Blaise Berger, FRCivam Bretagne* : Les circuits courts sont une voie d'avenir »

Propos recueillis par Véronique Bargain

En 2005, 16,3 % des exploitations en France pratiquaient la vente directe. Pour Blaise Berger, les circuits courts traduisent l'apparition d'une nouvelle logique d'agriculture.

Quelles sont les motivations des producteurs et des consommateurs pour les circuits courts ?

Les consommateurs recherchent surtout le goût, la fraîcheur et un lien avec le producteur. Certains ont aussi un engagement politique. Ils veulent donner du sens à leurs achats. Et des jeunes y vont pour l'alimentation de leurs enfants. Pour les producteurs, la première motivation est le lien avec le consommateur. La vente directe permet un retour sur ses produits, en plus des contacts humains. C'est aussi le moyen de valoriser une pratique. Alors qu'il n'y a que 3 % d'agriculteurs bio en circuits longs, il y en a 30 % dans les circuits courts. Enfin une autre motivation est de maîtriser son débouché.

Blaise Berger : « Les collectivités ont un rôle important à jouer dans le développement des circuits courts sur leur territoire. » (V. Bargain)

Blaise Berger : « Les collectivités ont un rôle important à jouer dans le développement des circuits courts sur leur territoire. » (V. Bargain)

Est-ce un progrès ou un retour en arrière ?

Les deux. On observe un renouvellement des formes traditionnelles de vente directe et l'apparition de nouveaux modes de vente. Internet y a un rôle important, comme outil de promotion et d'appui logistique. Avec les circuits courts, on passe d'une logique de filière à une logique de territoire : au lieu de partir de ce qu'ils produisent, les producteurs partent des besoins du territoire et cherchent à y répondre. Pour cela, ils s'appuient sur les circuits courts traditionnels, mais en les rénovant. De nouvelles formes de vente se développent, comme les Amap, groupements d'achat, magasins collectifs. Il y a aussi une modernisation des marchés : marché du soir, marché de producteurs… Des opérateurs traditionnels comme les GMS, les coopératives, commencent à s'y intéresser et créent des lieux dédiés aux circuits courts.

Quelles sont les incidences sur la vie des exploitations ?

La principale contrainte est celle du temps de travail et de l'association de plusieurs compétences. En plus de produire, l'agriculteur doit vendre et parfois transformer. Le temps à y consacrer est important, surtout en individuel, alors que les systèmes collectifs en nécessitent un peu moins, en plus d'apporter un soutien moral. Les exploitations en circuit court ont donc un ratio nombre d'emplois/surface plus élevé que la moyenne. Elles sont aussi plus petites, plus diversifiées, avec moins d'aides mais un revenu/UTH un peu supérieur.

Quels conseils donner à ceux qui souhaitent se lancer dans des circuits courts ?

Les principaux échecs sont liés aux systèmes collectifs, quand les producteurs n'ont pas pris le temps d'identifier les motivations de chacun et de construire un projet commun. Pour qu'un système collectif fonctionne, le groupe doit échanger et formaliser un fonctionnement démocratique. Au plan individuel, les premières années sont souvent difficiles. Il faut trois à cinq ans pour stabiliser les ventes alors qu'il y a des charges fixes. De plus, il y a des compétences à réinventer. Il faut donc rencontrer des personnes pratiquant la vente directe et s'installer progressivement. En volaille, l'abattage à la ferme étant en pleine évolution, il peut être judicieux de se mettre dans des réseaux pour utiliser des outils en commun.

Quels sont les grands axes du plan du ministère de l'Agriculture pour favoriser les circuits courts?

Le premier axe est d'améliorer et diffuser les connaissances. Il y a très peu de données sur les circuits courts. La formation et ce qui peut faciliter l'accès au foncier, aux aides et prêts sont essentiels. Les axes visant à adapter la formation et à favoriser l'installation sont importants car il y a un problème d'offre adaptée aux circuits courts. La formation permettra de positionner les circuits courts comme une forme d'agriculture équivalente aux autres et comme une voie d'avenir.

* Blaise Berger est chargé de mission sur les systèmes alimentaires locaux à la fédération régionale de Bretagne des Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural (FRCivam Bretagne). Il intervient dans la recherche-action sur les circuits courts, notamment dans le programme régional SALT (Systèmes alimentaires territorialisés) et le programme interrégional LiProCo (Lien producteurs consommateurs).
www.civam-bretagne.org/

Source Réussir Aviculture Juin 2009

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