Production porcine : Les filières se musclent

Claudine Gérard

Le paysage porcin français se dessine autour de filières de plus en plus fortes, dotées d'outils d'abattage qui se concentrent pour rivaliser avec leurs concurrents européens.

Depuis septembre 2007, avec la création du groupe Gad-Prestor-Cecab, les unions et fusions se succèdent dans le paysage porcin français. Des filières s'organisent autour d'outils d'abattage dans lesquels les producteurs sont plus ou moins impliqués financièrement.

« La » filière totale est aujourd'hui celle de Cooperl Arc Atlantique qui est la seule organisation dont l'aval est à 100 % aux mains de la profession. Rappelons les chiffres d'aujourd'hui(1) : 3700 adhérents, 6,3 millions de porcs, 475 000 tonnes de viande commercialisée, 35 % à l'export… La structure est de taille à affronter ses concurrents européens.

Deuxième organisation par sa taille, Socopa : 60.000 porcs abattus par semaine. Et ses huit
actionnaires : Coopagri Bretagne, Est Appro, Cavac, Capseine, Union Set, Cam, Agrial, Socaviac et Unigrains. La création d'une nouvelle société avec pour actionnaire majoritaire Bigard (61 %) laissera 39 % de parts aux actionnaires producteurs. Les groupements apporteurs à Socopa (Coopagri, Agrial, CAM, Cavac et Union Set) trouvent aujourd'hui le débouché de leur production. Ils fournissent environ 2,8 millions de porcs aux outils Socopa, d'une capacité de 65 000 porcs hebdomadaires. Si certains considèrent que la cession de Socopa à Bigard est l'échec d'une filière coopérative, d'autres jugent que les coopératives y trouvent toujours leur débouché majoritaire et que l'engagement capitalistique n'est pas une fin en soi.

La puissance commerciale d'un groupe de dimension européenne

Pour Xavier Trincot, président de l'activité porc d'Agrial, « la nouvelle organisation, si elle
était confirmée dans les mois qui viennent, serait une opportunité pour les éleveurs, qui
bénéficieraient de la puissance commerciale d'un groupe de dimension européenne apte à mieux vendre la production auprès des grandes centrales d'achat ».

Les autres filières qui se sont structurées à l'Ouest mais aussi dans les autres régions françaises, se distinguent de la filière Cooperl par leur taille et le degré de participation dans
les outils d'abattage. Parmi celles qui ont fait le choix d'être majoritaires dans les outils industriels, on citera le N°3 français, avec le groupe Gad. Le groupement issu de la fusion de Prestor et Cecab, pas encore « baptisé » à ce jour, compte 760 adhérents et produit 43.000 porcs par semaine. L'outil industriel (Groupe Gad), trouve dans ce groupement de quoi faire tourner les deux abattoirs au rythme de 55 000 porcs semaine, le reste étant fourni par d'autres structures : Pigalys, Coopagri, Initia, Cofiporc ou via le MPB… Les éleveurs du groupement sont donc les apporteurs majeurs de l'abattoir, et détiennent 49 % de l'outil, le reste étant aux mains des managers et des banquiers. Si le président du directoire est Loïc Gad lui-même, le conseil de surveillance est présidé par Guillaume Roué, président du groupement, « preuve de l'implication des éleveurs dans l'outil industriel ».

Porc Armor : 800 éleveurs et 1,6 million de porcs

Autre filière, Porc Armor, partenaire du groupe Glon Sanders. Celle-ci était, historiquement, maillée en amont. Mais aujourd'hui, elle se structure aussi en aval. Les groupements Porc Ouest et Armorique fusionnent pour créer un seul groupement : Porc Armor : 800 éleveurs et 1,6 million de porcs qui sont abattus pour environ 1/3 à l'abattoir Abera, détenu à plus de 15 % par Porc Armor, et 40 % des porcs chez Bernard, à Locminé (56) dans lequel le groupement n'a pas d'implication financière, mais dont le groupe Glon détient une participation.
L'organisation en filière n'est pas une spécificité bretonne. Ainsi, en quelques années s'est formée une filière allant de l'est de la France au sud du Massif Central : l'union entre le groupement de Bourgogne Scapp et le groupement du « grand » Massif Central MC Porc, a
conduit à une organisation de producteurs couvrant 30 départements — mais où l'essentiel
est produit dans une quinzaine — forte de 600 éleveurs, 60 000 truies et 1 million de porcs charcutiers. Ceux-ci sont abattus dans deux outils : Forez Porc à Lapalisse (Allier) et Orléans Viandes (Loiret), avec respectivement 12 000 et 8000 porcs semaine, qui trouvent dans cette structure Scapp-MC Porcs 80 % de leurs besoins.



