« Le système nord-européen atteint ses limites » estime Christine Roguet du Pôle économique de l'Ifip

Propos recueillis par Claudine Gérard - Réussir Porcs Juin 2013

« Le système nord-européen atteint ses limites » estime Christine Roguet du Pôle économique de l'Ifip
Christine Roguet : « En Allemagne, l’instauration d’un salaire national minimum de 8,50 € brut est au cœur de la campagne législative. » © C. Gérard

Pour des raisons différentes, la production porcine en Allemagne, au Danemark et aux Pays-Bas se heurte aujourd’hui à des obstacles d’ordre sociétal, environnemental et économique.

. Vous qui suivez attentivement la production du nord de l’Europe, vous annoncez un certain renversement de tendance.

En effet, avec des situations qui diffèrent selon les pays. En Allemagne notamment, la croissance exceptionnelle de ces dernières années se heurte à présent à des limites environnementales et sociopolitiques.

. Plus en détail, que se passe-t-il en Allemagne ?

Tout d’abord, Bruxelles rappelle à l’ordre l’Allemagne dont la qualité des eaux s’est dégradée ces dernières années, un sujet qui n’apparaissait pas prioritaire pour la population. Les Allemands sont en effet beaucoup plus mobilisés sur le bien-être animal, la castration, la coupe de queues… Par ailleurs, les succès électoraux des Verts laissent envisager un net ralentissement voire un arrêt de la croissance des élevages. Les Verts sont aujourd’hui au pouvoir en Basse-Saxe, Rhénanie-Du-Nord-Westphalie et Schleswig-Holstein, et titulaires du ministère de l’Agriculture. D’importantes réformes y sont votées ou en cours : le droit de la construction a été durci rendant plus difficile la création et l’agrandissement des élevages, le lavage d’air est devenu obligatoire, la loi sur les engrais de ferme va renchérir leur gestion, les surfaces par porc en bâtiment pourraient augmenter de 30 %… Pour un engraisseur, les surcoûts sont évalués à 8,50 euros par porc produit pour le lavage d’air et bien plus pour l’accroissement de la surface au sol.

.  Les Danois sont-ils confrontés aux mêmes problèmes ?

La situation y est très différente et pour la comprendre, il faut rappeler l’évolution extraordinaire de ces 5-10 dernières années : pour des raisons d’abord environnementales, d’un modèle relativement proche du notre, à savoir des élevages naisseurs-engraisseurs de 100 à 200 truies, le Danemark a pris un virage rapide vers une spécialisation en naissage avec de grands ateliers de 1 000 truies en moyenne, qui abritent aujourd’hui plus de la moitié des truies du pays. L’export de porcelets a explosé, dynamisé par les besoins de l’Allemagne. Depuis 2000, il a été multiplié par 8 et atteint 10 millions de têtes en 2012 ! Ceci a affaibli le secteur d’abattage danois et prive la filière de valeur ajoutée. De plus, l’endettement et les fluctuations des prix des porcelets exposent les naisseurs à de grandes difficultés financières. C’est pourquoi la filière affiche aujourd’hui sa volonté de relancer l’engraissement. Danish Crown encourage financièrement la construction de places d’engraissement, le gouvernement a voté un plan d’aide de 20 millions d’euros pour rouvrir le robinet du crédit et les professionnels négocient un assouplissement de la réglementation environnementale.

. Les Pays-Bas vivent encore une autre situation ?

Oui, mais il s’agit essentiellement de la confirmation d’une situation existant depuis longtemps, à savoir un pays « à l’étroit », qui doit gérer les déjections de 2000 porcs par km2 dans certaines zones, en exportant son lisier, ses porcelets…

. Ces mesures vont évidemment impacter la rentabilité des filières !

Bien sûr. La rentabilité des élevages est fortement réduite au Danemark par les intérêts astronomiques qu’ils paient, liés à leur mode de financement. En Allemagne, l’instauration d’un salaire national minimum de 8,50 euros brut est au cœur de la campagne législative. Il sonnerait la fin des très bas salaires dont profitent les abatteurs allemands.

. Dans ce contexte, la France peut-elle tirer quelque profit ?

Entre les limites que rencontrent nos voisins nordiques, la solidité de notre système de production de porcs, naisseur-engraisseur, avec un lien au sol et une dimension familiale, et l’objectif affiché par notre gouvernement de redynamiser cette activité, notre heure est (re)venue ! Les évolutions sont cycliques. C’est le moment de regagner des places dans la course.

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