Production Porcine : La dure loi du marché s’impose

Conseil National CERFRANCE POSTEC

Production Porcine :  La dure loi du marché s’impose

Fin septembre, le MPB décroche à nouveau. L’accord tripartite (producteurs – industriels – distributeurs) fixant un prix plancher à 1,40 €/Kg n’a pas tenu. La filière porcine française, en manque de compétitivité, s’enfonce dans la crise.

Chronique d’une crise annoncée

Tous les observateurs de la filière porcine redoutaient l’après SPACE, le salon de l’élevage Rennais. Et, dès le 24 septembre la crise annoncée éclatait au MPB (Marché du Porc Breton) : suspension du marché du fait de l’absence des acheteurs et démission de son Président. Au plus fort de la fièvre, les opérateurs se privent du thermomètre ! Comment en est-on arrivé là ?

Septembre 2014 : Les volumes produits en Europe progressent. L’été, maussade, ne permet pas de relancer la consommation estivale habituelle. L’embargo russe ferme un marché de près de 750 000 tonnes, ¼ des exportations de l’UE. Le cours plonge de 20 cts/kg, passant même sous la barre de 1.10 en janvier 2015. 

Mi-juin 2015, sous l’égide du Ministère, les acteurs de la filière s’accordent sur un prix d’objectif à 1,40 €. Cela correspond à une remontée du prix qui profite aux éleveurs. Mais ce prix « politique » ne tient pas face à la réalité économique. Dès août, deux opérateurs, Bigard/Socopa et Cooperl, représentant 30 % des achats au MPB se retirent, provoquant un premier arrêt des cotations. Ils considèrent que le prix plancher de 1,40 est trop élevé pour rester compétitif face à la concurrence allemande et espagnole.

Cependant, un équilibre fragile aura été maintenu jusqu’à la fin du SPACE, chacun respectant les cotations du MPB pour le paiement de leurs achats. L’annonce du 18 septembre de Bigard, décidant de ne plus honorer cet engagement sonnera le début des hostilités.

porc (640x221)

Proposer des perspectives

La baisse du prix de l’aliment en 2014 (-15 %), puis 2015, aura permis d’atténuer les pertes. Mais, elle est restée insuffisante. Le coût de revient moyen se situe autour de 1,50 €Kg, alors que l’on s’oriente vers une moyenne sous les 1,30 €Kg au MPB (base 56 TMP) sur l’année civile 2015, soit un prix payé « sortie élevage », vers les 1,45. 

Le dossier de l’aide au stockage privé est sur la table de la Commission de Bruxelles. Le poids moyen à l’abattage sur la zone Uniporc-ouest s’est alourdi de 800 g sur un an, traduisant les difficultés d’écoulement de la marchandise sur le marché. 

Une exploitation sur trois serait à plus de 90 % d’endettement. 50 à 60 % se retrouvent avec des niveaux de TNG (Trésorerie Nette Globale) très négatifs à plus de – 900 € / truie.

La priorité des éleveurs est à la recherche de trésorerie pour passer la crise. Les aides du FAC (Fond d’allégement des charges), de la MSA, fiscales et sociales, et les accompagnements bancaires peuvent y contribuer.

Mais, si l’on veut redonner espoir, il faut pouvoir proposer des solutions, des perspectives à moyen terme. 

carcasse

La récente enquête de l’IFIP montre que les éleveurs du nord de l’Europe souffrent tout autant. Le coût alimentaire y est comparable au nôtre. Le foncier et le traitement du lisier sont coûteux. La poursuite de la restructuration des élevages est annoncée. Ceux-ci font face aussi à une forte demande sociétale et environnementale. Mais, des initiatives sont lancées afin de mettre en avant une différenciation qualitative, grâce au bien-être animal. En Allemagne par exemple, Le programme « Tierwohl » prévoit un budget de 65 millions d’euros pour encourager les éleveurs à répondre à ces demandes (accès à la paille, surfaces supplémentaires…), avec à la clé un étiquetage spécifique permettant de distinguer les viandes produites dans le pays. 

Les Allemands peuvent aussi compter sur les revenus connexes du biogaz et des aides à l’investissement du 2e pilier de la PAC. 

Côté espagnol, la compétitivité des élevages a fortement progressé par rapport à la France, entre 2007 et 2013. Les performances techniques s’améliorent plus rapidement. Le poste main-d’œuvre et le coût de construction des bâtiments sont quasi stables. Les industriels continuent d’investir et leur système d’intégration semble protéger les éleveurs ibériques des aléas conjoncturels. 

Au 1er semestre 2015, les abattages augmentent encore de 8 % par rapport à 2014 (+65 000 porc/semaine). « El cerdo ne connaît pas la crise ! ». Les chiffres des exportations sur pays tiers traduisent la compétitivité des filières européennes. 

Sur le 1er semestre 2015, les écarts sont impressionnants : Espagne +31 %, Allemagne +15 % et la France décroche avec -7 %. Il devient urgent de trouver des solutions permettant de retrouver des marges de compétitivité dans tous les maillons de la filière porcine française et d’assouplir les contraintes d’investissement productif pour redynamiser ce secteur d’activité, au risque de voir le marché interne cannibalisé par nos voisins.

Au plan international, l’UE est avantagée par la récente baisse de l’Euro par rapport au Dollar. Les derniers chiffres disponibles aux USA font état d’une augmentation de l’abattage de 7,7 %. L’évolution est normale après le vide laissé par la DEP1 l’an passé. L’année porcine devrait être neutre pour les producteurs US, malgré la forte correction à la baisse du cours du porc (-34 %). Comme les Européens, les USA profitent aussi de la forte demande coréenne, en proie à une grave crise sanitaire. Le Japon et la Chine réduisent leurs importations. Mais cette dernière voit sa production chuter dans des proportions impressionnantes, depuis 18 mois. 10 millions de truies auraient été réformées soit l’équivalent de 75 % des truies en production dans l’UE !!! La viande de porc est très populaire dans le pays. Selon Rabobank,

la production baisse de 6,5 % soit l’équivalent de 3,7 millions de tonnes. Cela a provoqué un renchérissement de la viande de porc de près de 20 % contribuant à l’accélération de l’inflation au cours du dernier mois. La Chine va devoir importer. Enfin, une nouvelle encourageante dans l’espoir d’une sortie de crise.

cours du porcs

Source : CERFRANCE : luc Magelinck - expert - veille économique agricole - lettre n° 43 - 2015

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires