Le secteur de l’abattage en difficulté

Claudine Gérard - Réussir Porcs

Le secteur de l’abattage  en difficulté

La mise en redressement judiciaire des abattoirs Gad est révélatrice des difficultés de certains outils d’abattage-découpe de porcs du Grand-Ouest, confrontés à une surcapacité et un manque de rentabilité.

Un abattoir de trop dans le Grand-Ouest ? Et même deux ? C’est la question posée par les professionnels du porc qui constatent que les outils sont loin d’être à saturation, ce qui, dans de tels métiers de volume, compromet leur rentabilité. Pour preuve de cette surcapacité, seuls 3 des 15 principaux abattoirs du Grand-Ouest travaillent en 2/8 : Cooperl, Gâtines, et Kermené. Pour les autres, la journée de travail s’achève en fin de matinée… Fin 2012, le syndicat des entreprises françaises des viandes (Sniv Sncp) annonçait que les pertes du secteur dépasseraient, comme en 2011, les 100 millions d’euros.
En cause, un manque de cochons par rapport aux capacités d’abattage. L’UGPVB le rappelle régulièrement : faute de pouvoir développer la production en amont en raison de la « cloche environnementale » sous laquelle sont enfermés les élevages, non seulement la production de l’Ouest ne progresse plus, mais elle est amenée à régresser. « Cette baisse s’est engagée en 2011, s’est poursuivie en 2012, et va s’accentuer en 2013. D’ici à 2014, le recul de production va atteindre 1,5 million de porcs, soit 10 % de la production régionale. À ce rythme, c’est l’équivalent de trois outils d’abattage qu’il faudra fermer à l’horizon 2014 », annoncent les responsables de l’UGPVB lors de la présentation de leur plan pour la sauvegarde de la filière porcine bretonne.

Innovation et commerce à l’ordre du jour

La perte de compétitivité du secteur de l’abattage de porc en France trouve aussi d’autres explications, mises en évidence par l’Ifip, au travers d’une étude publiée en 2011(1). L’institut rappelle que la taille des outils d’abattage-découpe et leur organisation industrielle déterminent la productivité et la compétitivité du secteur. Mais d’autres facteurs clés sont à considérer selon l’étude : l’innovation technologique dans l’automatisation des chaînes « qui suppose des investissements importants mais permet d’accroître les performances », et l’aptitude commerciale à bien valoriser les produits et co produits « en accédant à des marchés rémunérateurs ou l’élaboration poussée des produits ». Michel Rieu, directeur du pôle économie de l’Ifip analyse : « L’arrêt de la croissance de la production, combiné à une très faible rentabilité du secteur de l’abattage explique que la modernisation des outils d’abattage/découpe et l’injection de nouvelles technologies ont été insuffisants ces dernières années. » En moyenne, les abattoirs du Grand-Ouest souffrent donc d’un manque d’investissements, sachant que cette moyenne cache des disparités importantes entre outils. C’est la raison pour laquelle Michel Rieu s’interroge : « La question n’est peut-être pas de fermer un ou deux abattoirs. Elle serait plutôt de pouvoir en fermer trois pour en construire un neuf ! »
Par ailleurs, il suggère de ne pas se focaliser sur ce seul aspect « industriel », et de s’interroger sur la partie encore plus en amont, à savoir le commerce, qui permet aux entreprises d’aller chercher la valeur ajoutée sur des produits élaborés, des co-produits…, ce qu’on su faire mieux que les français des abattoirs danois ou allemands, « même s’il ne faut pas généraliser. Dans ces pays du Nord de l’Europe, de gros outils se trouvent aussi aujourd’hui en difficulté », précise Michel Rieu.

La plupart des outils souffrent du manque d’investissements de ces dernières années

Quoiqu’il en soit, la valeur ajoutée semble de plus en plus difficile à aller chercher pour les entreprises françaises. En 2011, au niveau national, malgré un solde positif du commerce extérieur de porc en volume de + 100 000 tonnes, ce solde devient déficitaire en valeur de 166 millions d’euros, preuve de la difficulté à commercialiser des produits à plus forte marge.

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« Le problème du secteur est donc plus celui de la découpe, très gourmand en main-d’œuvre que celui de l’abattage. » Or, qui dit main-d’œuvre dit distorsion de concurrence, sujet récurrent depuis plusieurs années, dénoncé par l’ensemble de la filière française. « Certes, la main-d’œuvre des pays de l’Est à bas prix a été une opportunité gigantesque pour des pays comme l’Allemagne qui ont su en tirer partie dans leur développement. Mais, pour toutes les raisons citées précédemment, ce point n’explique pas à lui seul les différences de rentabilité », précise l’économiste.
Aujourd’hui, que faire ? Pour l’UGPVB, « il n’y aura pas d’abattage sans production ». Il faut, selon l’Union, en priorité maintenir les élevages sur le territoire, et bénéficier du soutien des différentes instances concernées. Même analyse de Michel Rieu qui juge nécessaire une « politique volontariste des différents groupes, dans un cadre concerté, avec le soutien des différentes instances publiques ».

(1) Compétitivité de l’aval de la filière porcine, bilan d’activité de l’Ifip, 2011.

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