Production porcine : Les Argentins rattrapent leur retard

Camille Coulon

Absents du marché mondial pendant 25 ans pour cause de peste porcine, les Argentins font un retour prometteur vers l'exportation. Des coûts bas et un marché domestique en pleine expansion sont leurs principaux atouts.

En janvier dernier, la filière porc argentine a reçu un coup de pouce publicitaire de la part de la présidente de la République Cristina Kirchner. Face aux caméras de télévision, accompagnée du président de l'Association argentine des producteurs de porcs Juan Uccelli, la présidente argentine a fait une confession aussitôt relayée par les médias : « J'ai appris que manger du porc favorisait la vie sexuelle, a-t-elle dit. Il est bien plus gratifiant de manger une côte rôtie que de prendre du Viagra… C'est d'ailleurs ce que nous avons fait (avec son mari, l'ancien président Néstor Kirchner) et notre week-end s'est très bien passé… », a-t-elle confié aux journalistes hébétés.

Un des élevages de l'entreprise Cabana Argentina. (C. Coulon)

Un des élevages de l'entreprise Cabana Argentina. (C. Coulon)

Peu importe si les nutritionnistes ont démenti l'affirmation présidentielle. Le coup médiatique était fait. Un mois plus tard, Juan Uccelli s'en réjouit encore : « Les ventes ont grimpé de 30 % ! Les gens veulent essayer », assure-t-il. L'anecdote révèle surtout le nouvel intérêt pour une filière qui, ici, reste encore dans l'ombre des filières bovine et avicole.
Au pays des plus gros mangeurs de boeuf du monde (70 kg par an et par habitant), le porc fait en effet petite figure avec une consommation individuelle de 8 kg par an. Cependant, celle-ci a augmenté de 100 % en moins de dix ans et, comme s'interroge Juan Uccelli, « pourquoi ne pas envisager une consommation future de 18 kg, comme au Brésil ? ». Par ailleurs, la grave sécheresse qui a touché le pays sud-américain en 2008 et en 2009 a amoindri son cheptel de bovins à viande : l'offre étant réduite, les prix du boeuf s'envolent et les consommateurs se replient sur les viandes moins chères. Cet événement conjoncturel favorise la filière porcine. Il en est un autre, d'ordre politique, qui devrait encore durer : les taxes à l'exportation de soja, blé et maïs. Cette taxe de 20 % sur l'exportation de maïs, par exemple, fait que les éleveurs de porcs achètent cet aliment à un prix de 20 % inférieur au cours mondial. Comme les producteurs de poulet, partis de presque rien il y a dix ans et qui exportent aujourd'hui 300 000 t/an, les éleveurs de porcs comptent sur cet avantage compétitif pour s'imposer sur la scène internationale. Avec un cheptel de 3,5 millions de porcs, l'Argentine reste un petit pays producteur. Mais pas pour longtemps si l'on tient compte des facteurs favorables à la croissance de la filière. Ses représentants pronostiquent un cheptel de 10 millions d'animaux en 2020 pour exporter environ 20 % de la production. Un projet à prendre au sérieux vu le parcours réalisé par le pays voisin, le Brésil, qui en 1997 exportait « seulement » 64 000 t contre 528 000 t en 2008, soit 17,3 % de sa production.

Source Réussir Porcs Mai 2010

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