Les abatteurs européens veulent mieux valoriser leurs produits

Dominique Poilvet

Les abatteurs européens veulent mieux valoriser leurs produits
Françis Kint, Vion : "Notre cahier des charges "Good Farming Star" a été rédigé par une association de protection des animaux." - © D. Poilvet

Mieux travailler les marchés intérieurs et renforcer les exportations : ces deux axes majeurs ont été évoqués par trois des principaux industriels de l'abattage, à l'occasion de l'assemblée générale d'Inaporc, à Paris le 28 juin 2016. Objectif : remettre de la valeur ajoutée sur la viande de porc.

Thierry Meyer, directeur de la filière porc du groupe Bigard, Francis Kint, directeur du Hollandais Vion et Jörg Altemeier, directeur du département agriculture et bien-être de l'Allemand Tönnies représentent à eux trois 40 millions de porcs par an ! Autant dire que leurs points de vue sur les sujets qui animent la filière porcine en Europe ont été écoutés très attentivement par l'assemblée présente à l'AG d'Inaporc le 28 juin dernier à Paris. Le moins qu'on puisse dire est qu'ils sont d'accord sur à peu près tout, sauf bien évidemment sur le dumping social et fiscal intra-européen...

Le marché européen doit être mieux travaillé

Jörg Altemeier a mis en avant le déficit de communication de la profession qui, selon lui, explique la baisse de consommation de viande en Europe. "Pendant dix ans, nous n'avons pas fait notre propre promotion. La viande est dénigrée. Le grand public ne sait plus qui croire, les journalistes, les associations welfaristes, les politiques... Nous devons reprendre en main la promotion de nos produits et expliquer clairement ce que nous produisons." Il explique aussi la stratégie de Tönnies qui différencie sa production en fonction des attentes des clients de chaque pays. "C'est pourquoi nous produisons du mâle entier pour les Pays-Bas, dont les consommateurs sont très sensibilisés au bien-être animal. Et que nous avons investi dans une usine en France avec Avril pour approvisionner les Lidl et les Aldi en produits issus de porcs français, une notion importante pour les consommateurs français." Francis Kint estime quant à lui que la courbe de la consommation de viande de porc en Europe ne pourra s'inverser que si les produits montent en qualité et que si les producteurs tiennent compte de l'avis des consommateurs. "Aux Pays-Bas, nous développons une production dont le cahier des charges appelé "Good Farming Star" a été rédigé par une association de protection des animaux." Un avis partagé par Thierry Meyer, qui souligne que 40 % des porcs abattus chez Bigard sont produits sous signes de qualité.

Les abatteurs européens veulent mieux valoriser leurs produits

Il est urgent de reprendre les exportations vers la Russie

Depuis 2014, les exportations vers la Russie sont réduites à zéro en raison de deux embargos. Le premier porte sur les produits alimentaires suite à la condamnation de l'Europe de l'annexion de la Crimée. L'autre concerne exclusivement les graisses et abats de porcs, interdits d'entrer en Russie suite à quelques cas de peste porcine en Lituanie et en Pologne. Malgré le statut indemne des autres pays de l'UE vis-à-vis de cette maladie, il leur est impossible de contourner cet embargo sanitaire au nom de la solidarité européenne. Thierry Meyer justifie l'intérêt porté au marché russe pour ces produits. "Il pourrait nous aider à retrouver de la compétitivité, car les abats et le gras sont deux à trois fois mieux valorisés en Russie qu'en France." Francis Kint est résolument optimiste. "On peut arriver à un accord à deux ou trois pays. Des solutions pragmatiques peuvent émerger pays par pays, avec le leadership de la France". Un point de vue partagé par Jörg Altemeier, qui souligne cependant la position privilégiée de son entreprise vis-à-vis du marché russe. "Nous continuons de vendre en Russie car nous avons investi dans des outils industriels russes."

La Chine, bouée de sauvetage de l'Europe

"Personne dans la filière n'imaginait il y a six mois que les Chinois aspireraient les surplus européens et américains en si peu de temps", souligne Thierry Meyer. Jörg Altemeier estime que la croissance des exportations vers l'Asie devrait perdurer pendant une dizaine d'années, mais pas au même rythme que nous connaissons actuellement (+ 85 % sur les quatre premiers mois de l'année !). Francis Kint met cependant en garde contre tout excès d'optimisme. "Il n'est jamais bon de miser sur un seul marché. Les Chinois veulent augmenter leur production pour limiter leur déficit extérieur. Et en Chine, ce qui est planifié par le pouvoir central se concrétise généralement dans les années à venir."

Les abatteurs européens veulent mieux valoriser leurs produits

Divergence de points de vue sur les distorsions de concurrence intra-communautaires

" À l'Euro 2016, les règles de jeu sont les mêmes pour tous les pays. Dans l'industrie du porc, ce n'est pas le cas", souligne Thierry Meyer. "Aux Pays Bas, le coût de la main-d'oeuvre est identique à celui de la France", se défend Francis Kint. "Les charges salariales de l'usine française dans laquelle nous avons investi cette année avec le groupe Avril ne sont pas beaucoup plus élevées que celles de nos outils allemands", tente de nous faire croire Jörg Altemeier, qui met aussi en avant l'instauration récente du Smic allemand pour atténuer les différences de coût de la main-d'oeuvre avec la France. Il n'empêche que les travailleurs détachés en provenance des pays de l'Est sont toujours présents en masse dans l'industrie allemande. "Ils sont certes majoritaires dans notre principal outil de Rheda que vous, français, visitez quand vous venez nous voir. Mais dans d'autres abattoirs, les travailleurs allemands sont très majoritaires", affirme-t-il sans vraiment convaincre...

Source Réussir Porc

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