions de gaz à effet de serre (GES) des productions agricoles. Nicolas Martin, chargé de mission, a effectué tous les calculs afin de déterminer l'impact pois sur les émissions de GES. Quand on sait que, dans le secteur de l'alimentation animale, c'est principalement l'apport d'engrais azoté aux cultures qui impacte l'effet GES des matières premières, on comprend que le pois, légumineuse peu exigeante en N, présente un intérêt. Et en imaginant que les formulateurs aient à satisfaire une contrainte GES comme une contrainte nutritionnelle dans leurs calculs, alors le pois pourrait s'imposer plus facilement qu'aujourd'hui dans les aliments pour porcs ou volaille. Mais avec des limites toutefois. Les simulations faites montrent qu'une réduction exigée de 10 % des GES de formules pondeuses laisserait le pois s'installer dans la formule à environ 15 %. Mais pas plus, et avec un surcoût de l'ordre de 3 à 4 %…
Enfin, une opportunité pour le pois serait de trouver sa place dans des aliments garantis « non OGM », en remplacement du soja (OGM ou non). Mais cela dépendra évidemment de l'avenir de ce marché.

Source Réussir Porcs Avril 2011

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