Protection des animaux et des hommes : L'Afssa se prononce sur le risque de grippe A (H1N1)

Claudine Gérard

L'Afssa (1) a rendu publiques les réponses aux questions posées par la DGAL et la DGS (2) sur les mesures à mettre en oeuvre en élevage de porcs face au virus A (H1N1). Résumé et synthèse des principaux avis.

1-Quels sont les risques de transmission entre les hommes et les porcs ?

L'Afssa rappelle que les cas d'infection de porcs par le virus A (H1N1) sont dus à une transmission du virus par l'homme infecté par ce virus. Par ailleurs, des porcs infectés par le virus peuvent contaminer l'homme par voie respiratoire, écoulement nasal, aérosols, de la même façon que les autre virus influenza des mammifères. En revanche, l'Afssa confirme que, compte tenu de la localisation du virus dans l'organisme des porcs, le risque de contamination de l'homme par la consommation de viandes et de produits issus de porcs infectés est considéré comme « nul ».

2-Quelles sont les mesures de biosécurité spécifiques recommandées en élevage ?

L'Afssa rappelle que les mesures de biosécurité peuvent limiter le risque d'introduction du virus A (H1N1) mais ces mesures ne seraient pas suffisantes pour prévenir toute introduction de virus dans la population porcine. Concernant des mesures spécifiques au virus A (H1N1), l'Afssa propose de s'inspirer des recommandations faites aux Etats-Unis :
- l'éleveur et ses salariés présentant des symptômes respiratoires, même légers, ne devraient pouvoir revenir dans l'élevage que quelques jours après la disparition de leurs symptômes. En cas d'impossibilité, l'Afssa recommande le port de masques adaptés et de gants en plus de la tenue spécifique à l'élevage ;
- les visites de personnes étrangères à l'élevage doivent être restreintes (avec le port de masques, gants…).

L'Afssa dispose d'une dizaine de comités d'experts spécialisés qui formulent les avis. (Afssa. Christophe Lepetit)

L'Afssa dispose d'une dizaine de comités d'experts spécialisés qui formulent les avis. (Afssa. Christophe Lepetit)

 

3-Les personnes en contact avec les porcs doivent-elles se faire vacciner ?

L'Afssa recommande d'organiser le plus rapidement possible la vaccination préventive des professionnels de l'élevage porcin « une fois les priorités de vaccination définies par le Haut Conseil de la santé publique mises en oeuvre ». L'Afssa justifie cette position par les principaux arguments suivants :
- le risque de contamination de l'homme à partir du porc est d'autant plus élevé que le confinement est important.
La protection des hommes a pour double objectif de limiter l'exposition des porcs au virus et de protéger les humains d'un éventuel retour du virus après passage chez le porc ;
- la maladie humaine a un caractère pandémique ;
- le nombre d'élevages de porcs infectés dans le monde augmente ;
- les mesures sanitaires de prévention sont parfois difficiles à mettre en oeuvre et ne permettent de protéger que partiellement les personnels en élevage.

4-Quelles mesures de surveillance mettre en place en France au niveau des élevages de porcs ?

L'Afssa considère que la mise en place d'un réseau de surveillance des virus influenza du porc est souhaitable. L'agence propose de porter l'épidémiosurveillance sur une partie de ces virus (compte tenu de l'impossibilité de détecter en temps réel toutes les souches de virus). Elle recommande la création d'un réseau national d'épidémiosurveillance concernant les élevages de porcs dans lesquels les animaux présenteraient des symptômes « évocateurs de grippe », reposant sur des vétérinaires « vigies sensibilisés aux virus influenza », avec des laboratoires spécialisés, en relation étroite avec les réseaux d'épidémiosurveillance des virus influenza aviaire et humain.

5-Quelles mesures seraient prises en cas de découverte d'un foyer de virus H1N1 en élevage porcin ?

L'Afssa juge suffisantes les mesures communautaires proposées, à savoir l'interdiction de sortie des animaux de l'élevage jusqu'à sept jours après la fin des symptômes grippaux. L'Afssa rappelle l'importance d'une surveillance dans les élevages en lien épidémiologique ou mitoyens des élevages infectés. Cette surveillance devrait aussi s'appliquer aux élevages de dindes et de cailles compte tenu de leur réceptivité au virus (le principal symptôme étant une chute de ponte).

6-Peut-on envisager une vaccination des porcs ?

La vaccination d'urgence d'un élevage contaminé n'est pas pertinente compte tenu du délai nécessaire à l'acquisition de l'immunité après une primo vaccination et de la vitesse de diffusion du virus au sein des bandes et d'élevages infectés. En revanche, en dehors de tout épisode clinique de grippe, une protection des porcs pourrait être escomptée en utilisant un vaccin existant sur le marché (vaccin adjuvé à virus inactivé préparé à partir de la souche A/Fort Dix/1976) « dans le cadre d'une discussion coût-bénéfice entre l'éleveur et le vétérinaire », sachant qu'une protection, même partielle, contre le virus A (H1N1) peut être espérée avec ce vaccin.

7-Les volailles sont-elles concernées par le virus A (H1N1) ?

De nombreux essais expérimentaux d'inoculation du virus n'ont pas provoqué de symptômes chez les poulets, les canards ou les dindes. Une séroconversion a pu être observée chez des cailles, plus difficilement chez des dindes. Ce qui contredit les observations faites dans les élevages de dinde au Chili et au Canada. L'Afssa propose de réévaluer le risque. Le risque de contamination homme-volaille est « nul à quasi nul ».

En savoir plus

. L'ensemble des données de l'Afssa concernant le virus A (H1N1) est disponible sur le site : www.afssa/PNM201.htm
. Les avis rendus par l'Afssa sont des réponses à des questions posées par les ministères de tutelles ou par des associations agréées de consommateurs. L'Afssa dispose d'une dizaine de comités d'experts spécialisés, couvrant les différentes disciplines en relation avec l'alimentation.
. Les experts s'expriment à titre personnel et un rapport est rédigé. Les avis sont rendus publics.

(1) Afssa : Agence française de sécurité sanitaire des aliments.
(2) DGAL : Direction générale de l'alimentation.
DGS : Direction générale de la santé.

Source Réussir Porcs Décembre 2009

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