Interview : Cinq questions à Thierry Geslain, secrétaire général du Sifco (1)

Propos recueillis par Claudine Gérard

Interview : Cinq questions à Thierry Geslain, secrétaire général du Sifco (1)

Quel jugement portez-vous sur le système actuel de l'équarrissage en France ?

Je dirai tout d'abord qu'il est particulièrement performant en termes d'efficacité et de résultat.
La capacité des sociétés d'équarrissage à assurer les prestations en période calme comme
en période de crise est reconnue. De plus, la gestion par l'Office de l'élevage confère au
service de l'équarrissage toute la transparence et le contrôle nécessaires. La filière porcine est
celle qui s'est le mieux et le plus tôt organisée. Depuis le 17 juillet 2007, le système d'ATM porc
fonctionne particulièrement bien.

Le service public de l'équarrissage enregistre pourtant des déficits chaque année ?

Si le fonctionnement ne pose pas de problème, le financement du système soulève
effectivement des questions et justifie les réformes annoncées pour l'année prochaine
quant à la répartition des coûts du service de l'équarrissage et l'implication de l'État. En tant
qu'équarrisseurs, nous n'avons pas d'avis à formuler sur les questions de financement.
Toutefois, le système actuel qui harmonise le prix payé par l'éleveur sur tout le territoire —
alors qu'il existe effectivement de grosses disparités de coûts selon la densité d'élevage —
nous paraît intéressant. Si cette mutualisation des coûts n'était pas préservée, les éleveurs
des zones moins concentrées seraient fortement pénalisés. Le système a besoin d'une
réforme, peut-être, mais pas d'une révolution.

Peut-on craindre un désengagement de l'État et une augmentation de la contribution des éleveurs ?

Une étude que nous avons commandée pour comparer les fonctionnements et les coûts
dans les principaux bassins d'élevage en Europe nous montre que chacun a mis en place
un dispositif différent qui répartit les coûts entre l'Etat et l'éleveur, à part la France qui est le
seul pays où les abatteurs contribuent au financement de ce service. On constate tout
d'abord que c'est en France que les éleveurs payent le moins. Dans la plupart des pays,
les États financent plus le service d'équarrissage qu'en France. Mais les scénarios sont
très contrastés, entre le Danemark ou le Royaume-Uni, où l'État ne contribue pas ou très
peu, et certaines provinces d'Espagne où il abonde à plus de 90 % au financement du
service. Entre ces deux schémas, les Pays-Bas, par exemple ont mis en place un système
où le financement du service est partagé à 50/50 par l'Etat et les éleveurs.

Y a-t-il aussi une grande disparité des coûts de l'équarrissage entre les bassins européens ?

Oui, sachant qu'il est extrêmement difficile d'effectuer des comparaisons tant les systèmes
sont différents et les coûts variables au sein d'un même pays, par exemple entre les länder
allemands ou les provinces espagnoles. Mais on peut toutefois mesurer les écarts entre les
principaux pays européens. Tout d'abord, compte tenu de l'impact du poste « collecte »,
c'est-à-dire le transport, dans le coût de l'équarrissage, il existe de fortes variations en
fonction de la taille des pays, et de la spécialisation de l'élevage. Le coût de collecte est
sévidemment différent entre les Pays-Bas, petit pays avec une forte densité d'UGB/ha, et
par exemple le Royaume-Uni, pays étendu, avec des productions diversifiées et une faible
densité d'élevage. La France, qui se situe parmi ces pays de grande superficie, avec
plusieurs espèces, se situe plutôt dans des coûts de collecte moyens en raison d'une
bonne organisation des tournées, surtout en porc. Mais dans les autres espèces, le
système est améliorable en rationalisant les enlèvements au niveau des élevages. Il y a là
du temps à gagner dans la collecte.

Quant aux coûts de transformation, ils s'avèrent assez homogènes. Les écarts sont liés à
la possibilité qu'ont certains bassins de valoriser les produits. Dans certains pays comme le
Danemark, les farines sont valorisées en partie pour la production d'électricité, ce qui
couvre quasiment les charges de destruction. En France, les coûts de destruction sont
parmi les plus élevés, car leur destination vers les cimenteries a conduit à des coûts
négociés qui pèsent environ 55 euros la tonne. Malheureusement, les pouvoirs publics
français n'ont pas créé les conditions d'une valorisation des sous-produits animaux en
électricité malgré la demande unanime des filières

Enfin, que pensez-vous des solutions dites alternatives(2) ?

Je ne porte pas de jugement particulier, sachant que ces solutions, devant être validées par
l'EFSA(3), devront apporter les garanties nécessaires, sanitaires et environnementales en
particulier.


(1) Syndicat des industries françaises des co-produits animaux.
(2) telles que le compostage des cadavres à la ferme ou encore la bio-digestion
actuellement en développement à la station de Romillé.
(3) Autorité européenne de sécurité des aliments.




Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Porcs de juillet-août 2008 : « Vers une réforme de l'équarissage ».
(R. Porcs n°151, p. 14 à 23).

1) Syndicat des industries françaises des co-produits animaux.
(2) telles que le compostage des cadavres à la ferme ou encore la bio-digestion
actuellement en développement à la station de Romillé.
(3) Autorité européenne de sécurité des aliments.

Source Réussir Porcs Juillet-Août 2008

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