Utilisation des antibiotiques en élevage porcin : Prévenir l'antibiorésistance

Claudine Gérard

Même si la distribution d'antibiotiques en élevage a tendance à diminuer, le risque de sélectionner des bactéries dont la résistance pourrait se propager chez l'homme préoccupe les professionnels de la santé humaine et animale.

« Tout usage d'un antibiotique participe à son usure », résumait Agnès Jardin, vétérinaire, au dernier forum organisé par Cooperl Arc Atlantique. La formule est efficace, et pose le problème de l'antibiorésistance. La situation est simple : les animaux de rente, mais aussi les animaux de compagnie sont d'importants consommateurs d'antibiotiques : 1000 tonnes environ en 2009, selon les toutes dernières données de l'Anses (ex Afssa), dont 33 % à 44 % pour les porcs, (selon l'unité choisie). Même si la distribution d'antibiotique aux porcs est en diminution significative d'environ 11 % en trois ans, les professionnels de la santé humaine et animale restent très vigilants pour plusieurs raisons. La première est la crainte que les animaux, et en particulier le porc, ne constituent un « réservoir » de bactéries résistantes aux antibiotiques, des résistances qui pourraient peut-être se transmettre aux bactéries chez l'homme. La deuxième est que, derrière les données quantitatives de consommation d'antibiotiques en élevage se cache une évolution des molécules utilisées, évolution qui inquiète la profession médicale. Il s'agit des familles des céphalosporines et des quinolones « nouvelles générations », dont l'utilisation a augmenté de respectivement 106 % et 49 % entre 1999 et 2009, « au détriment » des tétracyclines qui constituent encore près de la moitié des quantités utilisées. Compte tenu de leur importance en médecine humaine, la crainte d'acquisition de résistances des bactéries à ces nouvelles molécules a débouché sur un consensus de la profession vétérinaire à ne plus les utiliser que de façon curative et seulement en deuxième intention, lorsqu'un premier traitement antibiotique a échoué.

La profession vétérinaire s'est engagée à ne plus utiliser les céphalosporines de dernière génération en préventif, et seulement lorsqu'un premier traitement antibiotique a échoué. (C. Gérard)

La profession vétérinaire s'est engagée à ne plus utiliser les céphalosporines de dernière génération en préventif, et seulement lorsqu'un premier traitement antibiotique a échoué. (C. Gérard)

Autre raison majeure de la préoccupation du monde de la santé, on ne voit guère de nouvel antibiotique arriver sur le marché. Les laboratoires se désintéressent de ce créneau, préférant porter leurs recherches sur des marchés plus porteurs et plus lucratifs que sont les maladies chroniques, diabète, hypertension…
Enfin, les filières animales sont conscientes qu'elles peuvent tôt ou tard avoir « des comptes à rendre » auprès des professionnels de la santé publique, celle-ci sera bien sûr toujours privilégiée à la santé animale. Mais la demande pourrait aussi venir du client, à savoir la distribution, toujours inquiète d'éventuelles « affaires ».
Pour toutes ces raisons, une réelle prise de conscience des professionnels de la santé animale est engagée. Des solutions existent pour poursuivre la tendance amorcée de réduction de consommation d'antibiotiques en élevage. Privilégier leur usage à des fins curatives, et non préventives, surveiller de très près les résistances, offrir aux vétérinaires des outils pour mieux prescrire, autoriser des pratiques qui ont fait leur preuve dans le Nord de l'Europe. Et, bien entendu, renforcer les règles de biosécurité dans les élevages, levier majeur de maîtrise des contaminants.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Porcs de mars 2011. (R. Porcs n°180, p. 16 à 26)

Source Réussir Porcs Mars 2011

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