L’autonomie protéique du Grand Ouest n’est pas pour demain

Claudine Gérard - Réussir Porcs Mai 2012

L’autonomie protéique  du Grand Ouest n’est pas pour demain
Les besoins en matières premières importées pour la Bretagne et les Pays de la Loire équivalent à trois millions d’hectares, alors que les deux régions en cultivent près de quatre millions pour le secteur de l’alimentation animale. © C. Gérard

Un colloque s’est tenu à Rennes le 30 mars 2012 à l’initiative d’Agro Campus Ouest autour de la problématique de l’autonomie protéique en alimentation animale dans l’Ouest.

La Bretagne et les Pays de la Loire importent chaque année 3 millions de tonnes de tourteaux pour l’alimentation animale, soit 70 % des besoins protéiques. Or, avec l’émergence de nouveaux marchés agricoles et une compétition mondiale pour les matières premières, la question de l’approvisionnement est posée. « Il ne s’agit pas de passer d’une dépendance avérée à une autarcie illusoire », prévenait Michel Morin, directeur d’Agro Campus Ouest, à l’initiative de ce colloque. « Mais nous devons explorer les voies vers plus d’autonomie. »

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Un déficit de 8 millions de tonnes

 Laurent Morin, Feedsim, rappelle tout d’abord que ce sont les fourrages pour les bovins qui constituent la majorité des besoins pour nourrir les animaux, avec 24 millions de tonnes estimées en 2011. Mais le secteur nécessite aussi 15 millions de tonnes de concentrés, dont 37 % pour le porc, 33 % pour la volaille et 30 % pour les ruminants. Si l’on excepte les matières premières distribuées en l’état, ce sont 12 millions de tonnes d’aliment complet que les deux régions consomment pour leurs productions animales, mais dont l’approvisionnement en matières premières ne peut être réalisé localement. Le déficit en matières premières a atteint 8,4 Mt en 2011, et concerne aussi bien les céréales que les tourteaux et les graines oléagineuses. Les deux régions « importent » ainsi chaque année environ 3 Mt de tourteaux (70 % des besoins), 1,75 Mt de graines oléoprotéagineuses (83 % des besoins) et 2,35 M t de céréales (22 % des besoins). « Les besoins extérieurs de la Bretagne et des Pays de la Loire pour l’alimentation animale équivalent à 3 millions d’hectares, à comparer aux 3,9 millions d’hectares cultivés dans l’Ouest pour ce secteur. »
 
 

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Généralisation du mode alimentaire occidental

Les chiffres posés, quel est le risque ? Jean-Paul Simier, directeur des filières agro-alimentaires de Bretagne Développement Innovation, résume : « Dans un contexte de demande croissante de produits d’élevage dans le monde, les grains pour nourrir les animaux seront rares et chers. » Il ne fait aucun doute pour lui que les modes alimentaires occidentaux vont se répandre sur toute la planète. Et l’augmentation du niveau de vie va obligatoirement s’accompagner d’une augmentation de la consommation de viande estimée par la FAO à + 70 % d’ici 2020. « Plus on s’enrichit, plus on mange de viande, bœuf, porc, volaille, mais aussi du poisson dont la moitié est pêchée et l’autre élevée ». Pour preuve, entre 1960 et 2010, la production mondiale de viande, passant de 88 Mt à 295 Mt, a quasiment triplé, et le phénomène va se poursuivre, voire s’amplifier. « Nous revoyons régulièrement nos prévisions à la hausse », témoigne l’économiste.
 De plus, par rapport aux dernières décennies est venue s’ajouter la demande en bio carburants. François Luguenot, spécialiste des matières premières à InVivo rappelle qu’aujourd’hui, les 2/3 des graines de colza produites dans l’UE sont destinées aux biocarburants.
 Les experts nous annoncent donc des décennies tendues : entre 2010 et 2050, les besoins supplémentaires en grains (céréales et riz) atteindront 640 millions de tonnes, soit 24 % de la production totale actuelle, et + 59 % de la consommation animale de 2011. À rendement constant, cette demande supplémentaire nécessiterait une augmentation de 330 millions d’hectares cultivés, soit 1/4 des terres arables mondiales, alors que chacun sait que la surface agricole disponible par habitant ne cesse de diminuer.
 « La production ne fait que courir après la demande, et nous allons être de plus en plus en flux tendus », prévient François Luguenot.

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Relativiser…

Pour autant, les experts réunis ont tenté de dédramatiser la situation de l’Ouest et sa dépendance, essentiellement protéique. Tout d’abord, on peut constater depuis plusieurs années une diversification des sources protéiques pour l’alimentation animale. Le tourteau de colza progresse régulièrement dans les formules d’aliment complet, en particulier pour les porcs, où il s’est imposé par rapport au soja. Ainsi, Laurent Morin calcule que les importations de soja du Grand Ouest ont reculé de 600 000 tonnes depuis 2003. « Alors que, depuis 1990, les fabrications bretonnes d’aliment composé ont reculé de 8 % et celle des Pays de la Loire de 4,6 %, les incorporations de tourteau de soja ont reculé de 30 % dans les deux régions, et ceci malgré la disparition du pois. » Aujourd’hui, les importations de soja, essentiellement en provenance du Brésil, avec quelque 1,9 Mt de tourteau de soja, ne représentent que 1,4 % de la consommation mondiale et seulement 3,3 % de la production brésilienne de soja. Rien de comparable avec les 50 millions de tonnes de tourteau de soja, soit la moitié de la production mondiale, importées par la Chine cette année. « Nous sommes des nains par rapport aux gros importateurs que sont devenus des pays comme la Chine », commente Laurent Morin.
 

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Ne pas négliger les protéines des céréales

Autre élément à prendre en compte, l’Ouest, comme l’Europe, possède un réel atout en termes de sol, de climat et d’eau, qui le met plus à l’abri que d’autres grandes régions du monde (Ukraine…) toujours menacées par des conditions extrêmes et des récoltes pouvant chuter de 40 %. Par ailleurs, Laurent Morin rappelle que, chez les monogastriques et le porc en particulier, plus de la moitié de la protéine est apportée par les céréales. Et qu’un hectare de céréales produit plus de protéines qu’un hectare d’oléoprotéagineux. « Nous sommes bien loin du modèle maïs/soja qui nous rendrait beaucoup plus dépendant des importations. »
 Enfin, s’il n’apparaît pas de solution radicale pour que le secteur de l’alimentation animale diminue significativement sa dépendance, des pistes sont évoquées par les experts réunis à ce colloque. La réduction de l’indice de consommation devra encore contribuer à la diminution de la demande en matières premières. « Depuis 2000, l’amélioration de l’indice de consommation des porcs a permis d’économiser plus de 400 000 tonnes (- 7 %) d’aliment complet en porcs », donc autant de protéines.
 Même si cette tendance se poursuit, elle ne permet pas d’envisager un arrêt des importations de protéines pour alimenter les animaux du Grand Ouest. Dans ces conditions, Jean-Paul Simier invite les opérateurs à sécuriser leurs approvisionnements « en combinant production locale, achats extérieurs et en s’en donnant les moyens en termes d’infrastructures de transport, de stockage et de transformation des matières premières végétales ».       

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