La Chine va continuer à importer des denrées alimentaires

Claudine Gérard - Réussir Porcs Novembre 2012

La Chine va continuer à importer des denrées alimentaires
La « classe moyenne » chinoise, de plus en plus importante, est demandeuse de produits alimentaires en quantité et en qualité. © P. Bourgault

La demande alimentaire croissante des Chinois, malgré le développement de l’agriculture encouragé par le gouvernement, exigera encore le recours à des importations massives de matières premières et de produits animaux.

La Chine va continuer à importer des denrées alimentaires

La problématique chinoise est la suivante : comment nourrir 22 % de la population mondiale avec 7 % des terres et 9 % de l’eau dans le monde ? Au cours du Space, une réunion organisée par Cerfrance a donné les éléments de réponse, en particulier au travers de la présentation de Gwenola Floch Penn, économiste et auteur de l’ouvrage Out of China (1). Elle donne tout d’abord l’ampleur de la croissance de la demande alimentaire liée à une population qui est passée de 552 millions en 1950 à 1,36 milliard en 2010. Dans le même temps, avec l’élévation du niveau de vie, la consommation de viande par habitant est passée de 14,6 kg par an à 58,2 kg entre 1980 et 2009 (à comparer aux 78 kg dans les pays développés.)
La volonté du gouvernement est clairement de satisfaire au maximum l’appétit croissant de sa population. « Le devoir de la Chine est d’assurer une vie décente à ses 1,3 milliard d’habitants (…). Tout le monde est subordonné à cette priorité nationale », déclarait M. Le Yucheng, vice-ministre des affaires étrangères (2). Le gouvernement chinois a donc pris la mesure de la nécessité de satisfaire les besoins d’une population qui fuit les campagnes pour aller chercher du travail à des milliers de kilomètres, laissant les enfants et les grand parents dans les montagnes.

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Manque de terre et d’eau pour satisfaire les besoins

Le plan quinquennal 2011-2015 favorise donc avant tout la modernisation des infrastructures et des ouvrages hydrauliques et l’éducation rurale. L’objectif est de développer une agriculture moderne, améliorer le revenu des paysans et diminuer l’écart de revenus entre ville et campagne pour enrayer l’exode rural. 116 milliards d’euros (soit + 17 % par rapport à 2010) ont ainsi été débloqués en 2 011 sous forme de subventions pour ces zones rurales.
La volonté est donc là, mais les obstacles sont de taille. La disponibilité des terres est le premier facteur limitant. La Chine compte 122 millions d’hectares cultivés pour 310 millions d’agriculteurs et 190 millions d’exploitations de 0,65 ha, côtoyant environ 2 000 fermes d’Etat de plusieurs milliers d’hectares. Outre le relief et la concentration des terres arables à l’Est du pays, s’ajoute une forte pression foncière liée à l’urbanisation. 1 % des terres arables disparaît chaque année et la FAO estime à 8 millions d’hectares les surfaces perdues entre 1997 et 2008. Par ailleurs 15 % des terres arables seraient polluées aux métaux lourds à cause de la proximité de sites industriels…

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Autre difficulté, la ressource en eau est rare et de mauvaise qualité. Sur l’ensemble de la Chine 22 % des ressources en eau seraient polluées.
Et même si la volonté de développer les productions animales est une réalité, les importations de matières premières resteront incontournables et ne cessent déjà de progresser. Les importations de graine de soja ont été multipliées par vingt depuis 1998 et ont atteint 60 millions de tonnes en 2012, soit 64 % des échanges mondiaux. « La Chine entre en compétition avec les autres régions d’élevage pour importer des matières premières stratégiques pour l’alimentation animale et contribue à la tension sur les prix », analyse Gwenola Floch Penn.

La Chine va continuer à importer des denrées alimentaires

Une opportunité à saisir pour l’Europe, la France et la Bretagne

De même, s’agissant des productions animales et malgré une production de viande de porc qui a plus que doublé entre 1990 et 2011, les importations ne cessent de progresser. L’Europe a ainsi vu ses exportations de viande porcine vers la Chine passer de 83 000 tonnes au 1er semestre 2011 à 244 000 tonnes au même semestre 2012. Et les perspectives agricoles de l’OCDE-FAO font état d’un doublement des importations totales de viande porcine chinoise, passant de 280 000 tonnes en 2010 à 542 000 tonnes en 2021. Une opportunité à saisir pour l’Europe, la France et la Bretagne, selon l’économiste qui souligne qu’avec une progression de 200 % entre 2009 et 2011, les exportations bretonnes de viande porcine en France ont atteint une valeur de 30 millions d’euros.
Enfin, un atout important du porc français (et européen) réside, selon l’économiste, dans l’image de qualité de nos produits. Les Chinois sont devenus en effet extrêmement sceptiques sur la qualité de leurs productions animales « made in China » en raison des différents « scandales » qui se sont succédés ces dernières années : lait contaminé à la mélanine, blé contaminé au cadmium… L’attente chinoise porte donc aujourd’hui sur la quantité mais aussi la qualité.

(1) “ Out of China ” Des campagnes chinoises aux terres africaines
(2) 10 avril 2012, Forum China Institute, d’après Gwenola Floch Penn.

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