Alimentation : Des pistes pour limiter l'apport de phosphore

Armelle Puybasset

L'utilisation du phosphore disponible dans l'organisme varie en fonction de plusieurs paramètres tels que le taux de calcium, l'ajout de phytase et le statut minéral de l'animal.

Le phosphore est un élément minéral indispensable au développement des organes durs (le squelette) et mous (muscles) des volailles. Cet élément minéral est en partie apporté par les matières premières mais sous forme de phosphore phytique. Cette forme est peu disponible pour les volailles et une grande partie est excrétée. Les besoins sont donc complétés par du phosphore non phytique (phosphate) apportés dans la formulation. Les recommandations de l'Inra datant de 1994 en termes d'apports de phosphore non phytique couvrent largement les besoins et on sait aujourd'hui qu'il est possible de les réduire sans altérer les performances de croissance, à condition que cette diminution soit bien maîtrisée. La problématique du phosphore est double. Environnementale, car les rejets de phosphore dans les effluents participent à l'eutrophisation des eaux de surface et qu'il s'agit d'une ressource non renouvelable. Économique, car par manque d'approvisionnement, le coût du phosphate a énormément augmenté (prix multiplié par 4 entre 2006 et 2008). Depuis plusieurs années, l'Inra de Nouzilly étudie les différents facteurs influençant l'utilisation du phosphore. Les conclusions des travaux ont été présentées lors de la 3e journée technique volaille organisée en octobre dernier par la firme-services BASF Nutrition Animale.

Rapport calcium sur phosphore

Le phosphore est fixé en même temps que le calcium d'où la nécessité d'un apport équilibré de ces deux éléments pour assurer une bonne minéralisation. Plus l'apport de calcium est élevé, plus l'apport de phosphore doit être important pour satisfaire les besoins de l'animal. « L'augmentation de calcium alimentaire engendre chez les poulets une déficience phosphorée (baisse de l'absorption) d'autant plus marquée que les rations sont peu concentrées en phosphore », explique Agnès Narcy, de l'Inra de Nouzilly. Cette déficience se traduit par une anorexie de l'animal : baisse de la consommation, du GMQ et de la minéralisation. Cela dit, il n'existe pas de ratio idéal calcium/phosphore applicable à tous les niveaux de calcium. Il doit être adapté à chaque niveau. « En effet, il a été montré que les performances et la minéralisation sont maximisées dans des conditions d'apports phosphocalciques différentes. »

Ajout de phytase

Cette déficience phosphorée et son effet négatif sur la croissance et la minéralisation peuvent être contrecarrés par un apport de phytase dans la formulation. Cette enzyme libère le phosphore phytique apporté par les matières premières et le rend disponible à l'organisme. Il a été montré que l'apport de phytase permettait une amélioration du GMQ de poulets de 5 % et 19 % pour des apports respectifs de 7,5 et 12,5 g/kg de calcium. « L'effet de la phytase est encore plus visible sur le poids de cendres tibiales », souligne Agnès Narcy.

Statut minéral de l'animal

En plus des apports de calcium et de phytase, il existe des facteurs influençant l'utilisation de phosphore qui sont propres à l'animal. Il s'agit notamment de son statut minéral, c'est-à-dire du niveau des réserves minérales dans les os. « Quels que soient les niveaux de calcium et de phosphore, les poulets sont capables d'utiliser leurs réserves minérales », indique Marie-Pierre Létourneau-Montminy, de l'Inra et BASF N.A. « Ces phénomènes de récupération associés à la réserve minérale pourraient engendrer des différences d'utilisation par rapport aux valeurs des tables d'alimentation. » Par exemple, en appliquant en alternance des périodes de déplétion (utilisation des réserves minérales) et de réplétion (reminéralisation des os). Il reste à déterminer dans quelle mesure cette stratégie permettrait de limiter les apports de phosphore par la voie alimentaire et dans quelles conditions l'appliquer (période idéale, durée ?).

Source Réussir Aviculture décembre 2008

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires