Automoteurs : Des chargeurs petits mais costauds

Pascal Le Douarin et la rédaction Machinisme de Réussir

Le chargeur télescopique standard n'est pas toujours l'engin adéquat pour remplacer le tracteur dans une exploitation ayant un atelier avicole. Les chargeurs articulés et les télescopiques compacts ont une carte à jouer.

En élevage avicole, dans et autour des poulaillers, les engins automoteurs sont essentiellement utilisés pour pousser, porter devant l'engin et soulever des charges en hauteur : curage des litières, portage des containers de volailles, remplissage des épandeurs, stockage-déstockage de balles de paille, paillage et balayage des bâtiments. Ils sont moins utilisés pour tracter ou pour aller au champ.
Les aviculteurs recherchent de la puissance pour porter (un container de volailles vivantes peut peser jusqu'à 1,5 tonne), une bonne hauteur de levage, mais aussi des dimensions compactes leur permettant d'intervenir facilement dans les bâtiments.
Aujourd'hui, la tendance à l'augmentation de la taille des ateliers pourrait nous faire croire qu'un chargeur télescopique d'au moins cent chevaux est l'outil appelé à se généraliser à la place du tracteur. Cela n'est pas toujours le cas. Les exploitations avicoles spécialisées ne sont pas majoritaires. Tous les poulaillers ne font pas 1200 m2 avec des hauteurs adaptées aux gros engins. Enfin, l'engin de manutention compact et polyvalent est apprécié dans la cour de ferme. En résumé, toutes les exploitations n'ont pas les mêmes besoins.

Trois catégories de petits engins se partagent le marché : les chargeurs compacts, les chargeurs articulés (ou valets de ferme) comme celui-ci, et les télescopiques compacts. (P. Le Douarin)

Trois catégories de petits engins se partagent le marché : les chargeurs compacts, les chargeurs articulés (ou valets de ferme) comme celui-ci, et les télescopiques compacts. (P. Le Douarin)

Cerner d'abord ses besoins

Le marché des engins de manutention a évolué vers une segmentation de l'offre en produits adaptés à des besoins particuliers. À côté des tracteurs et des télescopiques standards, existe une niche d'engins automoteurs, multifonctions, maniables et compacts. Ils ont de plus l'avantage d'une consommation généralement moindre que celle d'un tracteur standard.
Alors que le marché des chargeurs télescopiques est estimé aux alentours de 4 000 machines par an par le bureau de coordination du machinisme agricole (BCMA), celui des petits engins ne dépasserait pas les 500 unités annuelles selon les constructeurs. Trois catégories sont discernables : les chargeurs compacts, les chargeurs articulés et les télescopiques compacts.

Commençons par le chargeur compact, plus connu sous le terme générique de Bobcat, la marque qui a inventé le concept. Stable, il excelle dans un espace réduit et pour les travaux spécialisés (creuser et transporter de la terre, curer du fumier…). Il fait demi-tour quasiment sur place, mais il offre une visibilité imparfaite (position très basse, protections), nécessite un sol régulier, coûte relativement cher et possède moins de maniabilité que la deuxième catégorie, celle des chargeurs articulés dits « valets de ferme ».

Les valets de ferme ont une position de conduite plus haute, d'où une meilleure visibilité de conduite. Ils sont étroits comme les chargeurs compacts. Ils permettent de déplacer l'outil avant sans avancer l'engin, grâce à la rotation autour du pivot situé entre les trains avant et arrière. Le débattement est ainsi réduit, ce qui leur permet des virages très serrés appréciés lors du curage de zones exiguës avec des recoins ou des poteaux. De plus, avec le système articulé les roues arrière passent exactement dans les roues avant, sans avoir à rectifier le volant, donc un confort de conduite sans risque de se cogner.

Deux types de chargeurs articulés

Cette gamme d'engins est très présente chez les agriculteurs allemands et suisses, avec les marques Schäffer et Weidemann qui ont développé une très large gamme, allant du tout petit articulé au très gros engin de chantier. En effet, la gamme des valets de ferme est assez large. On trouve des engins faisant 80 à 85 centimètres de largeur au minimum et moins de deux mètres de hauteur. Ils sont capables de se glisser dans des couloirs, des box ou des nurseries. Équipés de moteurs de 20 à 35 chevaux, ils vont lever jusqu'à 1,2 tonne à des hauteurs de chargement de 2,6 à 2,8 mètres. Les exploitations aux plus grandes dimensions peuvent investir dans des modèles de 35 à 50 chevaux et d'une largeur de 1,2 mètre au minimum. Ces engins voient ainsi leurs performances améliorées pour le déplacement de lourdes charges, le désilage au godet, le raclage de sols et de couloirs, le paillage, le balayage, voire le chargement de fumier à l'épandeur ou le déchargement de paille. Les hauteurs atteintes dépassent les 3 mètres et les charges soulevées la tonne.
Une troisième catégorie de chargeurs articulés de plus de 50 chevaux peut concerner ceux à la recherche d'une hauteur de levage, avec certains modèles munis d'un bras télescopique (Schäffer, Weidemann). Il faut noter qu'avec la nouvelle réglementation sur la sécurité des personnes, leur hauteur avec l'arceau de sécurité est nettement supérieure à
2 mètres, ce qui peut devenir un facteur limitant en aviculture.
Au total, plus de 90 modèles de valets de ferme existent entre 20 et 70 chevaux, pour des tarifs au catalogue oscillant entre 15 000 et 45 000 euros.

Il existe peu de modèles télescopiques compacts. Les utilisateurs plus contraints par la hauteur des engins que par la largeur, et à la recherche de capacités de levage, se tournent plus volontiers vers ce type de matériel. La gamme est moins diversifiée que les valets de ferme. Plusieurs modèles ont été lancés en moins de deux ans (JCB, Merlo, Weidemann). À l'exception des modèles Bourgoin (ex-Téléfarm), spécialement conçus pour le créneau compact, les autres marques ont eu tendance à proposer des produits dérivés des machines standards, avec une hauteur abaissée par une garde au sol plus basse ou avec une cabine compactée. Dans le segment des télescopiques ne dépassant pas 2,06 m de hauteur, nous avons recensé quatorze machines de sept marques, avec un prix variant de 35 000 à 60 000 euros. Elles sont donc nettement plus chères que les valets de ferme. Les charges d'entretien sont aussi en moyenne plus élevées qu'avec des valets de ferme et des tracteurs. Les fédérations de Cuma estiment que l'investissement n'est pas raisonnable à moins de 500 heures annuelles d'utilisation. Pour un achat d'environ 50 000 euros, le coût horaire d'utilisation dépasse allègrement les 20 euros de l'heure avec 500 heures par an. Avant de « lâcher » le tracteur pour un autre automoteur, le critère économique sera donc aussi décisif que les contraintes d'accessibilité et la nature des travaux à réaliser.

Source Réussir Aviculture Novembre 2010

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