Coccidiose : Pour les canards sur parcours, anticiper plutôt que gérer dans l'urgence une crise aiguë

Pascal Le Douarin

Le réseau Cristal Sud-Ouest explore la piste des comptages oocystaux pour réduire les pertes économiques.

Selon la teneur du bulletin météorologique du matin, Laurent Deffreix, vétérinaire au réseau Cristal Sud-Ouest, se prépare à recevoir les appels d'éleveurs de canards mulards élevés en plein air. Quand le temps devient brutalement froid et humide, avec des baisses de 10°C et des intempéries, le cabinet vétérinaire observe souvent une vague de coccidioses cliniques avec mortalité subite. « Là, il faut réagir très vite. Sinon la mortalité s'amplifie car les canards sont rapidement déshydratés. »
La coccidiose aiguë provoque une ulcération très violente de la muqueuse intestinale. À l'autopsie, l'intestin a un aspect caractéristique en « mie de pain », signant une forte dégradation de la paroi intestinale, d'où la perte d'eau, avec des diarrhées liquides et hémorragiques très abondantes, conduisant à la déshydratation. Gros consommateur d'eau, le mulard est aussi l'oiseau le plus sensible à un manque. « En 48 heures, si rien n'est fait, on peut attendre 40 à 60 % de mortalité. »

Cinq jours après avoir été diagnostiqués et traités durant 48 heures, ces canards mulards de 39 jours ont bien récupéré d'une crise de coccidiose aiguë. (P. Le Douarin)

Cinq jours après avoir été diagnostiqués et traités durant 48 heures, ces canards mulards de 39 jours ont bien récupéré d'une crise de coccidiose aiguë. (P. Le Douarin)

Arrêter d'attendre

Il est courant de rencontrer des cas ponctuels de coccidiose, frappant de temps en temps un lot sur un élevage, puis plus du tout, note le vétérinaire. C'est d'ailleurs pour cette raison que la problématique coccidiose a été sous-estimée. « Nous en sommes venus assez tard à évaluer l'importance des coccidies chez le canard mulard en élevage, reconnaît-il. Pendant longtemps, en matière de prévention, la coccidiose nous a désorientés. »
Sur des élevages souvent touchés, des protocoles préventifs ont été mis en place. « Bon nombre de fois, nous sommes passés à côté, avec des oiseaux qui tombaient malades deux ou trois jours après le traitement. »
Chez le canard, la principale coccidie responsable, Tyzzeria perniciosa, est plus difficile à observer que celles du poulet. En outre, les professionnels semblaient fatalistes vis-à-vis des élevages à problèmes récurrents. « Pendant longtemps, du moment que le canard faisait le poids au gavage, on a supporté des indices de consommation élevés, voire des mortalités au-delà des 5 %. » Or, les écarts peuvent aller jusqu'à 2 kilos d'aliment par canard entre les élevages, souligne le vétérinaire, soit 10 % d'écart. Aujourd'hui, il faut chercher les causes de mauvais rendements : la coccidiose chronique peut en être une.

Recherche d'une prophylaxie ciblée

« Depuis trois ans, nous essayons de mieux appréhender la problématique coccidiose, en agissant en amont. » Faute de pouvoir mesurer des scores lésionnels comme en poulet, les vétérinaires ont mesuré les excrétions d'oocystes en prélevant des échantillons de fientes fraîches sur parcours. Avec le laboratoire pharmaceutique Ceva santé animale, ils se sont rendus compte que les élevages n'étaient pas tous logés à la même enseigne. Les portages varient de 0 à plus de 300 000 Tyzzeria ou Eimeria par gramme de fiente. Le lien entre le nombre de coccidies comptabilisées et l'indice de consommation est fortement suspecté, comme si les performances sont affectées en dépit de l'absence d'une pathologie visible.
La deuxième étape de la démarche a consisté à mettre en place un traitement préventif. « On part du principe que plus il y a d'oocystes, plus le lot est à risque. » Passé un seuil, le lot est traité préventivement. « En partenariat avec une structure de production régionale, nous avons repéré les élevages ayant le plus de portage. Lorsque le comptage est en dehors de moyennes jugées admissibles et que les performances décrochent, nous systématisons le traitement. »

Des pistes à creuser

Plusieurs écueils subsistent dans cette approche. D'abord, les comptages ne sont pas stables au sein d'une même exploitation à risque. Ensuite, « nous n'avons pas encore trouvé l'âge idéal pour à la fois faire les comptages et traiter facilement ».
Les premiers comptages ont été pratiqués vers 5 à 6 semaines. Puis, pour faciliter le traitement avant la sortie sur parcours, la recherche a été faite à 3 semaines. « Nous avons fait chou blanc. Je pense que nous ratons le pic d'excrétion qui se produit plus tardivement. Nous allons donc revenir à 5-6 semaines. » Enfin, il n'est pas certain qu'économiquement cette approche soit généralisable à tous les élevages. « Il faut trouver une réponse élevage par élevage, en fonction des comptages et des résultats technico-économiques moyens. »
À l'avenir, le principal challenge pour les élevages de PAG sera de stabiliser la flore digestive avec des traitements non médicamenteux. Mais avant cela, la filière gras doit améliorer les pratiques d'élevage en plein air. « Ceux qui gagnent bien leur vie limitent la mortalité et maîtrisent l'indice de consommation avec de bonnes conditions d'élevage », conclut Laurent Deffreix.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture d'avril 2010. (RV n°155, p. 12 à 19)

Source Réussir Aviculture Viande Avril 2010

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