« Il faudra composer avec les welfaristes » estime Jean-François Bianchi

Propos recueillis par Dominique Poilvet - Réussir Porcs Avril 2012

« Il faudra composer avec les welfaristes » estime Jean-François Bianchi
Pour Jean-François Bianchi, « la tradition, le terroir et la gastronomie constituent des remparts légitimes contre le welfarisme ». Crédit photo : D. Poilvet

Les mouvements welfaristes (de l’anglais welfare = bien être) ont pour objectif l’amélioration du bien être des animaux. Décryptage par Jean-François Bianchi, professeur à l’École de guerre économique de Paris, dont les étudiants ont réalisé une étude sur ce thème en relation avec Coop de France Ouest.

Jean-François Bianchi est professeur associé de l’EGE, directeur du programme d’études MercuriE, dont le but est d’étudier des situations réelles de confrontations économiques. Cette étude se prolonge par une vision stratégique de la relation du monde agro-alimentaire avec le welfarisme.www.ege.fr

Quelles sont les origines des courants de pensée welfaristes ?

Les mouvements welfaristes se développent essentiellement dans le monde occidental. Leurs nouvelles idées ont généralement pour origine l’Amérique du Nord, puis arrivent quelques années plus tard en Europe par les pays scandinaves.

Quels sont leurs objectifs ?

Nous avons recensé 300 mouvements actifs en France. Il n’y a donc pas un, mais plusieurs courants de pensée. Les plus modérés sont les environnementalistes, qui veulent simplement contrôler l’impact de l’homme sur l’environnement afin de le préserver. Les plus radicaux souhaitent que les animaux aient des droits équivalents aux humains. Il existe des variantes entre ces deux extrêmes : certains tolèrent les productions animales, mais veulent améliorer les conditions d’élevage. Les végétaristes refusent la viande mais acceptent certains produits d’origine animale. Les végétalistes refusent tout ce qui est produit par les animaux. Les antispécistes s’opposent à l’exploitation et à la consommation des animaux par les êtres humains pour des raisons morales.

Comment agissent-ils ?

Les plus modérés se contentent de campagnes de communication. À l’opposé, les activistes veulent causer des dommages matériels, voire corporels aux producteurs. D’autres engagent des actions juridiques pour déstabiliser leurs adversaires, faire évoluer la jurisprudence et accessoirement récupérer des dommages et intérêts. Les appels au boycott ont pour objectif de pénaliser les élevages accusés de ne pas répondre aux exigences de bien être animal.
À l’échelon européen, les lobbyistes welfaristes sont très présents à Bruxelles. Leur objectif est de modifier les législations européennes. Enfin, certains mouvements agissent de manière plus insidieuse, en se présentant aux conseils d’administration des entreprises, pour qu’elles prennent plus en compte le bien-être animal.

Quels sont les risques pour les productions animales ?

Les productions animales peuvent être atteintes aussi bien en termes d’image dégradée que de potentiel de production diminué, d’emplois supprimés, d’équipements détruits et de savoir faire détourné. Nous sommes déjà confrontés à une guerre de l’information, avec la diffusion d’informations souvent biaisées. Une simple photo d’un animal malade ou qui saigne peut être utilisée de mauvaise foi. Les impacts peuvent être aussi économiques. En production porcine, les éventuelles réformes des règles de transport des animaux pourraient être coûteuses et commercialement pénalisantes.

Comment les filières animales doivent-elles réagir ?

Deux solutions s’offrent à la profession. D’une part, une posture défensive peut se traduire par une veille de tout ce qui se dit sur les filières dans les médias. Cela permet d’avoir une vision globale de la façon dont sont traités les sujets. Le partenariat avec des associations modérées développe une confiance mutuelle pour éviter ou désamorcer rapidement les crises futures. Travailler l’image de l’élevage permet de se rallier les consommateurs. Les filières peuvent aussi opter pour une posture offensive, en adhérant aux associations welfaristes pour mieux anticiper leurs opérations, en étant interventionnistes au sein des associations les plus extrêmes, en étant plus agressifs sur le front de l’information.

Quelles sont les perspectives pour les filières animales françaises ?

Pour le moment, la situation vis-à-vis des welfaristes est moins critique en France que dans d’autres pays, États-Unis notamment. La tradition, le terroir et la gastronomie sont des piliers de la culture française et constituent donc des remparts efficaces. Mais les risques futurs sont réels et les productions animales doivent se fédérer et s’organiser pour mieux les prendre en compte.

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