Production française de porc : Inaporc revoit les objectifs à la baisse

Dominique Poilvet

Dans un contexte de régression généralisée de la production française, l'assemblée générale d'Inaporc a démontré qu'au-delà des distorsions de concurrence, les solutions à la crise sont à trouver dans tous les maillons de la filière.

L'état des lieux de la production porcine française présentée à l'AG de l'interprofession porcine le 28 juin dernier à Paris n'est pas réjouissant. Selon une étude présentée par le cabinet d'audit Ernst & Young, la production française devrait baisser en 2011 de 2,5 à 3 %, soit 675 000 à 900 000 porcs en moins. Pas moins de 650 exploitants seraient en situation de défaillance ou d'arrêt. En 2012, si la remontée des cours est lente ou insuffisante, la baisse pourrait être encore plus conséquente. L'étude avance un chiffre compris entre - 5 et – 10 %. Au cours du débat qui a suivi cette présentation, Fortuné Le Calvé, président du comité régional porcin de Bretagne, a pointé du doigt les causes de cette régression. « La restructuration des élevages n'a pas eu lieu », souligne-t-il. « En Bretagne, il y a 8 000 élevages, mais seulement 3200 apporteurs de capitaux. La différence, ce sont les façonniers qui engraissent les porcs charcutiers pour le compte des naisseurs. Pour que la rentabilité des élevages s'améliore, il faudrait que les élevages puissent restructurer leurs outils de production, en ayant la possibilité de rapatrier des places d'engraissement. » L'un des préalables à cette restructuration serait d'aligner les seuils d'autorisation d'exploiter français à ceux de l'Europe, nettement plus élevés. La mise aux normes bien-être coûte cher également aux producteurs de porcs. « Il faut compter 1000 euros par truie, un investissement considérable alors que depuis quatre ans, le prix de vente ne permet pas de couvrir le coût de production.

Guillaume Roué, président d'Inaporc. « Nous allons devoir passer d'une position de challenger à une position plus défensive. » (D. Poilvet)

Guillaume Roué, président d'Inaporc. « Nous allons devoir passer d'une position de challenger à une position plus défensive. » (D. Poilvet)

Améliorer la compétitivité

Un avis partagé par Juan Luis Martin, de la direction générale de l'agriculture à la Commission européenne. « Le porc n'est pas en crise de marché, mais en crise de coût de production », estime-t-il, tout en admettant l'impuissance de l'Europe à apporter des solutions immédiates. « L'Union européenne ne peut pas mettre en oeuvre des mesures visant à contenir le prix des céréales. Par contre, elle peut tirer les leçons de la situation actuelle pour éviter qu'elle ne se reproduise : penser à nourrir prioritairement les productions animales, plutôt que d'exporter ou produire du bio éthanol, autoriser les OGM… »
Pour Xavier Beulin, président de la FNSEA, la filière porcine française doit cependant se remettre en cause avant de compter sur l'Europe. « Les mécanismes de régulation des marchés sont difficiles à déclencher et ils sont souvent insuffisants pour rétablir la marge des exploitations », souligne-t-il. « Chaque maillon de la filière a des actions à engager pour améliorer sa compétitivité : diminution du coût du travail, harmonisation des normes, des seuils d'autorisation d'exploiter en particulier, modernisation des ateliers d'élevage… »
Eric Bourgeois, directeur des produits frais de Carrefour et représentant de la grande distribution, souligne cependant que tant que la consommation stagne, il est difficile de redonner une nouvelle impulsion à la production. « L'accord sur la mention d'origine n'a de sens que si on incite les consommateurs à revenir dans les rayons viande et charcuterie. VPF, c'est bien. Mais jusqu'à maintenant, ce logo n'a pas mis en avant les particularités de la production française par rapport à ses concurrents en langage consommateur. »

Innovation

Pour Robert Volut, président de la Fédération française des industriels charcutiers traiteurs (FICT), cette progression de la consommation ne peut se concrétiser que par l'innovation. « C'est ce qui a fait progresser le marché de la charcuterie de 30 % en 20 ans. Mais le problème en porc, c'est la valorisation de la carcasse entière. Les abattoirs doivent faire du marketing, pas de la vente à la semaine. » Pour lui, la viande n'est pas assez valorisée auprès des consommateurs. « En France, nous avons le savoir-faire à tous les étages de la filière, mais on ne la valorise pas suffisamment. La solution est de se regrouper pour mieux valoriser ce savoir-faire ».

 

Harmonisation européenne

Mis en cause, les abatteurs se défendent en avançant les difficultés de ce maillon de la filière. « Nous sommes une industrie de main-d'oeuvre », avance Paul Rouche, directeur du SNIV-SNCP, le syndicat représentant les entreprises françaises des viandes. « Les abattoirs ont perdu 40 millions d'euros en 2010. Au rythme actuel, on en perdra le double en 2011. Or, pour innover, il faut dégager des marges positives. » Selon lui, la solution réside dans l'élimination des distorsions de concurrence qui pénalisent les abatteurs français : différences de salaires, valorisation des protéines et graisses issues de carcasses saines, « des graisses vendues à des pays qui les utilisent pour alimenter leurs porcs, et dont la viande se retrouve ensuite sur le marché français ».
Pour Guillaume Roué, le président d'Inaporc, il est certain que la filière porcine doit revoir ses ambitions à la baisse. Pour lui, trois mesures essentielles pourraient inverser la tendance : une harmonisation européenne du coût de la main-d'oeuvre, la levée de certaines contraintes environnementales, concernant notamment les regroupements d'élevages, et la levée d'interdictions pénalisant les coûts de production, comme par exemple l'utilisation des protéines animales issues de carcasses saines. « La suppression en 1985 des montants compensatoires monétaires a permis en France une explosion de la production, car on pouvait alors produire sans distorsion de concurrence avec nos concurrents », rappelle-t-il. Une note positive relayée par Xavier Beulin. « Si chacun des maillons de la filière fait bien son boulot, il y a encore des marges de productivité sous le pied. »

Source Réussir Aviculture Septembre 2011

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