Alain Labarthe*, président du Cifog : Il faut réduire la production de foie gras de 10 % »

Hervé Dumuis

Que vous inspirent les résultats du marché du foie gras en 2008 ?

Nous sommes dans une situation difficile. Le consommateur a diminué ses achats, mais le foie gras a bien résisté grâce à l'intensification de la communication du Cifog depuis novembre et des marques des entreprises juste avant la période festive de fin d'année. Malgré la crise, le consommateur a quand même voulu se faire plaisir en achetant du foie gras pour les fêtes de Noël. Néanmoins, nous avons des stocks liés à la baisse de la consommation, d'où la nécessité d'avoir un schéma de régulation. Le Cifog recommande aujourd'hui a ses adhérents une baisse de la production de 10 % pour 2009. On est d'ailleurs en discussion avec les pouvoirs publics afin qu'ils rendent cette mesure obligatoire et qu'ils mettent en place des contrôles pour éviter les dérapages.

Alain Labarthe : « Je ne crois pas qu'il soit bon à terme, pour le consommateur, de voir une filière cassée par des volumes trop importants et des baisses de prix. » (H. Dumuis)

Alain Labarthe : « Je ne crois pas qu'il soit bon à terme, pour le consommateur, de voir une filière cassée par des volumes trop importants et des baisses de prix. » (H. Dumuis)

Cet accord ne va-t-il pas choquer les consommateurs qui pourraient s'attendre à des baisses de prix ?

On pourrait le penser. Mais c'est surtout la hausse des côuts alimentaires, dont les effets se font encore sentir, qui a conduit à l'augmentation des prix. Or la baisse de consommation ne s'explique pas par le prix, mais plutôt par un effet conjoncture. D'ailleurs, un écart de 1 % sur une dépense moyenne de 30 euros par ménage ne représente guère plus de 30 centimes. De plus le foie gras ne compte que pour 1,7 % des achats des ménages concernés. En outre, je ne crois pas qu'il soit bon à terme, pour le consommateur, de voir une filière cassée par des volumes trop importants et des baisses de prix.

Est-ce que le marché du foie gras est devenu un marché mature ?

Jusqu'à présent nous étions sur un marché en croissance constante depuis dix ans. Mais il est difficile d'affirmer que le marché est devenu mature. Il faut voir quelle sera l'évolution en 2009. Il reste tout de même 50 % des ménages à conquérir.

Pensez-vous pouvoir améliorer les taux de pénétration ?

On est dans un problème d'offre et de demande. Pour le résoudre on peut soit essayer de trouver de nouveaux consommateurs soit amener les consommateurs existants à augmenter leur nombre d'achats. Nous essayons également de faire consommer davantage de foie gras à des périodes comme Pâques et de développer des produits à cuisiner chaud, des fabrications ou des saveurs nouvelles. Je crois malgré tout qu'il sera difficile d'aller plus loin en termes de pénétration. Le foie gras est un produit qui se consomme lors d'occasions particulières quand les familles se réunissent. On aura donc du mal à faire consommer du foie gras toute l'année. En revanche, notre profession est très réactive et nous avons les capacités de nous adapter à une recrudescence de la demande.

L'échéance 2015 sur le logement des animaux se rapproche, est-ce que la filière sera prête ?

Nous nous préparons activement. Des recherches sont faites actuellement et quelques ateliers se mettent en place pour tester grandeur nature le matériel proposé. Il y aura bien sûr une grande évolution d'ici 2015, mais ce qui est handicapant aujourd'hui c'est l'impact des coûts supplémentaires sur le prix de revient qui augmente de 30 % avec une productivité inférieure aux systèmes actuels. Pour ce qui est une rupture de production, je n'y crois pas. Comme dans toutes professions, surtout celles qui utilisent beaucoup de main-d'oeuvre, il y aura des restructurations et certains seront peut-être conduits à arrêter, comme d'autres à investir.

* Alain Labarthe est vice-président de la coopérative Maïsadour, élu de la chambre d'agriculture et maire de la commune landaise de Bégaar où il réside. Producteur de maïs, de volailles et gaveur de canards, il est associé en Gaec avec son cousin depuis 1972. Agé de 60 ans, il préside le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog). Il avait occupé ces mêmes fonctions de 2002 à 2005.

Source Réussir Aviculture Avril 2009

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