L'implication de ce rapprochement n'est pas tant financière, puisque MC Porc détient 25 % de Forez viandes et la Scapp environ 15 % d'Orléans Viandes, le reste des capitaux étant aux mains de coopératives bovines soucieuses de diversifier leur offre de viande et de céréaliers. Mais, dans les faits, la notion de filière est forte. Les deux outils industriels ont en effet annoncé leur fusion à venir en début d'année prochaine, avec un seul directeur général, une seule équipe commerciale…

Gérard Dutois, directeur des deux groupements avant la fusion, salue cette initiative qui conforte une filière « Grand Centre Est ». « Nous disposons ainsi d'une filière hors Bretagne, bien structurée, qui prend forme avec des outils compétitifs, une production de qualité, capable de satisfaire des marchés importants, y compris à l'export. »

Les filières se structurent dans toutes les régions. (C. Gérard)

Les filières se structurent dans toutes les régions. (C. Gérard)

 

« Pour se développer, la filière porcine doit avoir une large autonomie »

Plus au sud, une filière s'est aussi dessinée avec la Coop Fipso : 350 000 porcs
charcutiers, qui est actionnaire à 51 % de Fipso Industrie, une SAS d'abattage-découpe et
transformation qui abat 620 000 porcs par an. Le reste du capital est détenu par le groupement Rouergue Elevage : 125 000 porcs charcutiers et 9 % des parts. Et par la coopérative polyvalente Euralis avec 40 % des parts. Patrick Le Foll, à la fois directeur du groupement Fipso et de Fipso Industries l'affirme : « Pour se développer, la filière porcine doit avoir une large autonomie, prendre en main et maîtriser les outils de l'aval. Elle doit détenir les pouvoirs de décision. » Il précise toutefois que dans le contexte du Sud-Ouest, avec une faible densité porcine, le soutien financier d'autres filières est indispensable. « Aujourd'hui, nous avons trouvé un bon équilibre avec l'actionnariat minoritaire d'Euralis et l'actionnariat majoritaire de Fipso Coopérative qui détient le pouvoir.»

Toujours au sud, la filière aveyronnaise repose sur le groupement Alliance Porci d'Oc (360
adhérents, 290 000 porcs) et l'abattoir Porc Montagne Rodez, et la société de découpe
Roussaly, à Lacaune, dont le groupement détient respectivement 82 % et 85 % du capital. L'alliance est elle même née de la fusion de groupements. Serge Clamagirand, assure la
direction générale du groupement et de ses filiales.



Même schéma, beaucoup plus au nord, dans la Manche, avec le groupement Cap 50 qui détient 70 % de l'abattoir AIM (Abattoirs Industriels de la Manche, Sainte-Cécile, 16 000 porcs par semaine) aux côtés de deux fabricants d'aliment : Districera et Gouttière qui en détiennent 29 %. Le groupement de 120 adhérents trouve là un débouché de proximité pour ses 320 000 porcs produits chaque année. Jean-Pierre Vincent, qui est directeur du groupement, est aussi directeur de l'abattoir. Il se félicite de la force du groupe « qui vient de son autonomie puisqu'il rassemble tous les métiers de la filière, de l'élevage jusqu'à la livraison(2) », et qui bénéficie de coûts d'approche optimisés sachant que la distance moyenne pour apporter des porcs à Sainte-Cécile est de 80 km.

Ces grandes manoeuvres vont-elles se poursuivre ? Il faudra dans un premier temps conforter les nouvelles organisations, stabiliser les équipes… Et, selon Guillaume Roué, président d'Inaporc, ces mouvements de structuration en filière pourraient se poursuivre lorsque le secteur de la
salaison aura entamé la même démarche. Face aux géants mondiaux que sont SmithField ou Campofrio, notre secteur français peine à voir émerger un leader digne de ce nom et un secteur d'activité suffisamment concentré et organisé.

(1) Planète porc, septembre 2008
(2) La Manche Libre, octobre 2008

Source Réussir Porcs Novembre 2008

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