Production : La filière bio se structure

Dominique Poilvet

La demande en porcs biologiques est soutenue. Pour la satisfaire, des structures s'organisent. Cependant, la production reste marginale, avec 42 000 porcs produits en 2007.

Selon l'agence nationale bio, la demande en produits biologiques est soutenue, avec 68 % des consommateurs-acheteurs qui souhaitent maintenir leur consommation et 30 % qui déclarent vouloir augmenter leur consommation de produits biologiques. Cependant, le choix et la disponibilité des produits ne répondent pas toujours à la demande des consommateurs, notamment pour les viandes et les volailles. Cela est notamment vrai pour la viande de porc. La production de porcs biologiques est encore peu développée, puisqu'elle ne représente que 0,4 % de la production porcine nationale. En France, 252 exploitations détiennent environ 4900 truies, qui ont produit 42 000 porcs en 2007. 15 % de cette production est issue d'élevages de moins de10 truies qui pratiquent la vente directe. Les 85 % restants sont commercialisés dans des filières organisées.
Trois structures se partagent ce marché. Erca Bio, basé à Laval, représente 60 % de la production organisée, avec 22 000 porcs vendus en 2008. En seconde position, Orléans Viande a abattu, découpé et commercialisé 11 000 porcs charcutiers en 2007, correspondant à la production de 20 éleveurs bio des groupements Scapp, Copalice et Union Set. Enfin, Bretagne Viande Bio, situé au Faouët (Morbihan), représente 3500 porcs par an produits par 20 éleveurs.

Le prix de vente des porcs charcutiers bio, totalement déconnecté du marché du porc breton, se fixe essentiellement en fonction du coût des aliments. (D. Poilvet)

Le prix de vente des porcs charcutiers bio, totalement déconnecté du marché du porc breton, se fixe essentiellement en fonction du coût des aliments. (D. Poilvet)

D'autres structures tentent de se mettre en place dans d'autres régions de France. En Aquitaine, l'association « La voie bio » qui rassemble des céréaliers bio, des éleveurs, un abattoir communal et un atelier de transformation, veut produire 6000 porcs bio par an d'ici trois ans. En Rhône-Alpes, l'association de producteurs Adabio sensibilise les éleveurs de porcs aux techniques de l'élevage bio, en lien avec une forte demande des partenaires d'aval.
Tous sont unanimes pour affirmer que la demande actuelle en produits bio progresse fortement, en viande fraîche et en produits transformés. Erca Bio réussit le tour de force de valoriser 99 % de la carcasse en bio. Le prix de vente des porcs charcutiers, totalement déconnecté du marché du porc breton, se fixe essentiellement en fonction du coût des aliments. Il est aujourd'hui situé autour de 3,45 €/kg, après avoir connu une forte hausse en 2008 suite à l'augmentation du coût des matières premières.

 

Des structures organisées, une demande forte, toutes les conditions sont donc réunies pour convertir de nouveaux éleveurs à la production de porcs bio, à l'image de ce qui s'est produit il y a quatre ans en production Label Rouge. Mais la comparaison s'arrête là. D'une part, les outils de production bio sont fondamentalement différents de ceux de la production conventionnelle. L'obligation de mettre à disposition des porcs une aire de couchage rend quasiment impossible l'utilisation du caillebotis, même partiel. Les surfaces minimales sont beaucoup plus importantes qu'en label rouge (2,3 m2/porc charcutier). Les truies doivent être libérées en maternité. Par ailleurs, l'élevage doit s'insérer dans une exploitation qui reprend également le cahier des charges bio, avec notamment l'obligation d'épandre l'intégralité des déjections sur des terres bio.

 

Enfin et surtout, le cahier des charges technique, tant sur la conduite d'élevage que sur les matières premières utilisées pour l'alimentation des animaux, impose à l'éleveur de raisonner la rentabilité de son élevage sur la base de performances techniques nettement moins élevées qu'en production conventionnelle. La productivité des truies a du mal à dépasser les 15 porcs par an. Les indices de consommation tournent plutôt autour de quatre que de trois. L'interdiction de certaines matières premières (acides aminés de synthèse) empêchent d'équilibrer correctement les formules.
Cependant, les éleveurs rencontrés pour réaliser ce dossier ne qualifient pas le cahier des charges bio de contraignant. La plupart craignent même une banalisation du label bio, qui provoquerait une baisse des prix. C'est pourquoi une partie d'entre eux militent pour un durcissement de la réglementation, et proposent une marque collective bio nationale, plus exigeante que le socle européen mis en place depuis le début de l'année.
Faire du bio requiert une vision de la production porcine totalement différente de celle du porc conventionnel. La production restera sans doute marginale pendant longtemps. Mais aujourd'hui, la demande est présente. Il n'y a aucune raison de ne pas répondre aux souhaits des consommateurs.

 

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Porcs d'avril 2009 (RP n°159, p. 14 à 25)

Source Réussir Porcs Avril 2009

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