Etude Novartis : Les Brachyspires impliquées dans les diarrhées grises

Claudine Gérard

Le laboratoire Novartis a conduit des analyses sur des porcs charcutiers souffrant de diarrhées grises. La présence de Brachyspires en fin d'engraissement met en cause cette bactérie, ce qui conduit le laboratoire à recommander une supplémentation avec de la tiamuline à 80 ppm.

Une centaine d'élevages, 3500 porcs charcutiers. C'est à partir de cet échantillon que
Novartis a mis en évidence le rôle des Brachyspires dans le problème de diarrhées grises
en élevage. Christophe Daubignard, vétérinaire, a présenté ses conclusions auprès de
confrères réunis à Bénodet (29) le 6 juin dernier. Il constate une prévalence moyenne de la
bactérie en post-sevrage dans ces élevages, mais surtout une « montée en puissance » à
partir de la 13e semaine d'âge, et un pic vers 20 semaines d'âge, « de façon très
comparable à ce que l'on observe avec Lawsonia ». Il conclut que les Brachyspires
constituent une cause des diarrhées grises en France et que beaucoup d'élevages
présentant ces diarrhées et/ou de l'hétérogénéité en post-sevrage sont infectés par la
bactérie.
Toutefois, il soulève un problème sur lequel son laboratoire, en collaboration avec
Labofarm, est en train de travailler : les kits existants aujourd'hui (Adiagen) permettent de
mettre en évidence la présence de Brachyspires, mais ne permettent pas d'en déterminer
l'espèce. Or, il en existe de nombreuses, dont l'effet pathogène (hémolytique) est variable.
Par exemple, les méthodes actuelles ne permettent pas de faire la distinction entre
Brachyspira intermediae et innocens, qui n'ont pas le même pouvoir pathogène. Jean Le
Guennec, Labofarm, achève la mise au point d'un test spécifique PCR qui, grâce à l'ADN
des Brachyspires, permettrait d'en déterminer l'espèce (à ce jour, pour pilosicoli et
intermediae).






 

L'impact de l'aliment

Le phénomène n'est pas franco-français, comme en a témoigné Jill Thomson, vétérinaire
en Ecosse. Elle constate que ce sont les élevages sur sol plein (…) qui sont les plus
touchés. Mais, surtout, elle affirme que l'aliment joue un rôle majeur dans le développement
de ces Brachyspires, essais à l'appui. Pour elle, les variétés de blé ont changé. Et en
particulier leur viscosité, qui induit des vitesses de transit accélérées. Elle l'a prouvé au
travers d'aliments dans lesquels elle introduit des billes de plastique colorées qui traversent
l'intestin en même temps que l'aliment ! Par ailleurs, elle a mis en évidence que les hauts
niveaux de polysaccharides non-amylacés (NSP) dans les formules d'aliment constituaient
un facteur favorisant le développement des brachyspires. Enfin, la granulation serait un
facteur aggravant.

Forte de ces convictions, elle a conduit des essais en élevages souffrants de ces diarrhées
à Brachyspires (pilosicoli), et « sans rien changer par ailleurs », en comparant deux
aliments : celui utilisé par l'éleveur, et un aliment expérimental regroupant ses
recommandations : une présentation en farine, un plus bas niveau de protéines (les témoins
étaient à 21 % en engraissement !), et l'addition d'une enzyme, une beta glucanase. Elle
constate un ralentissement du transit digestif et une amélioration des croissances dans ces
élevages grâce au changement d'aliment. Cela rappellera sans doute des souvenirs aux
praticiens confrontés à ces diarrhées grises au début « des années manioc » ! En tout état
de cause, elle conclut qu'il n'y a pas assez de ponts entre vétérinaires et nutritionnistes, et
que la connaissance des matières premières utilisées — en particulier l'évolution des
variétés — mériterait d'être plus étudiée.

L'approche médicamenteuse

Pour Christophe Daubignard, en revanche, la solution aux Brachyspires passe par
l'utilisation de tiamuline dans l'aliment. Tiamuline protégée par un enrobage gélifié qui lui
confère une meilleure stabilité, notamment au passage de l'aliment dans la presse à
granuler. Et Christophe Daubignard recommande une posologie de 80 ppm, pendant en
moyenne 21 jours afin, tout d'abord, de compenser l'étalement des prises alimentaires,
problème lié à l'administration via l'aliment. « c'est une solution efficace de substitution aux
associations d'antibiotiques. À 80 ppm, le dosage permet des protocoles souples et
efficaces à la fois ». ajoute-t-il. Autre avantage, la molécule est efficace sur les complexes
respiratoires : Mycoplasme, Haemophilus, Actinobacillus… Un argument à faire valoir pour
justifier un coût de cette antibiothérapie supérieur aux autres solutions existant sur le
marché.

Source Réussir Porcs Septembre 2008

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