Un vent venu d'Europe du Nord : Vers la fin de la castration sans anesthésie ?

Claudine Galbrun

La castration des porcelets sans anesthésie est de plus en plus contestée en Europe du Nord. Mais les alternatives proposées ne font pas l'unanimité et engendrent des coûts.

Aux Pays-Bas, en Belgique, en Suisse, la fin de la castration des porcelets sans anesthésie
est programmée à brève échéance. En attendant, des solutions de castration moins
douloureuses pour l'animal sont proposées. Il s'agit de répondre, voire anticiper une
demande sociétale croissante. « Nous savons que la castration sans anesthésie se révèle
aujourd'hui socialement difficile », déclarait le président du syndicat d'éleveurs belges, le
Boerenbond, pendant la séance de signature d'une déclaration d'intention d'essais sur ce
sujet, le 28 octobre dernier.
Le mouvement a commencé sous la pression d'associations pour la protection animale.
Aux Pays-Bas, il a vite trouvé écho auprès des fast foods Burger King et McDonald's. Les
chaînes de distribution alimentaire ont ensuite emboîté le pas, s'engageant pour certaines à
ne commercialiser que de la viande de porcs castrés sous anesthésie, en attendant la fin
de la castration annoncée à plus ou moins brève échéance. Tout récemment, toujours aux
Pays-Bas, les discounters Lidl et Aldi ont signé un accord avec l'organisation de défense
des animaux « Porcs en détresse » selon lequel ils s'engagent à ne vendre sur le marché
néerlandais que de la viande issue de porcs non castrés.






Depuis deux ans environ, des déclarations d'intention, voire des obligations voient ainsi le
jour dans certains pays du Nord de l'Europe, à l'initiative des ministères, des centres de
recherche, des distributeurs, et des organisations d'éleveurs. Si l'objectif est louable, la
tâche n'est pas facile. Car à ce jour, personne n'est en mesure de proposer une alternative
qui soit totalement satisfaisante pour l'animal, et qui n'aie pas de conséquences
économiques pour l'éleveur et la filière.
Regardons en Grande-Bretagne : la castration y est interdite depuis de nombreuses
années, obligeant la vente de porcs mâles jeunes et légers, avec un manque à gagner qui
n'a fait qu'aggraver les difficultés du secteur porcin.
Autre solution, castrer les porcelets sous anesthésie. C'est vers quoi tendent les Pays-Bas
sous la pression de la distribution. Quelques enseignes ont déjà mis en place un fond
prélevé sur les viandes de porc, pour aider les éleveurs à s'équiper d'appareils
d'anesthésie. La méthode ne remporte pourtant pas l'adhésion de certains défenseurs de la
cause animale qui voient dans cette pratique un acte à nouveau préjudiciable à l'intégrité de
l'animal.





D'où des levées de bouclier d'association, comme la néerlandaise « Porcs en détresse »,
protestation qui irrite les partenaires de la filière porcine hollandaise parvenus à un accord sur
la nécessité d'anesthésier les porcelets avant la castration. Autre alternative, celle de la
vaccination. À ce jour, seule la Suisse a accordé une autorisation de mise sur le marché. Les
autres pays européens sont en cours d'essais pour la délivrance de l'AMM.

Aucune méthode garantissant l'absence de douleur ne s'est imposée, et les défenseurs de la cause animale sont eux-mêmes divisés sur le sujet. (C. Gérard)

Aucune méthode garantissant l'absence de douleur ne s'est imposée, et les défenseurs de la cause animale sont eux-mêmes divisés sur le sujet. (C. Gérard)

 

La France réfléchit

En France, on se montre plus pragmatique (ou réservé) que dans certains de ces pays du
nord de l'Europe. Le sujet est à l'étude au sein de l'interprofession qui, aujourd'hui,
commence à « mettre à plat » les solutions possibles pour être prêt, le cas échéant, à
adopter une position acceptable par les éleveurs et les citoyens.
L'Ifip et l'Inra ont travaillé sur l'utilisation de produits anti-douleur, anesthésiques locaux et
antalgiques, et les résultats seront présentés aux prochaines JRP. Par ailleurs, à la
demande d'Inaporc, une étude conduite par l'Ifip vient de démarrer sur le terrain. Elle
consiste à faire un premier « état des lieux » de l'odeur de mâles entiers « d'aujourd'hui »,
sachant que, comme le souligne Patrick Chevillon, ingénieur à l'Ifip, les dernières
connaissances datent de près de 20 ans, sur des génétiques différentes et surtout des
poids de carcasse bien inférieurs à ceux d'aujourd'hui (7 kg de gagnés en 20 ans environ
!). L'étude mesurera la teneur des deux composants odorants (le scatol et l'androsténone)
de ces porcs « contemporains ». Les chercheurs étudient en outre la possibilité pour les
professionnels de la viande d'utiliser des carcasses de mâles entiers et appréhender le
niveau de risque.



Ce travail pourrait s'inscrire dans un projet européen, qui rassemblerait plusieurs pays avec
ce même objectif de qualifier les porcs contemporains et évaluer le niveau de risque.
Quant aux professionnels français, ils se montrent prudents face à des exigences qui
risquent de pénaliser la filière. Ainsi, Henri De Thoré, chargé du dossier bien-être pour les
organisations professionnelles, s'exprimait sur le sujet au cours de la dernière assemblée
de Coop de France : « La profession refusera toute évolution tant que n'existera pas
d'alternative qui garantisse la sécurité de l'opérateur et l'acceptation du consommateur, qui
n'émousse pas notre compétitivité par le coût ou les conséquences sur notre marché en
terme de concurrence et de consommation, et qui soit une réelle avancée en terme de bien-
être de nos animaux.J'entreprendrai rapidement une opération de sensibilisation de
l'ensemble des maillons de la filière, afin d'arriver d'ici le mois de mars à une position
commune que je puisse défendre et qui puisse clairement orienter les axes de recherche
pour répondre aux questions soulevées. »


Le PigSleep de Schippers est l'un des deux appareils à anesthésier disponibles sur le marché hollandais. (C. Gérard

Le PigSleep de Schippers est l'un des deux appareils à anesthésier disponibles sur le marché hollandais. (C. Gérard

 

Source Réussir Porcs Décembre 2008

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