« Nous resterons le moteur des filières d’élevage »

Propos recueillis par Claudine Gérard - Réussir Porcs Février 2013

« Nous resterons le moteur  des filières d’élevage »
Alain Guillaume : « Notre métier exige une palette de compétences, des achats à la livraison » © C. Gérard

Après une année 2012 qui se solde par une baisse de 2 % des fabrications d’aliment complet, le président du Snia prévoit à nouveau pour 2013 un recul des volumes, mais annonce que la profession entend défendre l’élevage et rester moteur des filières.

Identité

Alain Guillaume est président du Syndicat national de l’alimentation animale (Snia) depuis un an. Il est par ailleurs directeur délégué du groupe Sanders où il a fait toute sa carrière depuis 1976.

Comment expliquez-vous la baisse des volumes d’aliments complets ?

Tout d’abord, il faut rappeler que depuis toujours, les fabricants œuvrent pour réduire les indices de consommation, donc les volumes potentiels des ventes ! Il est bon de le redire car, contrairement à d’autres activités, notre secteur n’a cessé, depuis des décennies, de travailler à diminuer les intrants et s’inscrire dans un processus de production « durable » et économe.
Par ailleurs, il est évident que le recul des volumes d’aliment est lié à celui de la production, en particulier porcine, de l’ordre de – 2 % pour cette année 2012.

Le recours croissant au maïs humide peut-il aussi être une explication ?

Nous ne l’avons pas mesuré. Mais c’est un phénomène avec lequel nous « vivons » depuis des années. Celà étant, de nombreux éleveurs ont fait leurs comptes et choisi le chemin inverse en passant à l’aliment complet. La formule maïs-soja a clairement montré ses limites économiques et techniques. Les éleveurs qui ont fait le choix d’un complémentaire adapté et optimisé, bénéficient de tout le savoir faire des fabricants.

Pour 2013, vous prévoyez une baisse des volumes de l’ordre de 300 000 à 500 000 tonnes. Des fermetures d’usines sont donc à prévoir ?

Depuis dix ans, en moyenne ce sont cinq usines qui ferment chaque année. Cela va continuer bien sûr, pour des outils vétustes ou mal placés. Mais surtout, la profession va continuer à mettre en place des accords industriels indispensables.

Les marges du secteur restent toujours très basses, entre 0,3 % et 0,6 %. Dans ces conditions, comment continuer à investir et financer des services de recherche et de conseil ?

Effectivement les marges sont très faibles. Mais comme toute moyenne, elle cache de fortes disparités. Nous sommes dans un contexte très concurrentiel. Seuls les plus compétitifs et performants pourront encore investir, innover et préparer l’avenir. Il faut rappeler que notre métier est complexe : il faut savoir acheter, formuler, fabriquer, commercialiser et transporter ! Ce qui exige une grande palette de compétences.

Vous avez listé 18 mesures pour sauver l’élevage. Quelles sont les plus importantes ?

Nous avons fait des propositions en matière d’outils industriels, de transport, et d’élevage. Parmi les mesures « prioritaires », plus de transparence sur les marchés des matières premières en Europe est indispensable. Les opérateurs doivent présenter de réelles garanties et les fabricants d’aliment qui ont un besoin physique de ces matières premières doivent être protégés contre la main mise de financiers sur ces transactions. Quant au transport, nous réclamons un délai de dix ans pour mettre aux normes notre parc de camions par rapport au décret du 6 décembre dernier qui, s’il doit être appliqué, nous prive du 44 tonnes et constitue une distorsion de concurrence avec nos voisins européens. Le Snia et Coop de France Nutrition Animale se sont unis sur ce dossier, et, sans réponse du ministère des transports à notre demande, nous entamerons une démarche en justice.

Et pour le secteur de l’élevage, que proposez vous ?

Relancer l’investissement en élevage est la priorité absolue. Il faut donc, en premier lieu, que les productions animales soient rémunérées à leur juste valeur, c’est un préalable. Mais aussi que les éleveurs puissent bénéficier d’un assouplissement des contraintes franco-françaises qui rendent si difficiles les projets et investissements. Il s’agit déjà de s’aligner sur les normes européennes sans en rajouter ! Il faut libérer les énergies, et nous entendons bien rester « moteur » des filières d’élevage.

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