Les filières animales en peine de rentabilité

Cécile Julien

Les filières animales  en peine de rentabilité
Dans le secteur de la viandela rentabilité n'est que de 2,5 %. - © C. Julien

Lors de l'assemblée générale de l'UGPVB(1), Philippe Chapuis et Baptiste Lelyon, de la direction de l'agroalimentaire de Crédit Agricole SA, ont porté un regard sans concession sur les filières françaises.

Les filières animales  en peine de rentabilité
Infographie Réussir

L'UGPVB plaide pour une organisation à vocation sanitaire qui fédère les OVS par filière

Alors que l'Etat veut imposer, dans chaque région, le GDS comme unique interlocuteur sanitaire pour toutes les filières animales, l'UGPVB défend les OVS porc et volaille « qui ont fait les preuves de leur efficacité », en parallèle du GDS Bretagne plus axé sur les ruminants. « Encore une fois l'Etat refuse le droit à l'expérimentation à la Bretagne, qui avait mis en place un système de veille sanitaire efficace », déplore Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne.

Philippe Chapuis, invité par l'UGPVB (1) à analyser l'état des filières animales françaises, a tout d'abord apporté des données chiffrées sur les entreprises agro-alimentaires. Si leur chiffre d'affaire a progressé de 5 % entre 2012 et 2013, pour atteindre les 180 milliards, c'est surtout dû à la hausse du cours des céréales. Globalement le marché domestique est peu dynamique et la pression constante sur les marges. S'y ajoute, à l'international, une croissance ralentie. La part de l'export a régressé de 36,1 % à 35,5 %. « La perte de rentabilité est tendancielle. En viande, la rentabilité est de 2,5 %. C'est peu, très peu », constate-t-il. « En conséquence, les entreprises n'investissent pas suffisamment. Ce sont surtout les PME qui souffrent d'une faible rentabilité. Pourtant notre pays compte de belles entreprises, des leaders reconnus au niveau mondial. »

Pour ce spécialiste du Crédit Agricole, le retour vers de la compétitivité passe par une meilleure répartition des marges au sein des filières. « La pression permanente de la grande distribution sur les prix rejaillit sur tous les maillons. Sans aller jusqu'à l'intégration, ça peut être intéressant pour une filière d'avoir en son sein des distributeurs pour construire sur le long terme une meilleure répartition de la valeur ajoutée. » Il constate que dans les autres pays européens, les entreprises affichent généralement une meilleure rentabilité car leur marché domestique est moins bataillé, porté par la préférence nationale. « Les filières doivent poursuivre leur restructuration pour massifier et saturer les outils. Un abattoir qui ferme, c'est un drame pour l'emploi local mais cela peut être nécessaire pour la viabilité d'une filière. » Il précise que la faible rentabilité chronique de l'agroalimentaire décourage les investissements de groupes financiers. C'est donc en interne, au sein de leur filière que les IAA doivent trouver les moyens d'investir.

Les filières animales  en peine de rentabilité

« La pression de la grande distribution sur les prix rejaillit sur tous les maillons »

Baptiste Lelyon, également invité par les dirigeants de l'UGPVB, s'est exprimé plus précisément sur la filière porcine. Selon lui, si elle rencontre des difficultés, les fondamentaux sont toutefois porteurs car la population mondiale augmente comme son pouvoir d'achat et que peu de pays sont exportateurs. La France a profité de cet appel d'air des exportations (+ 18 % en dix ans) pour contrebalancer un marché intérieur atone. « Néanmoins, nos exportations restent déficitaires de 217 millions car on exporte des produits bruts pour importer des produits élaborés. » Pour lui, la filière porcine doit enrayer la baisse de la production et améliorer la compétitivité de l'aval, mais surtout fixer la valeur ajoutée en France par plus de transformation.

Les filières animales  en peine de rentabilité

Un indicateur de compétitivité

Pour pourvoir comparer les performances des principaux pays producteurs, l'Ifip a établi un indicateur de compétitivité. « Il s'agit de résumer en un indicateur synthétique la compétitivité de toute la filière », explique Boris Duflot. Un chiffre, entre 0 et 1, qui intègre 39 variables sur neuf thèmes (coût de production, performances de la transformation et du commerce). À partir des résultats de 2012, sur les aspects de commerce extérieur, la France obtient 0,08 alors que le Danemark caracole à 0,93. « Notre solde commercial est négatif car nous vendons peu de produits élaborés », décrypte Boris Duflot. Si l'on regarde les performances de la découpe, la France obtient 0,18, le Danemark 0,62, l'Allemagne 1. « En France, on manque d'automatisation. Le Danemark a automatisé ses outils pour contrecarrer le coût de la main-d'oeuvre. » Sur la totalité des critères,la France obtient 0,29 ; l'Espagne 0,5 ; l'Allemagne 0,6 et le Danemark est en tête avec 0,71. « Le Danemark reste le pays européen le plus compétitif par la performance de son commerce. L'Allemagne se démarque par ses performances industrielles. L'Espagne profite d'une bonne valorisation sur le marché intérieur. »

(1) Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne.

Source Réussir Porc

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Commentaires 1

polo

continuons a étrangler les producteurs fermons les abattoirs et automatisons ce qui restera de la filière mais qui va acheter notre cochonnaille ca se nourri de quoi un robot.

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