Production porcine au Québec : Le SDRP, ennemi numéro 1, avec un lourd impact économique

Claudine Gérard

Le SDRP (ici SRRP au Québec), avec des souches de virus beaucoup plus virulentes qu'en Europe, est le problème sanitaire majeur que les Québécois tentent de maîtriser par différentes voies.

Selon Christian Klopfenstein, vétérinaire responsable du secteur santé au CDPQ, en 2005, 50 % des porcs étaient positifs SDRP au Québec. Et cette prévalence est probablement toujours aussi importante en 2009. La difficulté qu'ont les Québécois à maîtriser la maladie est qu'elle est due à de nombreuses souches du virus, qui mutent, et qui sont bien plus virulentes que celles présentes en Europe. La conséquence directe est une perte économique du secteur que chacun estime considérable. Ainsi, Germain Labrecque, éleveur à Saint-Elzéar dans la région de la Beauce, a chiffré que, à chaque déclenchement d'une « crise SDRP » dans son élevage de 1400 truies, il lui en coûte 200 000 $ canadiens (environ 130 000 euros).
Selon Francis Pouliot, du CDPQ, le SDRP est la principale maladie à incidence économique majeure en Amérique du Nord. La maladie peut engendrer des pertes pouvant aller jusqu'à 250 $US par truie et 6,25 à 15,25 $US par porc produit en engraissement. Il calcule qu'elle cause plus de 60 millions de dollars de pertes par an aux producteurs québécois, et de 150 millions de dollars pour l'ensemble du Canada (et 560 millions de dollars aux Etats-Unis (1)).

L'impact financier est donc suffisant pour que la filière québécoise s'investisse dans le contrôle de la maladie. Ainsi, plusieurs actions sont menées au niveau de la province, comme le détaille Christian Klopfenstein :
- Le séquençage des différentes souches rencontrées sur le terrain. Il permet de mieux comprendre la circulation du virus dans l'espace, notamment au travers des aérosols.
- La mise en place de stratégies de contrôles de la maladie. Celles-ci passent par la vaccination avec les vaccins du commerce et l'acclimatation des cochettes. Même si les souches des vaccins ne sont pas celles qui sont présentes dans l'élevage, le but est de limiter la virémie dans l'élevage, partant du principe qu'une cochette qui a déjà été en contact avec une souche du virus pourra mieux se défendre contre une souche « sauvage ».

- La filtration de l'air au moyen des filtres microbiologiques. Plusieurs élevages sont aujourd'hui équipés de ces filtres qui s'adaptent sur des bâtiments existants, fonctionnant même en dépression. Les neuf premiers élevages qui se sont équipés se sont inscrits dans un programme gouvernemental de crédit d'impôt à la recherche et au développement, disponible à tout type d'entreprise canadienne. L'équipe du CDPQ et Laura Batista réalisent le suivi de ces projets à la ferme. Les tests mis en place « grandeur nature » sont destinés à valider les expérimentations menées à petite échelle, notamment aux États-Unis (équipe de Scott Dee) et au Québec (équipe de Laura Batista). Il s'agit de valider l'efficacité du concept à éviter la contamination des troupeaux et la durée de vie des filtres (deux ans ou plus ?).

- Une approche vaccinale avec un vaccin autogène. La démarche a consisté à retenir 40 élevages de production dans une même région, la Beauce. 20 de ces élevages servent de témoins. Les animaux ne sont pas vaccinés. Les 20 autres élevages vont faire l'objet de vaccination des truies deux fois par an avec un mélange de souches cultivées à partir de celles identifiées dans l'ensemble de ces élevages. Le vaccin « autogène » contient quatre souches différentes. Malheureusement, comme le souligne Christian Klopfenstein, ce vaccin ne peut contenir que des souches qui « poussent » en laboratoire. Et toutes les souches n'ont pas cette qualité ! Ce qui signifie que le vaccin autogène ne possède peut-être pas les souches les plus virulentes et les plus impliquées dans la pathologie.
Pendant deux ans, ces 40 élevages vont être observés scrupuleusement par les 7 à 8 vétérinaires qui interviennent dans ces élevages, élevages qui sont des structures totalement indépendantes, suivies par différents vétérinaires, et unies par ce seul projet fédérateur.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Porcs de juin 2009. (R. Porcs n°161, p. 14 à 30)

(1) Holck. J.T. et D. D. Polson. 2003. The Financial Impact of PRRS Virus. PRRS Compendium Producer Edition. Chapter 6 : 46-54.

Source Réussir Porcs Juin 2009

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