« La politique de prix bas anesthésie le consommateur » estime Jacques Lemaître, président de VPF

Réussir Porcs Avril 2013

« La politique de prix bas anesthésie le consommateur » estime Jacques Lemaître, président de VPF
Pour Jacques Lemaître « L’endoctrinement du consommateur vers des produits de moins en moins chers, c’est là qu’est le scandale ! » © D. Poilvet

Le scandale de la viande de cheval dans les plats cuisinés est la conséquence d’une course effrénée aux prix alimentaires les plus bas, et révèle une stratégie irresponsable des enseignes, selon le président de VPF.

Identité

« La politique de prix bas anesthésie le consommateur » estime Jacques Lemaître, président de VPF
© R. Porc

Jacques Lemaître est président fondateur de VPF. Il est en outre président du CRP des Pays de la Loire, président de la chambre d’agriculture de Loire Atlantique, et président de l’Ifip.

. En premier lieu, que vous vous suggère l’affaire de la viande de cheval à la place du bœuf ?

C’est tout simplement une fraude caractérisée qui ne remet pas en cause la traçabilité de nos filières viandes. Au contraire, cette affaire malheureuse a montré que, grâce à cette traçabilité, il a été possible en 48 heures de remonter l’ensemble des circuits de circulation des viandes, avec les différents intermédiaires, traders… jusqu’aux plats préparés mis en cause.

.  Ne peut-on pas craindre une affaire similaire avec des produits du porc, en particulier dans les produits transformés ?

La question qu’il faut se poser, pour toutes les viandes, et pour tous les produits alimentaires en général, est beaucoup plus large. Aujourd’hui, la grande distribution n’a de cesse de trouver des solutions pour approvisionner au moindre coût ses rayons. L’appât du gain et la pression sur les prix bas conduisent à ces situations inacceptables. Le slogan des prix bas a anesthésié le consommateur qui en a oublié que tout produit, en particulier alimentaire, a une valeur. Derrière ce que le consommateur achète, il y a une matière première, des salariés, du travail de transformation, de conditionnement, de distribution… L’endoctrinement du consommateur vers des produits de moins en moins chers, c’est là qu’est le scandale !

.  Comment expliquer cette situation alors que les études montrent que les consommateurs recherchent de plus en plus de proximité, de terroir ?

Aujourd’hui, Bercy a confié à la grande distribution le contrôle du pouvoir d’achat des Français. Le salon de l’agriculture qui a mis sous les feux de la rampe la nécessité de traçabilité, de terroir, de circuits courts… était l’occasion pour nos politiques de mettre en place une réelle politique d’étiquetage. Hélas, rien de concret n’est sorti. En particulier parce que les transformateurs et les distributeurs ne veulent pas s’impliquer, préférant pouvoir aller se servir là où ils pourraient pouvoir économiser quelques centimes sur la matière première. Si notre souhait est d’éxiger l’origine France, cela n’empêche pas de voir cohabiter dans les linéaires des produits d’autres origines. Le consommateur choisira !

.  Plus précisément, où en est VPF, et n’était ce pas l’occasion de relancer une campagne de communication ?

Sur la viande fraîche, pas de problème, VPF est bien implanté. En revanche, nous avons toujours des difficultés à faire adhérer les professionnels charcutiers traiteurs (la Fict) pour lesquels les marchés sont européens, voire mondiaux. Au sein de l’interprofession, les discussions sur ce sujet ressemblent à une partie de poker menteur entre, d’un côté la production et l’abattage, et de l’autre la transformation et la distribution.

.  Ce scandale de la viande de cheval aurait pu aboutir à un report de consommation sur les viandes blanches, ce qui n’a pas été le cas.

Hélas, ce genre d’affaire affecte toutes les viandes, le consommateur globalisant le problème sur l’ensemble des produits carnés. Les campagnes hyper médiatisées comme celle que nous venons de vivre, jettent l’opprobre sur l’ensemble de la viande, blanche ou rouge, et alimentent les arguments de ceux qui recommandent de manger moins de viande. Voilà pourquoi, face à l’attente légitime des consommateurs, l’étiquetage est une revendication que nous devons porter collectivement et dont nous attendons des réponses concrètes de nos politiques.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires