" Les éleveurs doivent réapprendre à séduire " estime Hervé Le Prince, directeur de l’agence NewSens

Propos recueillis par Claudine Gérard - Réussir Porcs Décembre 2012

" Les éleveurs doivent réapprendre à séduire " estime Hervé Le Prince, directeur de l’agence NewSens
Hervé Le Prince est le concepteur des dernières campagnes de communication du CRP, de l’UGPVB, sur le thème « Changeons de regard sur l’élevage de porcs bretons ». Il est aussi à l’origine de la récente opération « Agriculteurs de Bretagne ». © C. Gérard

Hervé Le Prince, directeur de l’agence de communication NewSens explique pourquoi la communication et des éleveurs de porcs doit changer de registre.

Les éleveurs de porcs s’estiment mal compris par le grand public et accusés à tort. Qu’en est-il exactement ?

D’une manière générale, le secteur agricole est un secteur sensible qui affronte régulièrement des crises (vache folle, OGM, sécurité sanitaire…) qui sont de réels débats de société. Ce secteur se caractérise par des acteurs atomisés. Il est surprenant de constater que des professionnels qui ont su s’organiser collectivement et monter des outils coopératifs compétitifs pour produire n’aient pas pu se fédérer et s’appuyer sur un leader fort, capable de faire le poids face à leurs détracteurs. Des détracteurs qui, eux, savent parfaitement utiliser les médias modernes, et intéresser les journalistes qui relaient leurs propos. Nous savons hélas qu’un tas d’algues déposé devant une préfecture fera plus de tapage médiatique que des milliers d’éleveurs qui travaillent bien au quotidien.

Comment doivent-ils donc communiquer ?

Avant de dire comment, je pense qu’il faut qu’ils comprennent que, globalement, en tant qu’hommes et femmes, ils sont très largement appréciés par le grand public. L’enquête que nous avons menée avec Agriculteurs de Bretagne montre que 82 % des personnes interrogées en Bretagne ont une bonne image d’eux. En revanche, une autre étude conduite cette fois auprès d’agriculteurs, nous montre que ceux-ci ne se montrent pas particulièrement « fiers » de leur métier. Il faut donc qu’ils commencent par retrouver cette fierté et surtout la faire partager.

Concrètement, il y a-t-il des recettes ?

Pas de recettes, mais des grandes lignes et beaucoup d’actions terrain à réaliser. L’objectif est de retricoter les liens avec le grand public, liens qui ont été mis à mal ces vingt dernières années. Aujourd’hui, la communication est avant tout émotionnelle. Rappelons-nous la dernière campagne de la FNE ! Or, la profession agricole s’est enfermée dans une communication technique et économique qui ne séduit pas. Il faut changer de registre, aller sur le terrain de l’émotionnel, de la séduction, arrêter d’être dans le combat, et créer des conditions de dialogue apaisées. Les éleveurs sont des entrepreneurs passionnés et volontaires, il doivent retrouver l’enthousiasme et le faire partager. C’est tout le sens des actions que nous avons menées avec le CRP, avec l’affiche « décalée » « il pète, il grogne… » et tout récemment l’événement artistique à Rennes, avec 1 200 « cochons ballons » déployés sur le parvis de la gare, une opération emblématique du virage nécessaire en terme de communication. Regardez la vidéo sur YouTube, ces sourires, cette curiosité, ces échanges…

Quelles autres actions préconisez-vous ?

Nous sommes dans un domaine où mettre un gros paquet d’argent sur la table pour communiquer ne servira à rien. Il faut faire converger toutes les initiatives en communication, à tous les niveaux, pour « changer le regard » du public sur les éleveurs de porcs, thème qui a été le fil conducteur de notre dernière campagne. Chaque éleveur, à son niveau, doit être un ambassadeur de son métier et en parler avec enthousiasme et fierté. La nouvelle génération est bien armée pour cela : les jeunes sont formés, ont envie de communiquer, ils ont intégré la problématique environnementale, et se sont appropriés les moyens de communication modernes (réseaux sociaux…) que leurs opposants savent utiliser…

Les portes ouvertes font partie de ces moyens qui, mis bout à bout, permettront de reconquérir l’opinion ?

Bien entendu. Ouvrir ses portes, c’est dire à l’ensemble de la population : « venez chez moi voir comment j’élève mes animaux. Je n’ai rien à cacher ! » Même s’il est évident que nous ne ferons pas entrer trois millions de bretons dans les élevages, le simple fait de le proposer est en soi une ouverture symbolique indispensable. Les portes ouvertes agrègent plusieurs éléments : la découverte d’un univers inconnu des citadins, le contact avec l’animal, la pédagogie… Nous, urbains, sommes demandeurs de ces expériences chargées d’émotion.

Pour voir la vidéo du CRP, tapez : Changeons de regard sur l’élevage de porcs breton sur YouTube. Video

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