Autonome à 100% en énergie avec la méthanisation

Armelle Puybasset Réussir Aviculture Octobre 2011

Unité de biogaz Tréflamm
Les substrats sont versés dans la trémie mélangeuse (à droite) puis incorporés progressivement dans le fermenteur.

L’unité de méthanisation de Ludovic Fouchet est en service depuis août 2011. Outre l’électricité générée, la chaleur est valorisée pour chauffer le poulailler, l’eau de l’atelier veau et la maison.

En Ille-et-Vilaine.

Depuis l’été dernier, chez Ludovic Fouchet à Retiers, en Ille-et-Vilaine, la nouvelle unité de méthanisation avec son fermenteur vert au dôme bombé jouxte le poulailler de 1000 m2 et l’atelier veaux de 380 places. Mise en service début août, elle devrait produire près de 780 000 kWh d’électricité chaque année avec une puissance de 100 kW. Et surtout, elle permettra d’atteindre l’autonomie énergétique de l’exploitation. « C’était l’objectif principal, rappelle l’éleveur. Je voulais trouver une solution pour réduire la facture de gaz de deux productions plutôt consommatrices, dont l’une a des besoins de chaleur constants (eau chaude pour l’alimentation des veaux) et l’autre des besoins temporaires et élevés (démarrage des lots de poulets). »

Limite technique et économique

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Les coproduits sont stockés sur la plateforme.

L’éleveur s’est d’abord intéressé à des solutions alternatives de production de chaleur telles que la chaudière à blé ou à paille, mais la gestion des fumées lui a semblé trop contraignante (coût de la filtration). Le recours à des panneaux solaires thermiques ne permettait pas d’atteindre la température souhaitée pour l’alimentation des veaux et les toitures étaient mal exposées. La solution du biogaz semblait un bon compromis, d’autant plus que les nouveaux tarifs d’achat d’électricité produite à partir de biogaz encouragent les investissements de méthanisation à la ferme (lire en encadré). La puissance minimale nécessaire pour couvrir les pics de chaleur lors du démarrage des poussins était de 70 kW, mais le projet s’est finalisé à 100 kW — « une limite technique et économique, estime Timothée Bellet, de Biogaz PlanET France. Avec une plus petite unité, on risquait de manquer ponctuellement de chaleur pour chauffer le fermenteur et l’optimum de rentabilité aurait été plus difficile à atteindre (économie d’échelle). »

Entre la décision de lancer le projet et la mise en route de l’installation, environ douze mois se sont écoulés. « Comme l’installation est soumise à déclaration, les démarches sont plus simples et plus rapides », explique l’éleveur.

C’est l’entreprise Biogaz PlanET France, basée à Liffré, en Ille-et-Vilaine, qui s’est chargée de la partie administrative du projet, de l’étude prévisionnelle et de la construction de l’unité. Elle apporte également le suivi technique, le suivi biologique et le service après vente.

Autonome à 100% en énergie avec la méthanisation

Prime aux effluents

Les choix d’équipements et de fonctionnement ont été orientés par la nouvelle grille tarifaire du 19 mai 2011. À la prime de base de 13,37 centimes par kWh d’électricité produite s’ajoutent une prime d’efficacité énergétique et une prime pour l’utilisation des effluents d’élevage. En valorisant 53 % de l’énergie produite en électricité et en chaleur (hors utilisation pour le fermenteur) et avec un taux d’introduction d’effluents dans le fermenteur d’au moins 60 %, Ludovic Fouchet pense percevoir 17 à 18 centimes par kWh d’électricité soit environ 20 % de plus qu’avec l’ancien tarif.

Utilisation de déchets organiques

Le fermenteur est alimenté avec les 2000 m3 de lisier de l’atelier veau ainsi qu’une partie des 150 tonnes de fumiers de volaille. « Très riche en azote, son niveau d’incorporation dépend des caractéristiques des autres substrats. Le volume restant est composté. » Sont également incorporés des ensilages de dérobées (ray-grass, seigle…), de l’ensilage de maïs (en appoint et en sécurité d’approvisionnement), des déchets de tri de céréales et des déchets alimentaires récupérés auprès d’industries locales : fruits, légumes…, mais pas de matière d’origine animale. L’assolement de l’exploitation a été adapté (67 hectares dont la moitié en blé, le reste majoritairement en maïs et colza) afin de fournir des coproduits tout au long de l’année et d’optimiser les temps de stockage sur la plateforme de 1000 m2.

Ludovic Fouchet alimente quotidiennement la trémie d’insertion de 12 m3 en fonction d’une formulation prédéfinie selon les caractéristiques de chacun des substrats disponibles. L’arrivée d’une nouvelle matière première donne lieu à une nouvelle formulation en fonction de ses caractéristiques : pH, taux d’acidité, azote, rapport carbone sur azote. L’objectif est d’assurer une production régulière de biogaz pour alimenter le moteur (soit 25 m3 de méthane par heure) sachant que la proportion de méthane dans le biogaz varie entre 50 à 60 % selon les produits utilisés. Des prises d’échantillons du contenu du fermenteur sont réalisées chaque semaine pour vérifier le pH et l’activité biologique. L’éleveur consacre en moyenne une heure par jour à l’unité de méthanisation (contrôles de la cogénération, chargement de la trémie, vidange du moteur toutes les trois semaines…).

8 à 12 ans de retour sur investissement

L’investissement total est de 810 000 euros dont 25 % sont subventionnés dans le cadre du plan de performance énergétique. En tenant compte de l’électricité produite, de l’économie de gaz de 20 tonnes par an (12 tonnes en veau et 8 tonnes pour le poulailler) et de la valorisation du digestat sur ses terres (aucun apport d’engrais chimique), le nouvel « énergiculteur » estime le retour sur investissement entre 8 à 12 ans selon l’approvisionnent futur de l’installation. « Il faut bien prévoir dans le calcul prévisionnel l’ensemble des charges fixes et variables comme l’entretien et la maintenance », souligne Ludovic Fouchet. « En plus de l’autonomie énergétique, l’unité de biogaz permet de diversifier les activités de l’exploitation et elle aura un effet réducteur sur la taxe carbone si celle-ci était remise à l’ordre du jour. »

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