Canards de Barbarie : La lutte contre la parvovirose subclinique reste d'actualité

Pascal Le Douarin

Réduire le risque de parvovirose subclinique est possible, moyennant le respect des bonnes pratiques de vaccination et de biosécurité.

« De temps en temps, lorsqu'un lot de canards de Barbarie ne pousse pas aussi bien que ses contemporains dans d'autres élevages, et ce pour une raison inconnue, je me tourne vers le sanitaire. Je suggère à l'éleveur de faire pratiquer une recherche de virus de la parvovirose », m'explique Jean-François Bossard, technicien du fabricant d'aliment Braud-groupe Michel, lors d'une vaccination chez Jean-Claude Février, éleveur à Landemont dans le Maine-et-Loire.
Tous les lots de Barbarie ou presque sont vaccinés deux fois contre ce virus, au couvoir et à l'élevage. Les cas de maladie aiguë avec mortalité massive sont exceptionnels, voire inexistants. Pourtant, il arrive de temps en temps aux techniciens et aux vétérinaires d'observer sur une partie du lot des cas légers de parvovirose, en deçà des signes cliniques habituels, dits « subcliniques ». « Dans ces cas, j'estime que les pertes économiques pour l'éleveur peuvent atteindre 1,50 €/m2 », ajoute le technicien.

Il faut changer d'aiguille à chaque changement de flacon (1500 doses) pour qu'elle reste aiguisée et pénètre bien sous la peau. (P. Le Douarin)

Il faut changer d'aiguille à chaque changement de flacon (1500 doses) pour qu'elle reste aiguisée et pénètre bien sous la peau. (P. Le Douarin)

Trois éléments défavorables

La survenue de cette parvovirose subclinique peut se produire pour trois raisons. D'une part, le virus étant très résistant dans le milieu extérieur, il peut survivre longtemps dans les lisiers stockés en fosse et dans les canardières. D'autre part, du virus survivant peut être présent en grande quantité par défaut de mesures de biosécurité, notamment de nettoyage et de désinfection. D'un lot à l'autre, la pression virale va monter progressivement puis finir par déborder. Or la contamination est de type « fécal-oral », avec une transmission aux canetons via des supports souillés contenant le virus.
Troisièmement, la chaîne de vaccination a pu connaître des failles au travers desquelles des canards sont passés. Dans un élevage à forte charge virale, les oiseaux correctement vaccinés seront protégés mais porteurs et excréteurs de virus, tandis que ceux mal vaccinés exprimeront des signes plus ou moins tardivement, tels qu'un retard de croissance et un mauvais emplumement. « Un signe qui doit mettre la puce à l'oreille est de retrouver beaucoup de plumes sur le caillebotis, et de plus malformées », souligne Jérôme Durand, vétérinaire dans le Maine-et-Loire.

Le dysfonctionnement du follicule dans la peau déforme la plume et diminue sa taille. (J. Durand-Réseau Cristal)

Le dysfonctionnement du follicule dans la peau déforme la plume et diminue sa taille. (J. Durand-Réseau Cristal)

 

Les bonnes pratiques

Compte tenu de l'importance des pertes économiques liées à cette parvovirose presque invisible, « ça vaut le coup de prendre des mesures de prévention », estime Jean-François Bossard. Ainsi le laboratoire Merial vient d'éditer une affiche plastifiée avec la vingtaine de points à risque qu'il convient de maîtriser avant, pendant et après la vaccination. Elle rappelle aussi les erreurs à éviter absolument. Souvent, les quelques heures du chantier de vaccination sont un intense moment d'urgence et de stress pour l'éleveur qui doit gérer le personnel, le matériel, les autres interventions (dégriffage et débecquage). Mieux vaut donc lire ces conseils avant le jour J !
En amont, il est impératif de conserver et de transporter les vaccins entre 2 et 8°C. La glacière s'impose ! Tout comme il est impératif de ne pas vacciner des canards en mauvaise condition physique ou malades, comme le rappelle Louis-Marie Coutant, un intervenant vendéen spécialisé dans cette activité.

Pas de cadences infernales

Pendant la vaccination, trois éléments sont importants à respecter : le point d'injection, la cadence et le dosage.
La machine à vacciner injecte dans les plis de la peau à la base du cou. À la main, les gestes se sont améliorés avec la disparition des injections dans le coeur ou le foie, mais il faut bien veiller à piquer sous la peau et pas dans le muscle, au niveau de la base du cou ou entre la cuisse et l'abdomen. La cadence ne doit pas dépasser 1 500 canetons par heure. Attention aux injections humaines accidentelles !
Quant à la dose de 0,2 ml, les intervenants professionnels vérifient régulièrement la dérive éventuelle des seringues. Une astuce donné par Louis-Marie Coutant : en injectant cinq fois de suite dans une seringue à insuline de 1 ml, il voit si la dose est bien réglée. Enfin, il faut changer d'aiguille à chaque changement de flacon (1 500 doses) pour qu'elle reste bien aiguisée.
Après la vaccination, il est très important de démonter et de nettoyer le matériel utilisé.
La vaccination est un acte éminemment technique. Si ces bons conseils vous ont semblé inutiles, tant mieux. Pour tous les autres, cette piqûre de rappel pourra booster les compétences et surtout mieux protéger les canards.

Source Réussir Aviculture Juin 2009

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