Pour Arlette Laval, professeur à l’école vétérinaire Oniris, « la filière est sur la bonne voie sanitaire »

Propos recueillis par Claudine Gérard - Réussir Porcs Janvier 2013

Pour Arlette Laval, professeur à l’école vétérinaire Oniris, « la filière est sur la  bonne voie sanitaire »
Arlette Laval est docteur vétérinaire, professeur émérite à l’École vétérinaire de Nantes, Oniris. Elle est aussi experte en santé animale à l’Anses et experte près la Cour d’appel de Rennes. © C. Gérard

Les dernières données de l’Anses montrent que la filière porcine a amorcé une forte réduction de consommation d’antibiotiques. Analyse avec Arlette Laval.

. Comment expliquez-vous que la profession porcine se soit particulièrement distinguée dans la réduction de l’usage des antibiotiques ?

D’une manière globale, cette réduction du recours aux antibiotiques s’explique par une prise de conscience à la fois des éleveurs et des vétérinaires sur l’importance de cet enjeu. Elle concerne à la fois les antibiotiques critiques (céphalosporines et fluoroquinolones) et ceux qui le sont moins, mais constituent le gros des prescriptions.
Les traitements collectifs restent très importants en médecine porcine, mais l’usage des prémélanges médicamenteux est plus raisonnable : il est clair que la modification du circuit de l’ordonnance qui remet le vétérinaire au cœur du dispositif, en « compliquant » la commande, a conduit à une à révision des pratiques habituelles et à une tentative de réduction des supplémentations, en particulier dans l’aliment de sevrage. Il est aujourd’hui moins fréquent de voir des traitements renouvelés bande après bande, de façon plus ou moins systématique. L’amélioration de la formulation de l’aliment de sevrage par les fabricants permet de développer des aliments « blancs » mieux sécurisés.

. Nous sommes aussi dans un contexte moins difficile au niveau sanitaire que par le passé ?

Bien entendu, en particulier vis-à-vis du PCV2. L’arrivée sur le marché de vaccins pour la plupart d’une très bonne efficacité a permis de diminuer de façon significative le recours aux antibiotiques qui avait fortement augmenté pendant les « années MAP ». Les « mesures de Madec », puis l’arrivée de ces vaccins ont progressivement changé la donne. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que nous sommes dans une certaine accalmie sanitaire. Même si des agents pathogènes sont toujours présents, comme le SDRP, la situation est plus ou moins stabilisée et les infections sous contrôle. Les éleveurs ont aussi bien pris conscience de l’impact d’une bonne gestion de l’introduction des futurs reproducteurs, essentielle à la stabilité microbienne des troupeaux.
J’ajouterai que, concernant les céphalosporines de dernière génération dont l’usage a considérablement chuté, il faut saluer les professionnels qui sont à l’origine du moratoire sur ces molécules « critiques ». Ils ont fait preuve d’une grande maturité et d’un sens de la responsabilité.

. Par ailleurs, certains pensent qu’un autre pas serait franchi si l’on pouvait séparer la prescription et la vente des médicaments par les vétérinaires.

Ce découplage fait l’objet de débats en France, mais aussi dans toute l’Europe. On peut légitimement être critique sur cette pratique et juger qu’elle est à l’origine d’un conflit d’intérêt. Toutefois, le découplage suppose que les éleveurs soient prêts à payer la prescription et le conseil. Or, les vétérinaires ont beaucoup de difficultés à se faire rémunérer sur leurs actes à leur juste valeur. C’est une tradition, en France, depuis de nombreuses années.
Dans ces conditions, supprimer les ressources liées à la vente de médicaments peut conduire tout simplement à une désertification de certaines zones où les vétérinaires ne voudront plus s’installer. Et dans ces conditions, il s’agirait d’une réelle menace en terme de santé animale mais aussi de santé publique. Les zoonoses, en particulier chez les bovins, sont toujours présentes, voire en recrudescence, comme la tuberculose bovine. Si le maillage vétérinaire venait à disparaître, nous irions vers de très sérieuses difficultés pour l’élevage et toute l’industrie agroalimentaire.
Enfin, confier la distribution des médicaments par exemple aux pharmacies, conduirait inévitablement à un surcoût pour l’éleveur qui devra payer le pharmacien et le vétérinaire. Pour toutes ces raisons, je pense qu’aujourd’hui, à défaut de faire comme au Danemark où l’Etat lui-même distribue les médicaments, la meilleure solution serait peut-être tout simplement de pouvoir porter un regard sur les prescriptions et de mettre en place un système d’alerte en cas d’abus.
 

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