Etude de l'Ifip : Des aliments plus riches en acides aminés s'avèrent rentables

Claudine Gérard

Dans le contexte actuel de matières premières très chères, augmenter les niveaux d'acides aminés des aliments pour porcs charcutiers jusqu'à 20 % au-delà des besoins moyens permet de maximiser la marge sur coût alimentaire.

Avec les cours actuels des matières premières, comment réagir ? Baisser les niveaux
d'acides aminés pour formuler « moins cher », ou, au contraire, viser des indices maximum
en « dopant » les niveaux dans l'aliment pour porcs charcutiers ? Économiquement, c'est la
deuxième solution qui s'avère rentable. Autrement dit, en période de prix des matières
premières très élevés, l'éleveur a intérêt à opter pour des aliments plus riches en lysine et
autres acides aminés, donc plus chers. C'est la conclusion d'une étude très fouillée
conduite par Nathalie Quiniou, ingénieur à l'Ifip. À partir des performances des porcs élevés
à la station Ifip de Romillé, et en utilisant un logiciel de simulation de l'Inra, elle conclut que la
marge sur coût alimentaire est maximale lorsque les aliments pour porcs charcutier sont
formulés de 10 % à 20 % au-delà du besoin moyen des porcs en acides aminés.
Texte_courant_ital « Attention, prévient-elle, il ne s'agit pas de formuler 20 % au-delà des
niveaux habituellement recommandés par l'Ifip, ceux-ci étant établis de sorte que les
besoins de tous les porcs soient couverts(1). » En effet, ici, la démarche est différente car
le besoin en acides aminés dont parle Nathalie Quiniou est celui de la moyenne d'un lot de
porcs, donc inférieur à celui qui permet aux porcs les plus performants d'exprimer leur
potentiel.

Plus l'aliment est cher, plus la baisse d'indice est intéressante. (C. Gérard)

Plus l'aliment est cher, plus la baisse d'indice est intéressante. (C. Gérard)

Les simulations montrent d'abord que dès que l'on baisse les apports de lysine jusqu'à 15 %
au-dessous de ce besoin moyen, tous les critères de performances se dégradent et la durée
d'engraissement est allongée de 10 jours. Même si l'aliment est moins cher compte tenu des
niveaux nutritionnels, la marge par porc est dégradée jusqu'à 10 euros par porc. À l'inverse, le
fait de formuler à 15-20 % au-dessus du besoin moyen améliore tous les critères, en particulier
l'indice de consommation. Et, au final, la marge par porc s'améliore jusqu'à 2 euros.

Ces résultats ont été calculés en septembre 2007 avec des hypothèses de contexte de
prix qu'il faut évidemment préciser : un aliment pour porc charcutiers à 143 €/t pour des
matières premières « bon marché », 166 €/t pour des matières premières chères et… 275
€/t pour des matières premières qualifiées à l'époque de « très chères ». Qu'en serait-il
pour des niveaux qui frôleraient les 300 €/t ? Une autre question se pose quant au niveau
énergétique de l'aliment. Ces simulations ont été faites avec des aliments contenant 9,7 MJ
d'énergie nette par kilo. Que se passerait-il avec des aliments plus ou moins énergétiques ?
« Pour connaître les résultats dans un autre contexte de prix de matières premières et
avec d'autres niveaux énergétiques, il faudrait à nouveau formuler des centaines d'aliments
et recommencer le travail. Mais sans avoir à le faire, on sait déjà au travers de cette étude
que plus le contexte matières premières est élevé, plus on a intérêt à concentrer l'aliment
afin d'atteindre l'indice de consommation le plus bas que les porcs puissent avoir. »

Nathalie Quiniou, ingénieur à l'IFIP : « Plus les matières premières sont chères, plus il faut rechercher l'indice de consommation le plus faible pour maximiser la marge. » (C. Gérard)

Nathalie Quiniou, ingénieur à l'IFIP : « Plus les matières premières sont chères, plus il faut rechercher l'indice de consommation le plus faible pour maximiser la marge. » (C. Gérard)

 

Nota : Respectivement 0,9 et 0,8 g de lysine digestible par mégajoule d'énergie nette pour
les aliments croissance et finition.

D'après l'article original : Quiniou N., Brossard L., Gaudré D., van Milgen J., Salaün Y.,
2007. Optimum économique du niveau en acides aminés dans les aliments pour porcs
charcutiers – Impact du contexte de prix des matières premières et de la conduite
d'élevage. TechniPorc 30 (3) : 25-36.

Source Réussir Porcs Juin 2008

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