« La durabilité débouche sur la diversité » affirme Jean-Yves Dourmad, ingénieur de recherche à l'Inra

Propos recueillis par Claudine Gérard - Réussir Porcs Mars 2013

« La durabilité débouche  sur la diversité » affirme Jean-Yves Dourmad, ingénieur de recherche à l'Inra
Jean-Yves Dourmad est ingénieur de recherches à l’Inra de Saint-Gilles (35), et animateur de la commission porcine de l’Inra. © C. Gérard

Impliqué dans le programme européen Q-PorkChains, Jean-Yves Dourmad explique pourquoi la notion de durabilité doit être au cœur des préoccupations de la recherche, du développement et de la filière porcine en général.

.  Le mot de durabilité a souvent été galvaudé. De quoi s’agit-il précisément ?

Le concept de durabilité nous amène à considérer simultanément trois thèmes majeurs : l’économie, l’environnement et le social, à la fois sur le court et le long terme. En d’autres termes, les projets ou les innovations que nous développons doivent être économiquement efficaces, respectueux de l’environnement et socialement acceptables. La plupart des problèmes des filières peuvent être raisonnés au travers de ce concept, avec à la clé, de réels progrès pour tous.

. Les chercheurs de l’Inra ont étudié la durabilité de différents systèmes de production porcine en Europe. Quel est le meilleur ?

Au sein du programme de recherche européen Q-PorkChains, nous avons en effet pu comparer 15 systèmes de production de porc, allant du conventionnel au bio, dans cinq bassins de production. Il apparaît qu’il est difficile de désigner un système meilleur qu’un autre, chacun pouvant être optimal sur l’un des trois volets, mais aucun sur les trois en même temps. En fait, chaque système présente des atouts intéressants et nos études mettent en évidence des complémentarités et des synergies possibles entre les différents types de production. La durabilité suppose donc une diversité des modes de production. Cette diversité aide à être plus robustes, comme on le voit dans certains bassins de production européen qui n’hésitent pas à faire cohabiter les systèmes en cherchant des synergies plutôt qu’en les opposant, comme c’est trop souvent le cas en France.

. Concrètement, que signifie la durabilité pour un éleveur aujourd’hui ?

Je voudrais d’abord souligner que, même sans le formaliser, les éleveurs ont tous cette préoccupation au quotidien de concilier l’économie, l’environnement et l’aspect sociétal. Qu’il s’agisse de réfléchir à l’évolution de leur atelier, à leur mode de production… Ces questions, ils se les posent évidemment lorsqu’ils cherchent des solutions. Concernant l’environnement, la réglementation et l’agronomie les amène à prendre en considération la gestion des effluents, les émissions de gaz… Quant à l’acceptation sociale, ils composent évidemment avec leur entourage et prennent aussi en compte leurs attentes personnelles. Et s’agissant de l’économie, elle est bien évidemment au cœur de leurs préoccupations. En revanche, je me demande parfois si les organisations professionnelles ont bien compris l’intérêt qu’elles auraient à raisonner leurs stratégies en envisageant systématiquement les trois piliers de la durabilité.
n Vous faites allusion aux normes bien-être des truies ou à la production de mâles castrés ?
Ce sont en effet deux dossiers importants qui justifient pleinement une réflexion s’inscrivant dans une démarche de développement durable. Quand on aborde de manière structurée et raisonnée ce type de problème, je pense qu’on aboutit à de meilleures solutions. Une contrainte peut se transformer en opportunité de progrès technique tout en contribuant à améliorer la perception de son élevage par le voisinage. Les choix techniques sont alors raisonnés de manière plus globale et s’inscrivent sur le long terme. Mais il faut être conscient que les choix d’un éleveur s’inscrivent également dans le cadre d’une organisation économique qui, elle aussi, doit mener cette réflexion en parallèle.

. Ces organisations économiques ont donc encore du chemin à parcourir ?

Oui, mais les choses évoluent vite et je pense qu’elles comprennent qu’il en va vraiment de leur propre durabilité. p

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