Aliments composés : La formulation s'adapte à l'envolée des matières premières

Armelle Puybasset

La hausse importante des matières premières a conduit les fabricants d'aliment à adapter leurs formulations. Quelques ajustements sont possibles pour optimiser les coûts.

Jamais le contexte de prix des matières premières n'aura été aussi exceptionnel qu'au
cours de l'année 2007. Et cette situation perdure en 2008. La hausse du prix des aliments
composés qui en a découlé a été directe et continue.
En l'espace d'un an, le prix de l'aliment poulet croissance a augmenté de 43 % passant de
220 euros la tonne en janvier 2007 à plus de 310 euros la tonne en début d'année. Sur la
même période, la hausse est de 49 % sur un aliment dinde en finition et de 42 % en canard
croissance. Bien sûr, les céréales qui représentent plus de 60 % de la formule d'un aliment
volaille sont les premières responsables de cette hausse (+ 56 % pour le prix du blé et + 45
% pour le prix du maïs entre janvier 2007 et janvier 2008). Mais pas seulement. D'autres
composants ont également fortement augmenté : le tourteau de soja, par exemple,
principale source de protéines, mais aussi l'huile, les phosphates et les vitamines. À
l'occasion de la réunion annuelle de l'association des techniciens avicoles de Ploufragan, le
23 mai, Vincent Gerfault, de la firme-services MG2Mix, a passé en revue les impacts de
ces évolutions de prix sur la formulation des aliments volailles.












Vincent Gerfault, de MG2Mix. (A. Puybasset)

Vincent Gerfault, de MG2Mix. (A. Puybasset)

Plus de maïs dans la formule

Concernant les céréales, la part du maïs dans l'aliment a augmenté (de 20 % à 40 % pour
un aliment poulet croissance, par exemple). « Jusqu'à présent, le prix du maïs était
supérieur à celui du blé mais la situation s'est inversée après la dernière récolte, favorisant
les incorporations de maïs. Cela a eu un impact sur la présentation du granulé, de couleur
plus jaune et un peu plus friable. »
La formulation s'est ouverte à de nouvelles sources de matières premières avec
notamment des importations de sorgho des États-Unis (incorporation jusqu'à 25 %) ou de
maïs du Brésil. La proportion de blé a pu baisser jusqu'à 10 %, le minimum nécessaire pour
maintenir une bonne tenue de granulés.











La part du maïs dans les formules a augmenté, son prix étant inférieur à celui du blé depuis la dernière récolte. (A. Puybasset)

La part du maïs dans les formules a augmenté, son prix étant inférieur à celui du blé depuis la dernière récolte. (A. Puybasset)

 

Quant aux huiles végétales, autre source d'énergie, leur prix a également augmenté.
L'approvisionnement en huile de palme est devenu plus difficile. Son incorporation dans les
formules a été revue à la baisse au profit de l'huile de soja, dont le prix est plus élevé et a
fortement progressé au cours des derniers mois (de 550 euros en janvier 2007 à 900 euros en
janvier 2008). « L'huile de soja a de moins bonnes qualités technologiques que l'huile de palme.
Elle peut être à l'origine de problèmes de tenue de granulés ou de présentation de carcasses
(matière grasse insaturée). »

Pour le tourteau de soja, principale source de protéines, le prix n'a pas échappé à la hausse
des matières premières (difficultés d'approvisionnement, notamment en non OGM). En avril
dernier, son prix se situait autour de 380 euros la tonne contre 230 euros un an plus tôt.
Pour limiter son impact sur le coût de l'aliment, les formulateurs ont davantage recours aux
acides aminés de synthèse. « En maintenant le niveau de lysine et en veillant à l'équilibre
des acides aminés pour se rapprocher de la ‘protéine idéale', il est possible de baisser le
niveau de protéines dans la formule et donc celle de tourteaux de soja. Cela permet par
ailleurs de diminuer les troubles digestifs sans baisse des performances », explique le
spécialiste.
L'envolée du prix des phosphates est plus récente mais n'en est pas moins importante (800
à 850 euros la tonne contre 300 euros l'année dernière). Elle s'explique à la fois par une
augmentation de la demande et une baisse de la production. « En utilisant davantage de
phytase, il est possible d'optimiser la disponibilité du phosphore naturellement présent dans
les végétaux, mais jusqu'à une certaine limite. »









 

De nouvelles matières premières en perspective

Avec le développement des biocarburants, de nouveaux coproduits vont être disponibles
sur le marché. Selon les prévisions, la production de drêches de blé issues de la fabrication
de bioéthanol devrait avoisiner 700 000 tonnes en 2010. « Ce chiffre sera probablement
difficile à atteindre, tempère Vincent Gerfault. Depuis la construction des usines de
biocarburants, les enjeux ont changé avec des problèmes de disponibilité en céréales pour
l'alimentation humaine. » En volaille, le taux d'incorporation pourrait se situer entre 5 % à 15
% (au-delà, on observe une baisse des performances). La teneur en protéines des
drêches de blé varie selon le procédé de fabrication et les acides aminés sont moins
disponibles que ceux du soja.
Le tourteau de colza, coproduit d'huilerie, est un bon apport de protéines, mais moins que le
tourteau de soja. Du fait de la présence de facteurs anti-nutritionnels, son utilisation est
limitée à 10 % en poulet de chair et en canard et à 5 % en dinde. « L'incorporation du
tourteau de colza dans un aliment dinde est plus limitée car il affecte les performances. »
Le glycérol, autre coproduit de la filière biodiesel, est une bonne source d'énergie (3350 EM
kcal/kg) et présente un intérêt technologique. Il n'est pas utilisé actuellement car trop cher
et peu disponible.








De nouveau autorisées, les graisses animales cumulent plusieurs avantages. Elles sont
moins chères que les huiles végétales et pourraient générer une économie de 3 à 6 euros
la tonne selon le prix et la qualité des produits. Elles améliorent la qualité des carcasses et
permettraient de diversifier le nombre de matières premières.
« Mais leur utilisation est limitée par les cahiers des charges ‘100 % végétaux'. La
perspective de réincorporer des protéines animales transformées (farines animales),
sources de protéine et d'énergie, est encore plus lointaine… »
« Il est difficile de contrôler le coût de l'aliment car nous dépendons des cours mondiaux et
devons intégrer les contraintes réglementaires. Malgré cela, il est préférable de disposer
d'un grand nombre de matières premières pour ne pas être dépendant d'une seule filière
végétale », conclut Vincent Gerfault.







 

 

 

Source Réussir Aviculture Juillet-Août 2008

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