L'Allemagne tire la production du Nord de l'Europe

Dominique Poilvet

Avec une croissance de 17 % en dix ans et des structures d'abattages très compétitives, l'Allemagne représente un débouché pour les productions danoises et hollandaises qui se restructurent à marche forcée.

Le bassin de production nord européen regroupant l'Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la Belgique représente près de la moitié de la production porcine de l'Union européenne à 15. Sa croissance de 14 % depuis 2000 (contre - 0,8 % en France sur la même période) en fait un modèle de référence pour les autres bassins européens. « La production est tirée par l'Allemagne, qui a connu à elle seule une croissance de 17 % en dix ans », souligne Christine Roguet, ingénieur à l'Ifip.

Premier marché de consommation de l'UE, un positionnement géographique facilitant les échanges, une politique de modération salariale ont rendu son industrie d'abattage-transformation très compétitive, lui permettant de s'imposer à l'export. Pour approvisionner élevages et abattoirs, le pays a importé en 2009 9 millions de porcelets et 5 millions de porcs charcutiers, la plupart en provenance des Pays-Bas ou du Danemark. « Ces deux pays subissent une forte pression environnementale, complétée par une perte de compétitivité de l'abattage-découpe pour le Danemark. » Et ce n'est qu'un début. Dans les prochaines années, les Danois projettent d'exporter dix millions d'animaux par an. La Hollande vise un accroissement de ses ventes en Allemagne d'environ deux millions de porcelets d'ici 2015.

En parallèle à cette spécialisation, le Danemark et les Pays-Bas restructurent fortement leurs exploitations. En dix ans, 6 élevages sur 10 ont disparu aux Pays-Bas, et 7 sur 10 au Danemark. La crise qui sévit depuis 2007 a accéléré le mouvement, surtout au Danemark. Dans les deux pays, la taille moyenne des élevages dépasse aujourd'hui les 400 truies. « Le concept de 1000 élevages de 1000 truies projeté au Danemark au début des années 2000 est en passe de devenir une réalité », constate Christine Roguet. Cette restructuration intense se traduit par des niveaux moyens d'actifs par exploitation et de capital d'exploitation par truie nettement supérieurs dans ces pays qu'en France et en Allemagne.

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Les élevages des pays du Nord de l'Europe (ici, en Allemagne) se sont spécialisés en ateliers naissage d'un côté, engraissement de l'autre. (D. Poilvet)

Stratégie à risque

La concentration des élevages s'accompagne d'une nette amélioration des performances techniques. Depuis 2007, Danois et Hollandais ont une meilleure productivité numérique que la France. Sous la pression d'une main-d'oeuvre chère, la productivité du travail est également élevée : entre 15 et 17 heures de travail par truie et par an, contre plus de 21 heures en France !

Mais pour Christine Roguet, ce modèle à priori séduisant économiquement est risqué. Risque économique, puisqu'il repose sur un endettement considérable des exploitations, et qu'il ne compte que sur l'évolution des débouchés allemands. Risque social, avec l'émergence d'un modèle d'élevage unique, laissant peu de place à la diversité des modèles d'élevages et des profils d'éleveurs. Risque sanitaire, avec la circulation de millions de porcs vivant dans une région (la Rhénanie) sujette à des épisodes de peste porcine, qui constitue selon certains experts une « bombe à retardement ».

« Le développement du bassin de production nord européen ressemble beaucoup à une marche en avant non maîtrisée, imposée par les contraintes environnementales », estime Christine Roguet. Des contraintes qui devraient entraver le développement de la production porcine au Danemark et aux Pays-Bas, mais aussi dans le nord-ouest de l'Allemagne, où les éleveurs subissent des oppositions sociétales et un accès limité au foncier.

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Pour en savoir plus

Voir dossier « L'Allemagne, moteur de l'Europe du nord » de Réussir Porcs de septembre 2011. R. Porcs n°185, p. 34 à 42.

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