" Nous devons reconstruire l’image de la viande porcine " affirme Paul Rouche

Réussir Porcs Décembre 2011

Paul Rouche, directeur délégué du Sniv SNCP © Réussir Porcs
« Les filières œuf ou pomme de terre ont réussi à débanaliser des produits très basiques »

Pour le Sniv SNCP, l’interprofession est l’instance la plus à même de gérer les cahiers des charges nationaux de production et travailler à une meilleure valorisation de la viande de porc.

Directeur délégué du Sniv SNCP

Paul Rouche est le directeur délégué du Sniv SNCP qui regroupe les entreprises industrielles françaises du secteur des viandes bovine, ovine et porcine (96 % des abattages de porcs).Le Sniv SNCP regroupe 140 établissements industriels, 35 000 salariés pour un CA de 1,6 milliard d’euros et 3,3 millions de tonnes de viande.

On a coutume d’entendre que, lorsque la situation financière des producteurs est mauvaise, celle de l’abattage l’est aussi. Est-ce le cas encore aujourd’hui ?

Oui, l’année 2011 se révèle particulièrement difficile pour notre secteur des viandes pour deux raisons majeures. Même si les exportations ont été soutenues, en particulier vers l’Asie et la Russie, avec des produits (oreilles, graisses…) intéressants à valoriser, la difficulté de notre secteur tient à l’augmentation du prix du porc au cadran depuis quelques semaines. Si elle est légitime au regard de la hausse du prix des matières premières, donc des coûts de production, nous nous heurtons à de grosses difficultés pour répercuter ces hausses à nos clients. La deuxième raison est liée aux difficultés rencontrées sur la longe et le jambon. Nous observons une baisse de consommation de viande fraîche qui va s’établir à - 4 % cette année. Quant au jambon, alors que le prix du porc a augmenté d’environ 30 % depuis le début de l’année, nous n’avons pu répercuter que 12 à 15 % auprès des salaisonniers. Et nous constatons une part croissante des importations de jambons allemands.

Quels volumes atteignent-ils ?

L’Espagne reste notre premier fournisseur, avec 250 000 à 280 000 tonnes par an. Mais les importations en provenance d’Allemagne ne cessent de croître, et vont se situer entre 70 000 et 75 000 tonnes cette année. Autre point, il s’agit le plus souvent de produits désossés, ayant subi une première transformation, source de valeur ajoutée facilitée par la distorsion de concurrence sur le coût de la main-d’œuvre.
 
 

N’y a-t-il pas avant tout un problème de surcapacité de nos outils et une nécessité de restructuration de notre abattage ?

Certes, nous n’avons pas d’outil aussi important en volume que les géants allemands comme Tönnies, Vion… Mais je pense que ce qui nous manque avant tout, ce sont des groupes de taille suffisante qui puissent spécialiser leurs outils selon les marchés : à l’export, marchés intérieurs…
 
 

Dans un récent communiqué, vous évoquez la nécessité de « reconstruire l’image de la viande porcine ». Concrètement, comment faire ? Est-ce qu’il ne revient pas aux industriels de s’impliquer dans cette voie ?

Tout d’abord, comme le font les autres pays européens, en période de crise, il faut privilégier l’origine nationale. C’est ce que nous avons fait avec VPF sur la viande fraîche. Il reste que la salaison ne joue pas le jeu. Seulement 30 % des jambons mentionnent l’origine. Mais, par ailleurs, je crois que nous devons vraiment travailler sur le « produit porc » pour le rendre plus attractif. Regardons ce qu’ont su faire des filières telles que la pomme de terre ou l’œuf ! En quelques années, elles sont parvenues à débanaliser des produits très « basiques », segmenter le marché, enrichir l’offre produit… Nous devons nous engager dans une démarche de ce type pour développer les ventes et trouver de la valeur ajoutée.

Je crois que l’interprofession est la plus à même de travailler ce type de dossier. Pour les deux exemples que je viens de citer, les œufs ou les pommes de terre, ce sont les interprofessions qui en ont été le moteur, puis les industriels ont développé leur propre offre.

L’interprofession est aussi le lieu que vous demandez pour que soit géré le cahier des charges QT, ce qui vous a récemment opposé au CRP de Bretagne.

Il semble évident que ce dossier doive être géré par une instance nationale, et pas au niveau régional. Des questions d’importance qui s’y rattachent, telles qu’aujourd’hui la production de mâles entiers, doivent être traitées au niveau d’Inaporc, qui rassemble l’ensemble de la filière. L’enjeu aujourd’hui est important, car nous devons faire évaluer notre « QT » en une norme « QS » développée en Allemagne et aujourd’hui respectée par les Danois, les Hollandais, mais aussi les Espagnols, et, à terme, indispensable pour pouvoir exporter en Europe.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires