John Brook, de l'US Meat Export Federation* : Les États-Unis sont armés pour conquérir les marchés mondiaux

Propos recueillis par Claudine Gérard

Invité à l'assemblée générale du MPB le 12 mai dernier, John Brook a exposé sa vision du monde porcin : une consommation qui va exploser, les États-Unis parés pour satisfaire la demande, et l'Europe qui souffre des contraintes qu'elle s'impose…

Quelles sont vos prévisions de consommation de porc dans le monde ?

Deux phénomènes vont se conjuguer pour aboutir à une forte augmentation de la demande en viande et en particulier en viande de porc : la croissance démographique et l'augmentation du PIB, donc du pouvoir d'achat dans les pays émergents. À l'horizon 2050, nous pouvons tabler sur une augmentation de la population de 50 % et de la consommation de 100 %. Plus proche de nous, à l'horizon 2019, la consommation de porc dans le monde va augmenter d'environ 22 %, soit 21 millions de tonnes, c'est-à-dire la production annuelle de l'Europe ! La forte demande viendra de Chine, de Russie, du Brésil.

Qui va pouvoir satisfaire cette demande croissante ?

La Russie affiche l'objectif d'être à terme autosuffisante. Mais la peste porcine africaine qui sévit dans le pays actuellement pose de graves problèmes. La Chine quant à elle peut développer sa production pour viser l'autosuffisance. Nous estimons qu'en 2018, la Chine aura augmenté sa production porcine de 30 %, mais elle aura besoin d'importer des pièces, abats…

John Brook : « Vous, Européens, avez le droit de décider d'attendre vingt ans en vertu du principe de précaution. Mais vous savez que cela va vous coûter plus cher. » (C. Gérard)

John Brook : « Vous, Européens, avez le droit de décider d'attendre vingt ans en vertu du principe de précaution. Mais vous savez que cela va vous coûter plus cher. » (C. Gérard)

 

Quels seront les principaux exportateurs ?

Pour répondre à cette question, il faut aborder plusieurs points. En premier lieu, il y a aujourd'hui trois poids lourds à l'export pour la viande porcine : l'Amérique du Nord (États-Unis et Canada), l'UE et le Brésil. Nous pensons que les grands bénéficiaires de ces besoins croissants de porc dans le monde seront l'Amérique du Nord et le Brésil. En 2009, 30 % des exportations de porcs dans le monde provenaient des Etats-Unis. Selon l'OCDE, cette part passera à 40 % en 2019.

Pourquoi ne voyez-vous pas l'Europe participer à cet essor ?

Tout d'abord, les États-Unis bénéficient aujourd'hui des progrès techniques considérables de son élevage de porc. Il y a 20 ans, 7 millions de truies produisaient 7 millions de tonnes de viande. Aujourd'hui, 6 millions de truies en produisent le double ! Par ailleurs, l'Europe devra composer avec des coûts de production plus élevés qu'en Amérique du Nord. Notre production est plus standardisée, avec des formules maïs-soja. Nous sommes constamment en recherche d'économies d'échelle, et le gros avantage pour les producteurs américains est de pouvoir se positionner tous les jours sur les marchés à terme pour leurs porcs et pour leurs couvertures. Ce que vous, Européens, ne pouvez pas faire. Par ailleurs, nous ne nous imposons pas des interdits comme vous. OGM, ractopamine (facteur de croissance des porcs interdit en Europe NDLR), pourquoi nous en priver si cela peut améliorer notre productivité ! Nous savons que pour nourrir la planète en 2050, les méthodes de production actuelles ne suffiront pas compte tenu des surfaces disponibles. Alors il faudra explorer trois voies pour s'en sortir : rechercher des pratiques nouvelles, imaginer de nouveaux produits et avoir recours aux nouvelles technologies dans le domaine de la génétique, des OGM…

Mais les Européens n'en veulent pas !

Vous, Européens, avez le droit de décider d'attendre vingt ans en vertu du principe de précaution. Mais vous savez que cela va vous coûter plus cher. Ce qui est troublant, c'est que le plus souvent ces avancées techniques viennent d'Europe qui s'interdit de les mettre en oeuvre, et ce sont les Américains qui le font… Je pense que la différence entre les États-Unis et l'Europe c'est que nous, Américains, avons une grande confiance dans notre autorité en matière d'alimentation, qui est la Food and Drug Administration. Tandis que vous, Européens, doutez, voire ignorez votre autorité, l'Efsa. Sans doute est-ce une conséquence de l'ESB qui a détruit la confiance de la population envers ces autorités officielles.
Enfin, même si le secteur européen s'est restructuré et si quelques groupes ont une implantation dans quelques bassins européens, aucun n'a d'envergure réellement européenne comme SmithField l'a aux États-Unis. Et vous devez admettre que, ces dernières années, ce sont les États-Unis qui ont le plus investi dans les outils d'aval en Europe.

* John Brook est directeur régional Europe, Asie et Moyen-Orient de l'US Meat Export Federation. Celle-ci, à but non lucratif, fonctionne à partir de taxes obligatoires assorties de montants équivalents apportés par l'USDA. 30 millions de dollars sont ainsi utilisés chaque année pour la promotion de la viande US. La fédération emploie 90 personnes dans le monde, avec des effectifs importants en Asie et au Japon.

Source Réussir Porcs Juin 2011

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