Bilan 2008 : Le marché de la dinde poursuit son déclin

Hervé Dumuis

En repli constant depuis 2002, le marché de la dinde française ne parvient pas à redresser la barre. Et la tendance n'est pas à l'optimisme pour cette année.

La consommation globale de dinde en France a chuté de 4,5 % en 2008 par rapport à 2007 pour s'établir à 351 200 tonnes équivalent carcasses (tec). Première cause : le prix. La dinde a été la viande dont le prix de détail a le plus augmenté l'an passé avec un bond de 11,4 %. Deuxième cause : la crise économique mondiale. Dans un contexte global de déconsommation en rupture avec les années précédentes, l'augmentation généralisée du prix des viandes n'a pas permis à la dinde de bénéficier de reports de consommation. Au contraire, les arbitrages ont été réalisés au profit des produits carnés les moins chers comme le poulet dont le prix à la production a chuté sous les 1 euro du kilo de poids vif (1,10 euro pour la dinde selon Agreste). Si la consommation toutes volailles confondues calculée par bilan a augmenté de 1,3 % pour s'établir à 1,59 million de tec, c'est donc surtout grâce à celle du poulet, en haussse de 2,6 % à 898 milliers de tec.

Des exportations encore en baisse

Pour rajouter au marasme ambiant, les exportations de dinde sont passées de 150 à 137 milliers de tec soit une baisse de 9 %. Les expéditions à destination des pays de l'Union européenne suivent une évolution comparable aux années précédentes avec la poursuite des pertes de débouchés, comme cette baisse de près de 16 % vers l'Espagne. Cette dernière ne compte plus que pour 23 milliers de tec fin 2008. La chute des exportations en direction des pays tiers (- 9 %) s'inscrit dans une tendance baissière initiée en 2003 et débouchant aujourd'hui sur un déclin cumulé de 50 %.
Pourtant, en 2008, le marché mondial a été favorable aux opérateurs français avec une demande alimentaire croissante et un début de diversification de leurs concurrents brésiliens. Cependant, c'est encore le poulet qui a bénéficié de ces ouvertures de marchés avec une augmentation de 20 % de ses débouchés vers les pays tiers, notamment le Moyen-Orient, l'Afrique subsaharienne et la Russie.

Source Agreste

Source Agreste

 

Le solde commercial se détériore

Selon l'Office de l'élevage « le marché se trouve dans une dynamique de recours croissant à des viandes importées ». En effet, les importations ont augmenté de 37 à 42 milliers de tec, soit une hausse de 13 % en 2008. La principale raison est la fermeté des prix français par rapport aux concurrents européens. Les importations en provenance des pays tiers sont quant à elles restées stables (+ 0,4 %) suite à la mise en place de contingents d'importations en 2007. Pas étonnant dès lors que la dinde soit l'espèce pour laquelle le solde commercial se réduit le plus sur 2008 avec une chute de 17 % de 113 à 94 milliers de tec.
Dans ce contexte, la production de dinde poursuit son déclin avec une baisse de 3,7 % à 455 milliers de tec. Depuis 2002 la chute de production cumulée atteint 40 %. La situation se détériore encore avec un décrochage spectaculaire de 15 % au quatrième trimestre 2008 par rapport à la même période 2007. L'accélération de la baisse de production est directement corrélée à la réduction de 16 % des abattages.
En Bretagne, la situation de la dinde est aggravée. Les abattages ne représentent plus en 2008 que 194 milliers de tec contre 216 en 2007, soit une fonte de 10 %, amplifiée par un dernier trimestre 2008 catastrophique (- 22 %).

Source Agreste

Source Agreste

 

L'avenir reste sombre

Au niveau national, la tendance n'est pas à la reprise. Au contraire, les abattages comptabilisés en janvier 2009 ont décliné de plus de 20 % par rapport à janvier 2008 et les perspectives 2009 ne sont pas réjouissantes : 1 128 000 têtes de dindonneaux hebdomadaires ont ainsi été mis en place en janvier 2009 soit 8,6 % de moins qu'en janvier 2008. Les stocks ont tendance à s'allonger et les poids à l'abattage s'alourdissent (9,76 kg en janvier 2009).
Difficile de ne pas évoquer les difficultés des éleveurs qui vivent au quotidien les retards d'enlèvements et l'allongement des vides sanitaires. Selon Emmanuel Collet, directeur de l'entreprise de découpe RVE (groupe Glon Sanders), « on est dans un problème d'offre et de demande ». La clarification récente de la DGCCRF sur les résidus de l'utilisation de graisses animales, la sauvegarde du terme frais excluant l'utilisation de viande congelée, des résultats technico-économiques en hausse et une lueur récente de reprise de la consommation suffiront-ils à relancer la filière dinde ? Rien n'est moins sûr, d'autant que le Cidef annnonce une hausse du coût alimentaire de 1 % en février.

 

Source Réussir Aviculture Avril 2009

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