Porc français : de nouveaux modèles dans un contexte de baisse de la production ?

Crédit Agricole SA

Porc français : de nouveaux modèles dans un contexte de baisse de la production ?

Divers facteurs concourent à réduire l’offre de porcs au profit d’une hausse des prix favorable aux producteurs qui pourraient également bénéficier à terme d’un fléchissement du prix des matières premières de l’alimentation porcine. La concurrence accrue sur le grand export et la morosité du marché domestique conduisent à repenser les modèles de la filière française.

Des abatteurs en manque de matière première

7.1

Les effectifs de porcs charcutiers sur la France entière ont baissé de 2,3% sur les quatre premiers mois de l’année. Cette situation exacerbe les difficultés des abatteurs, qui souffrent de la sous-utilisation de leurs outils. Celle-ci apparaît selon les professionnels lorsque le taux d’utilisation de la capacité d’abattage d’une région passe sous la barre de 90%. On en est loin, notamment sur la zone Uniporc Ouest (82%). Autrement dit, il y manque près de 30 000 porcs par semaine pour espérer retrouver une rentabilité durable des outils.

Cette tension persistera dans les prochains mois, en particulier à la fin de l’année et en 2014, lorsque les conséquences de la mise aux normes bien-être se seront totalement fait sentir au risque de creuser encore le déficit.

7.3

Comparaison évolution prix du porc et prix aliment (Source : IFIP et MPB Plérin)

Cette mise aux normes bien-être des bâtiments d’élevage aurait dû se traduire par une nette baisse de la production européenne à la fin du printemps 2013. L’incidence sur la chute de production semble jusqu’à présent moins radicale qu’escomptée. La poursuite de l’amélioration de la productivité entraînera une remontée progressive des livraisons au cours de l’année 2014, mais le mal sera fait et une partie des animaux que la France n’aura pas livrée pourront définitivement manquer au profit de nos voisins producteurs. Il en résultera un ajustement dans la douleur de la capacité française d’abattage, avec la fermeture inévitable d’un, voire de deux outils dans l’Ouest.

Eclaircie sur les marges des producteurs français ?

Les bonnes performances attendues en matière de récolte céréalière permettent d’espérer dans les prochains mois une baisse significative du prix de l’aliment. Un indice IFIP revenu à 250 €/tonne comme avant l’été 2012 conduirait à une baisse du coût de revient global de l’ordre de 12%, toutes autres charges égales par ailleurs.

7.2

Porc : des capacités d'abattage sous-utilisées (Source : franceAgriMer et Uniporc Ouest)

Il faut craindre un effet retard lié à la nécessité d’écouler des stocks constitués au prix fort. Les éleveurs outillés pour la fabrication de leur propre aliment devraient être favorisés. Cela pourrait même en inciter certains à s’équiper afin de pouvoir traiter les produits de la campagne 2013 – maïs, surtout – qu’ils achèteraient à bon prix. Une telle conjoncture pourrait également favoriser la recherche d’une nouvelle complémentarité entre cultures et élevage porcin, voire à long terme des installations d’ateliers d’engraissement en zone céréalière. Les deux millions de porcs manquants à l’abattage pourraient en provenir, inaugurant un partage des tâches entre zone de naissage à l’Ouest et zone d’engraissement plus à l’Est, une solution qui permettrait de retrouver les niveaux de production de la précédente décennie. Pour autant que le développement de ces ateliers ne soit pas freiné par des contentieux relatifs aux ICPE.

Vers un Extrême-Orient plus proche de l’autosuffisance ?

7.4

Les pays d’Extrême-Orient constituent le débouché majeur des productions européennes à l’exportation. Dans le contexte d’une demande qui croît vite (2,5% par an depuis dix ans), la Chine ne peut encore espérer l’autosuffisance pour une viande qui constitue la base de son alimentation carnée. Mais, tant pour satisfaire une demande potentielle énorme, que pour une meilleure qualité sanitaire, elle se met désormais en situation d’industrialiser « à marche forcée » sa production et d’éradiquer les élevages traditionnels. Pour sa part, le Viêt-Nam, désormais auto-suffisant, cherche à offrir une alternative crédible aux importations d’origine lointaine. Pour ces deux raisons, il faut s’attendre à une pression accrue à la baisse des prix des pièces que vendent les grands pays exportateurs aux acheteurs traditionnels.

Le retour en force des produits américains sur le grand export

7.5

Porc : prix aux Etats-Unis et dans l'UE (Source : USDA, Commission européenne et FranceAgriMer)

Cependant, c’est du côté de nos concurrents traditionnels qu’il apparaît un nouvel écart en matière de prix de vente du minerai (carcasse).

Après une période d’environ quinze mois au cours de laquelle États-Unis, Brésil et Europe ont su se répartir une demande encore forte2, et qui s’est achevée au début de l’été dernier, la forte chute de la demande sur les marchés export provoque une baisse des cours du porc américain qui retrouve ainsi un nouvel avantage compétitif. 

La situation à court terme ne semble guère favorable aux entreprises européennes de la découpe qui misent particulièrement sur le développement du grand export, d’autant plus qu’aucun accident sanitaire à ce jour n’a pu laisser espérer une réactivation des appels d’offres telle qu’on en a connu dans le passé.

Débouchés de la consommation domestique : une morosité appelée à durer

7.6

Porc : consommation de viande (Source : FranceAgriMer, Eurostat)

La cause est entendue : à l’image de l’ensemble des pays développés, la consommation domestique de viande porcine va continuer de se réduire. Face à cette faiblesse structurelle du marché domestique, les industriels de l’abattage et de la transformation peuvent adopter deux stratégies : soit une démarche plus construite et plus dynamique vers les débouchés à l’exportation, soit un resserrement de leurs volumes commercialisés pour coller à la demande intérieure.

Dans les deux cas, investir en aval – notamment vers la salaison – pour gagner de la valeur ajoutée peut s’avérer profitable à condition de bien acquérir le savoir-faire, le plus souvent par croissance externe. Dans les deux cas, la marche est haute et le ticket d’entrée élevé.

Sans qu’on doive l’espérer, il est de toute manière peu probable que dans le contexte communautaire, les plus menacés soient convoités par des acteurs étrangers.

Source Prisme 01 – La note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire du Crédit Agricole

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