Aviculture au Brésil : Les pratiques environnementales restent encore à démontrer

Camille Coulon

Julio Palhares est spécialiste des questions environnementales au centre de recherche Embrapa de Concórdia, le référent national brésilien en aviculture. Concordia est au centre de l'État de Santa Catarina, premier bassin brésilien de production de volaille. Une région verte et vallonnée de climat tempéré qui rappelle les Vosges. « Dans cette zone d'élevage intensif et dense, il existe des problèmes ponctuels de contamination des eaux, avec des excès de nitrate et de phosphore », résume Julio Palhares. « Certains cours d'eau contiennent des taux supérieurs à ceux autorisés par la loi, fixés à 10 mg/l de nitrates, précise-t-il. Il est difficile de mesurer la contribution de l'élevage de volaille, mais on sait qu'ici c'est la principale activité. »

Elevage de Nivaldo Wuaden au sud du Brésil. Bien que la litière soit recyclée quatre fois, les jeunes poulets ont des dessous de pattes en excellent état. (C. Coulon)

Elevage de Nivaldo Wuaden au sud du Brésil. Bien que la litière soit recyclée quatre fois, les jeunes poulets ont des dessous de pattes en excellent état. (C. Coulon)

La litière réutilisée plusieurs fois

Au Brésil, les préoccupations environnementales sont assez récentes. Faute de ressources humaines, des lois exigeantes, comme la loi sur l'eau inspirée de la France, ne sont pas forcément appliquées à la lettre. Depuis le début des années 2000, la législation oblige les éleveurs à traiter les résidus de leur production, au premier rang desquels les litières, dont le coût est important. La litière usagée, autrefois source de revenu complémentaire, est devenue un problème le 26 mars 2004, quand le ministère de l'Agriculture a interdit son usage dans l'alimentation animale.
Il n'existe pas encore de chiffres précis sur le traitement des résidus avicoles. Selon l'Embrapa, la majorité des éleveurs recyclent les fumiers en compost après les avoir utilisés plusieurs fois comme litière. « L'Embrapa recommande de ne pas les réutiliser plus de six fois, afin d'éviter les pododermatites et de limiter les émissions de gaz », indique le chercheur. La fabrication de biogaz est réalisée par les grandes unités de production récemment construites dans le Centre-Ouest. Certaines fazendas du Mato Grosso comptent une dizaine de poulaillers où sont élevés jusqu'à deux millions de poulets. Ces modules ont été construits dans des zones à faible densité démographique avec des impacts environnementaux moindres que dans le Sud.

Manque de moyens et d'information

Les pratiques des éleveurs seraient dans l'ensemble respectueuses de l'environnement et les problèmes de contamination liés à l'aviculture resteraient ponctuels. « Les éleveurs sont prêts à changer leurs méthodes de travail, mais ils sont généralement moins informés que les Européens. Ils ont conscience de leur responsabilité, sans connaître les mesures agro-environnementales à leur portée car le pays manque cruellement de techniciens spécialistes de l'environnement », souligne le chercheur. « Les accusations d'ordre environnemental par les autorités européennes servent surtout de prétexte à un protectionnisme inavoué », conclut Julio Palhares.

Source Réussir Aviculture Décembre 2010

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