A la ferme des palmipèdes gras en Dordogne, un petit méthaniseur qui supprime les odeurs

Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Janvier 2013

A la ferme des palmipèdes gras en Dordogne, un petit méthaniseur  qui supprime les odeurs
Au premier plan une préfosse pour la soupe initiale, puis la fosse de stockage du digestat et du biogaz, puis le digesteur et le conteneur avec le moteur. © P. Le Douarin

La station périgourdine d’élevage et d’expérimentation sur les palmipèdes à foie gras a choisi de méthaniser ses effluents dans une unité atypique afin de maîtriser ses odeurs.

Objectif atteint à Coulaures, sur le site de la ferme expérimentale des palmipèdes gras de la Chambre d’agriculture de Dordogne. En ce jour de juillet écrasé par la canicule, aucun effluve malodorant ne venait indisposer les narines. Et pour cause, le lisier issu des ateliers de gavage est désodorisé dans la première unité de méthanisation construite dans ce département. La station détient 1300 oies reproductrices toute l’année, élève 5200 palmipèdes (dont 2000 oies) et en gave 1900 (dont 1000 oies).

Une installation atypique de petite taille

« Nous n’avons pas vocation à devenir des producteurs intensifs d’électricité », souligne Jean-Pierre Dubois, l’ingénieur de la chambre d’agriculture qui supervise la station à vocation de recherche et développement pour la filière à foie gras.
Destinée à utiliser avant tout les coproduits de la ferme, qui comprend aussi 500 brebis à viande, l’unité est volontairement de petite taille, avec un moteur à cogénération de 22 kWe. Autre spécificité, elle fonctionne avec une technologie peu répandue : un « petit » digesteur horizontal de 100 m3 à piston. « Quelques soucis techniques ont retardé le démarrage », précise Jean-Pierre Dubois, qui souligne que le choix d’un prestataire expérimenté est un ‘plus’. Ils furent notamment liés aux fuites de gaz d’une fosse à lisier de 450 m3 reconvertie en stockage du digestat. « Cela montre l’intérêt de contracter un contrat de maître d’ouvrage délégué pour limiter les imprévus », souligne l’ingénieur, qui précise : « après ces ajustements, il a fallu plusieurs mois pour se faire la main ». Contrairement à l’énergie photovoltaïque, être producteur de biogaz s’apprend sur le tas, au sens propre comme au figuré.
La production d’un biogaz riche en méthane dépend de nombreux facteurs. Pour Franck Lavigne, le responsable du site expérimental qui gère le méthaniseur au quotidien, « le principal élément de réussite tient dans la mise au point de la soupe qui va nourrir les bactéries méthanogènes. Utiliser un seul produit est très risqué, tout comme changer la recette en permanence ». Au lisier et au fumier peu méthanogènes (1 250 m3 et 150 tonnes), Franck Lavigne ajoute 7,5 tonnes de graisses cuites issues de conserveries, et 200 tonnes de pommes de tri et déchets de céréales.
Excepté le lisier qui transite par des canalisations, les intrants sont pesés avec le godet peseur du télescopique. Trois à quatre mètres cubes de la mixture broyée dans une préfosse sont envoyés chaque jour dans le digesteur. « Pour éviter de passer du temps dans les transports », Franck Lavigne trouve les matières au plus près. « À terme, ces déchets seront payants », estime Jean-Pierre Dubois.

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Le digestat inodore est un fertilisant équilibré

Le digestat liquide (6,7 % de matière sèche) est considéré par l’ingénieur de la chambre d’agriculture comme l’équivalent d’un bon fumier, inodore de surcroît, qui est épandu. Le volume final est supérieur d’environ 20 % par rapport à celui du lisier utilisé. Le responsable d’élevage calcule qu’il passe un jour par semaine pour la station, avec une heure de surveillance quotidienne et trois heures de préparation de la soupe (25 m3 à chaque fois). « On avait intégré la mécanisation et l’automatisation des tâches, mais on n’avait pas pensé à tout. »
La chaleur est en partie valorisée pour le chauffage intermittent des bâtiments avicoles et pour maintenir la température du digesteur à 38 °C. « Cette eau chaude est idéale pour un abattoir ou une conserverie, mais les nôtres sont trop petits, remarque Franck Lavigne. On songe à l’utiliser avec des cannes broyées de maïs qui pourraient être séchées après avoir été utilisées comme litière et servir à la méthanisation. » Mais ce n’est encore qu’un projet, la priorité étant de faire bien fonctionner l’unité de biogaz et la station expérimentale.

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