Etude Ifip : Retour des graisses : moins de 1 euro d'économie par porc

Claudine Gérard

L'introduction de graisses animales dans les formules d'aliment pour porcs pourrait conduire à une économie sur le coût de production de seulement 0,36 à 0,83 € par porc. Ces graisses présentent aussi des intérêts technologiques et nutritionnels.

La plupart des cahiers des charges interdisent l'introduction de graisses animales dans les aliments pour porcs, tandis que la plupart des pays européens (sauf l'Allemagne), les autorisent et les utilisent. Cette particularité française (et allemande) est souvent présentée comme une source de distorsion de concurrence par les éleveurs français. Pourtant, une récente étude de l'Ifip(1) montre que, avec des graisses à 300 euros/tonne, leur incorporation dans les formules permettrait une économie de 1,35 à 1,57 €/tonne sur les aliments truie allaitante et porc charcutier, et seulement 0,3 €/tonne pour les aliments porcelets. Pauline Girard, auteur de cette étude, calcule que l'économie sur les coûts de production serait de 0,36 euro par porc dans un contexte de prix de l'énergie « standard », et 0,43 euro par porc dans un contexte d'énergie chère.

Ces calculs sont basés sur le remplacement des huiles végétales actuellement utilisées par les fabricants d'aliment avec ces graisses d'origine animale, avec un différentiel de prix de 300 €/t entre les deux, ce qui est globalement le cas aujourd'hui.

Dans ces conditions, l'intérêt économique des graisses est mince. De plus, d'autres freins à leur utilisation existent : les cahiers des charges qui les interdisent, la possibilité de présence fortuite de protéines animales dans ces graisses. Mais, comme le soulignait Caroline d'Estaintot, vétérinaire Tecnor Sofac au dernier congrès Arvalis(2), « La majorité de ces freins liés au contexte réglementaire et aux incertitudes juridiques sont aujourd'hui élevés.» Par ailleurs, elle précise que certains fabricants estiment que les graisses présentent des intérêts qui s'ajoutent à leur (maigre) intérêt économique par rapport aux huiles. Les graisses ont en effet des qualités technologiques en usine : elles possèdent des qualités lubrifiantes, facilitent la granulation, colmatent les poussières… Par ailleurs, on sait que les graisses saturées conduisent à des gras de porcs plus fermes, plus blancs et plus résistants au rancissement.





Pour ces raisons, et considérant l'intérêt économique, sachant que « dans ce contexte de crise et pour limiter l'envolée des coûts de production, tout centime est bon à prendre », certains cahiers des charges remettent aujourd'hui en débat l'exclusion de ces graisses.
Pour sa part, Pauline Girard chiffre à 50.000 t/an la quantité de graisses qui pourraient être
valorisées en alimentation animale. Mais elle prévient qu'il serait difficile d'envisager des
utilisation au-delà de ce seuil. Les graisses trouvent en effet aujourd'hui d'autres débouchés, plus rémunérateurs pour les fabricants, que l'alimentation animale. Ainsi, en 2007, 59 % des 354 000 tonnes de graisses produites en France ont été valorisées dans les secteurs de la savonnerie et de l'oléochimie, 19 % dans le petfood, et seulement 16 % en alimentation animale, mais pas en France ! En effet, selon les données du Sifco(3), sur ces 44 000 tonnes, 96 % ont été utilisées hors de France, principalement en Espagne, qui reste le plus gros utilisateur de graisses en alimentation animale, avec 290 000 tonnes utilisées en 2006.

 

Pour en savoir plus

Voir article complet dans Réussir Porcs de novembre 2008. (R. Porcs n°154 p. 54-55)


(1) TechniPorc, Vol 31, N° 4, 2008, p. 25.
(2) : Quels sont les leviers d'action pour maîtriser le coût des aliments ? Paris, le 23
septembre 2008. Arvalis et Unip.
(3) Sifco : Syndicat des industries françaises de coproduits animaux.



Source Réussir Porcs Novembre 2008

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