La filière porc a fortement réduit sa consommation d’antibiotiques

Claudine Gérard - Réussir Porcs Décembre 2012

La filière porc a fortement réduit sa consommation d’antibiotiques

Lutte contre l’antibiorésistance. En 2011, la filière porcine a vu ses consommations d’antibiotiques diminuer de près de 9 % et même de plus de 50 % pour les molécules « d’importance critique ».

Estimations des quantités d’antibiotiques administrés

La filière porc a fortement réduit sa consommation d’antibiotiques

Une des difficultés dans l’évaluation de la consommation d’antibiotiques par les animaux tient à l’unité retenue : euros, dose par animal (ACD = Animal Course Dose), dose journalière (ADD = Animal Daily Dose), kg de principe actif… Tous ces indicateurs peuvent être pertinents mais rendent les comparaisons très difficiles entre espèces, et quasiment impossible entre pays. Il n’existe pas à ce jour de consensus sur l’unité à retenir. D’autant que les nouvelles molécules s’avèrent efficaces à des doses plus faibles que les anciennes.
Une matinée entière a été consacrée à cette problématique à Paris (1), les experts concluant que chaque système ayant ses avantages et ses inconvénients, c’est la complémentarité des unités qui permet d’avoir une vision la plus objective possible des consommations d’antibiotiques. Par ailleurs, certains experts mettent en garde contre l’idée que la résistance aux antibiotiques est corrélée à la consommation d’antibiotique.
La relation n’est pas si simple…

« Je suis satisfait des efforts réalisés par les filières animales pour réduire la consommation d’antibiotiques, et particulièrement la filière porcine qui a fait de gros progrès entre 2010 et 2011 », proclamait Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, le 14 novembre dernier à Paris, introduisant une journée consacrée à l’antibiorésistance à Paris (1). Le fait est suffisamment rare pour être souligné : la filière porcine est en effet aujourd’hui montrée en exemple sur ce sujet qui mobilise les professionnels de la santé humaine et animale. L’exposition des porcs aux antibiotiques a diminué de 29 % sur les cinq dernières années et de 8,6 % entre 2010 et 2011, tandis que, toutes espèces confondues, cette baisse a été de 3,7 % : – 4 % pour les volailles, – 3,6 % pour les bovins et – 1,5 % pour les carnivores domestiques (chiens et chats). Exprimée en poids vif traité, la baisse est aussi très significative : – 9,5 % entre 2010 et 2011, et – 32 % depuis 2007.

La baisse concerne principalement les prémélanges médicamenteux qui représentaient 64 % des traitements en 1999 et ont chuté à 42 % en 2011. À l’inverse et en toute logique, les traitements sous forme de poudres ou solutions orales ont vu leur part passer de 24 % à 45 % des traitements sur ces douze années.

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Autre motif de satisfaction, l’exposition des porcs aux céphalosporines de 3e et 4e génération et des fluoroquinolones a chuté de plus de 51 % en un an. Plus en détail, si ces molécules restent encore utilisées chez la truie, elles ont reculé de 66 % chez les porcs en croissance. Selon les enquêtes de l’Anses de Ploufragan, alors que près de 37 % des porcs en croissance étaient traités aux céphalosporines de dernière génération en 2010, ce taux a chuté à 12,5 % en 2011.
Ceci est évidemment la conséquence pratique de la restriction volontaire de recours à ces antibiotiques que la filière s’est imposée en 2010. Ces molécules sont en effet considérées comme particulièrement importantes en médecine humaine car elles constituent l’alternative ou une des seules alternatives pour le traitement de certaines maladies infectieuses chez l’homme. Le rapport de l’Anses (2) précise qu’elles doivent ainsi être réservées au traitement curatif en deuxième intention. La filière porcine peut donc se féliciter de cette diminution très significative de l’exposition des porcs à ces molécules « d’importance critique », sachant que, pour d’autres espèces, la tendance est toujours à l’augmentation de leur usage (+ 8,5 % pour les bovins, + 34 % pour les chats et chiens…).
En 2011, les travaux conduits par l’Anses précisent que les molécules les plus utilisées chez le porc sont les polypeptides, les tétracyclines, puis, avec les pénicillines et macrolides, les sulfamides et le triméthoprime.

Une enquête Inaporc confirme les données de l’Anses

Ces données de l’Anses sont en grande partie confirmées et précisées par le groupe de travail « antibiorésistance » initié par Inaporc et la mise en place d’un panel d’éleveur, dont le suivi est confié à l’Ifip. Anne Hémonic, vétérinaire Ifip, a livré les résultats du 1er bilan réalisé sur 171 élevages enquêtés en 2011 sur leurs achats d’antibiotiques en 2010. Premier constat, les consommations d’antibiotiques par les porcs de ces élevages s’avèrent en moyenne inférieures à celles retenues par l’Anses. Selon les unités choisies (voir encadré), l’écart atteint plus de 20 % entre les différentes estimations. Cependant, l’étude d’Inaporc confirme le type de molécules les plus utilisées et précise les « destinataires ». Sans surprise, on constate que ce sont les porcelets en post-sevrage qui sont les principaux destinataires des antibiotiques, essentiellement à visée digestive. Mais l’enquête montre aussi que 50 % des traitements sont effectués dans 25 % des élevages. « C’est la raison pour laquelle les leviers d’action sont collectifs et individuels, et nous devons cibler les plus gros utilisateurs d’antibiotiques pour les aider à trouver des solutions. »
Le ministre de l’Agriculture a encouragé ces initiatives, répétant qu’il fallait sortir d’une logique de prévention et « ouvrir toutes les hypothèses pour poursuivre la réduction du recours aux antibiotiques, conformément au plan Ecoantibio 2017 », qui prévoit une réduction de 25 % des consommations à cette date. N’excluant pas le recours à la voie législative, voire à une fiscalité spécifique de ces molécules antibiotiques, Stéphane Le Foll annonce l’octroi de deux millions d’euros pour accompagner les filières animales dans cette voie.

(1) Ecoantibio 2017. Évaluer la consommation d’antibiotiques à usage vétérinaire et la réduire «. Ministère de l’Agriculture, 14 novembre 2012, Paris.
(2) http://www.anses.fr/Documents/ANMV-Ra-Antibiotiques2011.pdf
http://agriculture.gouv.fr/ecoantibio-2017-1934

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